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Nouvelle urgence sanitaire ? Les médecins britanniques recommandent de soumettre TOUS les adolescents à des tests de dépression

Aujourd'hui de nombreux diagnostics de dépression chez l'enfant ne sont pas posés par les professionnels de santé. Pourtant les signes peuvent être nombreux.

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Nouvelle urgence sanitaire ? Les médecins britanniques recommandent de soumettre TOUS les adolescents à des tests de dépression

 

Atlantico : Seuls 50% des adolescents souffrant de dépression seraient diagnostiqués comme tels, selon un article publié par NPR, citant une étude menée par le département de politique de santé de l'école médicale de Harvard (Kessler, Avenevoli, Merikangas). De tels chiffres sont-ils applicables à la France ? La dépression des enfants et des adolescents est-elle sous-évaluée ? 
Stéphane Clerget : On peut penser que ces résultats sont transposables en France en sachant que beaucoup d'enfants  et d'adolescents déprimés ne sont pas diagnostiqués. A l'inverse on assiste à des diagnostiques de dépression qui ne sont pas fondés. Souvent car la dépression chez l'enfant est assez mal connue. D'abord parce que ce sont des diagnostics récents et il faudra attendre les années 60/70 pour établir le profil diagnostique alors que la mélancolie et la dépression chez l'adulte est décrite depuis l'antiquité.
Ensuite car la dépression chez l'enfant et l'adolescent ne ressemble pas à la dépression chez l'adulte. Enfin car ça reste un diagnostic difficile à établir qui doit être fait par un spécialiste, un psychiatre.

Dans le détail on remarque qu'alors que la tristesse est mise en avant chez l'adulte ce n'est pas forcément le cas chez l'enfant ou l'adolescent. Cela peut se traduire par des symptômes physiques, plus l'enfant est jeune plus cela va s'exprimer par des symptômes comme des maux de ventre, des conduites régressives, des troubles du sommeil, des déficits d'attention et on peut vite passer à côté.

Chez l'adolescent, même si on retrouve des symptômes que l'on va avoir chez l'adultes on remarque que beaucoup d'entre eux vont essayer de lutter seul contre cette dépression et cela va donner des signes comme des troubles du comportement, des oppositions, du rejet, des conflits de la violence… Là encore on peut vite passer à côté.

La difficulté du diagnostic fait que l'on peut facilement passer à côté de ce trouble. Il est d'ailleurs très difficile de poser des chiffres sur le phénomène du fait des querelles de diagnostic. En France il y a un consensus qui permet maintenant de dire que l'on peut parler de dépression  pour 5% des enfants et 10% des adolescents (entre dépression mineure et majeure).

Quelles en sont les conséquences, aussi bien pour les enfants et les adolescents concernés que pour la société elle-même ? 

Elles sont nombreuses et fondamentales. Il y a le risque suicidaire d'abord car on sait que la dépression est un facteur du suicide, particulièrement chez l'adolescent. Chez l'enfant l'état dépressif mène plus souvent à des accidents. La dépression rendant moins attentif, l'enfant surveille moins, se protège moins et cela peut entraîner des incidents domestiques ou d'accidents sur la voie publique.

Ensuite il faut comprendre que la dépression chez l'enfant est plus grave que chez l'adulte tout simplement car elle touche un être qui est en plein développement et cela va altérer ce développement et porter atteinte  à sa structure, d'où la nécessité de poser le diagnostic tôt. On pourrait ajouter à cela toutes les difficultés d'apprentissage, scolaires qui peuvent en résulter…

 

Quelles sont les causes les plus fréquentes de ces dépressions, et comment savoir repérer des symptômes pour permettre une prise en charge adéquate ?
Il y a beaucoup de causes environnementales. On peut citer la maltraitance évidemment, la dépression larvée d'un parent vu que l'enfant est beaucoup plus sensible qu'un adulte à son environnement. La dépression chez l'enfant est souvent liée à une perte. Perte d'attention parentale, perte d'amis, d'un environnement familier après un déménagement… Et pour rebondir, l'adolescence est aussi une période de perte de repères. Quand on devient adolescent on perd son enfance d'où le fait qu'il y a beaucoup de dépression durant cette période.

Toujours dans le cas de l'adolescent on peut toujours parler des causes environnementales, ruptures, premiers chagrins d'amour par exemple et aussi des facteurs intrinsèques mais qui doivent être abordé après enquête sérieuse sur les facteurs environnementaux.

Pour repérer une dépression il faut savoir tirer le fil. Devant des troubles du sommeil, de la somatisation, des troubles régressifs, des difficultés scolaires, il faut y penser. On y pense lorsque l'adolescent a des idées noires mais il faut aussi y penser lorsque l'on est confronté à des situations d'opposition ou des déficits de l'attention chez l'adolescent. Souvent les parents ne veulent pas entendre ce diagnostic car ils vont se sentir coupables et vont avoir tendance à l'occulter en amont. C'est un frein au fait évidemment de ne pas aller consulter mais aussi un frein posé au professionnel de santé.

 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 01/03/2018 - 07:13 - Signaler un abus Erreurs de diagnostic

    C'est une évidence fréquemment constatée en France, et cela semble être aussi le cas en Angleterre : les médecins généralistes obtiennent une mauvaise qualité de résultats dans leurs diagnostics psychiatriques. Manque de formation, d'expérience, et durée de consultation trop courte. Ajoutez-y la pénurie de spécialistes organisée par le numerus clausus, et le déremboursement des honoraires, cela ne rend pas très optimiste pour l'avenir !

  • Par cloette - 01/03/2018 - 07:33 - Signaler un abus L'adolescence

    période à risque .L'ado n'est pas un adulte , ses mécanismes sont différents !

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Stéphane Clerget

Stéphane Clerget est médecin pédopsychiatre. Il partage son activité entre les consultations et la recherche clinique. Ses champs d’étude concernent notamment l’adolescence, les troubles émotionnels et les questions d’identité. Il a mis en place à l’hôpital l’une des premières consultations d’aide à la parentalité. Il est l'auteur de Nos garçons en danger (Flammarion) et Les vampires psychiques (Fayard).

Les vampires psychiques de Stéphane Clerget

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