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"L’offre crée la demande"... ou pas : la stratégie économique de François Hollande taillée en pièces par la patronne de la Fed

En 2014, alors qu'il présentait son Pacte de responsabilité, François Hollande avait déclaré : "l'offre crée la demande". Or, lors d'un discours à Boston ce vendredi 14 octobre, la présidente de la Fed Janet Yellen a indiqué qu'une trop faible demande avait un effet destructeur sur l'offre. Le chef de l’État aurait ainsi commis une erreur d'analyse, qui a conduit à une aggravation de la situation économique de la France.

Hollandomics

Publié le - Mis à jour le 21 Octobre 2016
"L’offre crée la demande"... ou pas : la stratégie économique de François Hollande taillée en pièces par la patronne de la Fed

Atlantico : En janvier 2014, alors qu'il présentait le Pacte de responsabilité à la presse, François Hollande avait déclaré : "Il nous faut produire plus, il nous faut produire mieux. C’est donc sur l’offre qu’il faut agir. Sur l’offre ! Ce n’est pas contradictoire avec la demande. L’offre crée même la demande". Or, lors d'un discours prononcé à Boston vendredi  14 octobre, la présidente de la Fed, Janet Yellen, a parlé de l'effet destructeur sur l'offre d'une trop faible demande.

Quelle a été l'erreur d'analyse de François Hollande ? Dans quelle mesure cette erreur a-t-elle pu conduire à une aggravation de la situation économique française ?

Alexandre Delaigue : François Hollande n'a pas vraiment commis d'erreur d'analyse car pour qu'il y ait erreur, il faudrait qu'il y ait véritablement eu analyse. En réalité, la déclaration de François Hollande comporte peu de réflexion. L'expression "l'offre crée sa demande" était une manière de faire une entourloupe orale : c'est un peu la version économique de l'"abracadabrantesque" qui avait été utilisé par Jacques Chirac. C'est une particularité bien française de considérer qu'à partir du moment où quelque chose a été énoncé, la réalité doit s'y conformer.

Le discours électoral de François Hollande portait sur une promesse de changement des politiques européennes. Or, cette promesse ne s'est pas du tout matérialisée. En conséquence, la solution a consisté à augmenter les impôts - ce qui était contraire aux annonces électorales - puis à partir du moment où ces hausses d'impôt ont posé problème, la solution a été de satisfaire les entreprises en rentrant dans la rhétorique de la compétitivité. Une telle solution revient toujours en France à trouver une manière plus ou moins déguisée de subventionner le vieux secteur productif (les entreprises industrielles), là aussi avec un électoralisme de courte vue et le souci d'éviter de devoir passer à la télévision parce que des usines ferment.

Il n'y avait, dans la politique du Président, aucune perspective macro-économique sur la situation française : est-ce qu'on devait avoir une politique économique de soutien à l'activité ou est-ce qu'on devait avoir en priorité une politique orientée sur le secteur productif ?

Le diagnostic aurait pourtant dû être assez évident : une économie française, à l'instar du reste des pays européens, pénalisée par des politiques budgétaires restrictives d'austérité et à l'époque encore par une politique monétaire qui commençait à peine à changer et qui n'avait pas encore produit d'effets. Ainsi, les problèmes de l'économie française n'étaient pas liés au fait que le tissu productif était devenu moins efficace à cause de réglementations, mais résultaient d'une insuffisance de demande globale, qui pouvait en partie se justifier par les contraintes liées à la construction européenne. Mais c'était un discours qu'il était impossible de tenir - ou du moins que le gouvernement français ne voulait pas tenir -, il fallait donc trouver un discours de substitution, qui a été la rhétorique de la compétitivité. 

Une note du texte de Janet Yellen renvoie au concept de loi de Say inversée. En quoi ce concept de "loi inversée" peut-il s'appliquer au contexte français, et à celui de la zone euro en général ? 

L'idée de la loi de Say est que dans une économie qui fonctionne bien, c’est-à-dire dans laquelle les prix s'ajustent bien, les entreprises produisent, la valeur de cette production est utilisée sous forme de revenus (soit du capital, soit du travail) et ensuite ces revenus permettent d'acheter la production. En d'autres termes, une crise de surproduction ne peut pas avoir lieu si les prix et les marchés s'ajustent bien.   

La loi de Say cesse de fonctionner lorsque, pour une raison ou une autre, certains marchés ne fonctionnent pas bien : le marché du travail n'arrive pas à s'ajuster, il y a de la déflation et tout le monde essaie d'épargner en même temps, etc. Quand la loi de Say cesse de fonctionner, on se retrouve dans un contexte d'économie déprimée. Janet Yellen veut alerter sur le fait que si de tels dysfonctionnements sont maintenus pendant très longtemps, les dommages peuvent devenir irréversibles, ou du moins très longs à corriger.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 19/10/2016 - 11:25 - Signaler un abus Qui écoute encore ce pantin manipulé par

    les ecolo-trotskystes? D'ici cinq mois, Flamby-le-menteur aura disparu de tous les écrans médiatiques, et même la gauche ne voudra pas se souvenir du nom de ce mauvais...

  • Par Anouman - 19/10/2016 - 15:48 - Signaler un abus Offre et demande

    C'est l'oeuf et la poule. Mais il est clair que quand on taxe et re-taxe le consommateur il peut moins acheter surtout de la qualité. Tout doit être équilibré. Mais quand on baisse les charges salariales des entreprises (par exemple) il faut bien que quelqu'un d'autre paye puisque les dépenses ne font qu'augmenter ou stagnent au mieux. Débat sans intérêt.

  • Par cloette - 19/10/2016 - 16:02 - Signaler un abus L'économie

    n'étant pas une science exacte , un minimum de flair et de bon sens est demandé , Hollande a été trop livresque , quand c'est imprimé c'est que c'est vrai ! il rècite ses leçons bien par coeur sans rien comprendre .

  • Par brennec - 19/10/2016 - 17:07 - Signaler un abus 0 partout la balle au centre.

    Les prélèvements exagérés tuent la consommation pour les particuliers, l'investissement pour les entreprises et conduisent a la stagnation au mieux, a la recession au pire. Une politique de l'offre qui ne tient pas compte de l'insuffisance de la demande envoie directement dans le mur via la surproduction et la déflation, la relance par la consommation qui booste les importations conduit au déséquilibre de la balance commerciale et a l'inflation pour les produits made in france, une telle politique a été mise en oeuvre par mitterand et rapidement abandonnée devant les résultats catastrophiques. Une bonne politique consiste donc a réduire aussi bien les prélèvements pour les particuliers, ce qui rend du pouvoir d'achat au consommateur, que pour les entreprises ce qui leur permet d'investir. Madame Yellen n'a pas de leçons a donner compte tenu que son action n'a aucun effet positif sur l'économie américaine mais permet au gouvernement fédéral de continuer son déficit budgetaire (ce qui est le but de la manip) et by the way aux grandes banques de gonfler la bulle obligataire. Quand a mr hollande il a lui aussi tort sa politique ayant surtout consisté a augmenter les prélèvements.

  • Par brennec - 19/10/2016 - 17:20 - Signaler un abus Un fantome ecolo-trotskyste qui ecrirait a la place de delaigue.

    écolo trotskyste delaigue? Je ne le connais pas aussi je l'ai googleisé et je vois un article du monsieur qui dézingue la loi sur l'obsolescence programmée, autant pour l'écolo! je vois aussi un article qui dézingue le controle des loyers, autant pour le socialiste. Je m'en sui tenu la. Je suppose que l'accusation repose sur le fait qu'il écrit dans libération, mais il écrit aussi dans atlantico ou dans le figaro.

  • Par john mac lane - 19/10/2016 - 18:01 - Signaler un abus Encore un prof d'économie...

    Qui'est qu'il y en a marre de ces profs seuls vecteurs de la science économique....Il viennent faire des piges uniquement pour disposer l'année suivante d'élèves. Ils doivent allez dans le sens de leur employeur universitaire pour la

  • Par vangog - 19/10/2016 - 22:16 - Signaler un abus @brennec j'évoquais le cas de Flamby, non de Brennec...

    L'article de Brennec ne m'a pas appris grand chose. Quand les économistes auront compris qu'aucune loi ne peut régir l'économie convenablement, car les paramètres et inconnues sont trop nombreux, alors j'écouterai les économistes nous raconter ce que je sais déjà: qu'un gouvernement ne peut agir sur l'économie qu'à la marge et rarement à long terme. Excepté lorsque l'économie est plombée par le gauchisme (et les ecolo-reactionnaires) a un point tel qu'une bonne politique interventionniste peut en être le remède provisoire...le temps est un des paramètres essentiels: "ce qui était efficace hier ne le sera plus aujourd'hui, et sera contre-productif, demain"...

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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