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Nouveaux problèmes en vue ? 5 questions sur les conséquences potentielles des frappes américaines en Libye

Parallèlement aux frappes de la coalition internationale menée en Syrie contre l'Etat islamique, les Etats-Unis, sollicités par le gouvernement libyen d'union nationale, viennent de débuter une campagne de frappes aériennes contre Daech à Syrte, en Libye. Une opération qui ne risque vraisemblablement pas, à terme, de résoudre l'instabilité politique du pays.

Et ensuite ?

Publié le - Mis à jour le 5 Août 2016
Nouveaux problèmes en vue ? 5 questions sur les conséquences potentielles des frappes américaines en Libye

Si ce flot de clandestins reste important, c’est aussi en grande partie à cause de la politique migratoire de gribouille et littéralement catastrophique, et pour ne pas dire dramatiquement inconsciente, de l’Europe.  Crédit REUTERS/Ismail Zitouny

Atlantico : Ce lundi, les Etats-Unis ont débuté leurs frappes aériennes sur les positions de l'EI en Libye, localisées dans la ville et la région de Syrte. En dépit de cette limitation géographique des frappes, peut-on s'attendre à voir déferler en Europe un nouveau flot de réfugiés libyens dans les semaines/mois à venir ? 

Roland Lombardi : Il faut juste rappeler que le flot de réfugiés libyens, mais aussi et surtout, ne l’oublions pas, africains (grâce justement à des passeurs libyens) ne s’est jamais tari depuis ces derniers mois. En France, les médias en parlent peu mais il suffit de regarder du côté espagnol et surtout italien pour en avoir une confirmation. Seule la météo de l’hiver l’avait quelque peu ralenti. Mais depuis le printemps, il ne connaît pas d’interruption et tant que le temps sera clément, il continuera même de plus belle.

Certes, la situation en Libye, mais aussi dans toute la région, y est pour beaucoup. Mais si ce flot de clandestins reste important, c’est aussi en grande partie à cause de la politique migratoire de gribouille et littéralement catastrophique, et pour ne pas dire dramatiquement inconsciente, de l’Europe. L’apothéose fut bien sûr atteinte avec les positions et les déclarations de la chancelière allemande Merkel ! Positions qu’elle s’est d’ailleurs refusée, il y a encore quelques jours, à remettre en cause, et ce, en dépit des troubles et des attaques causés dernièrement par des réfugiés en Allemagne ! Ainsi, déconnectés des réalités, c’est par angélisme, dogmatisme et idéologie, que les responsables et les technocrates européens laissent encore des drames se produire en Méditerranée, tout en programmant aveuglément la déstabilisation, déjà visible, des sociétés européennes (terrorisme, communautarisme, monté des tensions inter-religieuses et sociales, bouleversements politiques…).  

Frédéric Encel : Non, pour deux raisons : d'abord car à l'exception des deux seules grandes villes, Tripoli et Benghazi, les densités démographiques sont bien moindres en Libye qu'en Syrie et en Irak, ensuite et surtout car il ne s'agit pas d'opérations au sol comme en Syrie, où l'armée se bat contre des rebelles. Là, il s'agit de frappes aériennes ciblées et sans troupes américaines au sol. Et puis la géographie - dont mon maître en géopolitique et coauteur Yves Lacoste dit bien qu'elle "sert d'abord à faire la guerre" - interdit à des collectifs importants de gagner l'Europe, sauf naturellement par bateaux. Mais, en l'espèce, même avec une flotte civile importante, on ne pourrait assister à un exode de centaines de milliers de malheureux comme cela s'est produit via la Turquie et la Grèce. 

Compte tenu de la proximité géographique entretenue avec l'Europe, cette dernière pourrait-elle faire face à une recrudescence des attaques terroristes en représailles à ces frappes, par association selon laquelle Américains et Européens constituent un seul et même ennemi ? 

Frédéric Encel : Vous savez, les barbares de l'Etat islamique - et plus généralement les islamistes radicaux - ne frappent pas la France pour ce qu'elle fait mais bien pour ce qu'elle est. N'en déplaise aux "idiots-utiles" de l'islamisme et autres consternants "Je-ne-suis-pas-Charlie" de janvier 2015, pour lesquels la France et l'Occident seraient coupables de tous les vices et des coups qu'elle subit, ces terroristes nous visaient déjà dans les années 1989-90, bien avant les opérations militaires françaises au Mali et en Irak ! En réalité, ils haïssent notre République car elle est laïque, sociale, respectueuse de l'égalité des citoyens devant la Loi quels que soient leur sexe, leur religion et leurs choix philosophiques, et détestent notre Nation car elle est de vieille culture chrétienne mâtinée d'une forte et ancestrale présence juive. En outre, nous aimons les arts et la culture, l'horreur incarnée pour Daech dont les racines puisent à l'école de jurisconsulte du fanatique Ibn Hanbal au... IXè siècle ! Quelles que soient notre politique étrangère ou celles des autres Européens, voire l'attitude des Américains ou la situation du conflit israélo-palestinien ; les islamistes radicaux demeureront par nature racistes, antisémites, anti-occidentaux, phallocrates, liberticides et fanatiques. Comme l'avait rappelé dès 2014 le ministre Jean-Yves Le Drian, "nous sommes en guerre" contre un groupe combattant qui nous l'a déclarée ; il faut la mener et la remporter. 

Roland Lombardi : Là aussi, il n’y a pas directement de cause à effet. L’argument, qui est de dire qu’au plus nous frapperons Daech, au plus nous en subirons les conséquences, est celui de certains de mes collègues orientalistes. Les mêmes d’ailleurs qui organisent des colloques avec des islamistes "modérés", qui accusent Israël et l’Occident de tous les maux et qui en arrivent même à trouver des excuses aux terroristes ! Mais encore une fois les partis pris et les idéologies surannées ne doivent pas fausser les analyses. Pour ceux qui veulent voir, il est certain que même sans les frappes occidentales en Libye, en Syrie ou en Irak, les djihadistes cibleraient de toute manière, pour une raison ou une autre, qu’elle soit historique, politique, religieuse ou culturelle, les Américains et les Européens. Intrinsèquement, ils représentent l’Occident et tout ce que les islamistes radicaux exècrent.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 03/08/2016 - 15:00 - Signaler un abus Le Général Haftar est le seul qui ait l'autorité

    et le courage de s'opposer à l'islamisme. S'il est désavoué par le gouvernement soutenu et mis en place par l'ONU à Saraj, alors il faut dissoudre ce gouvernement de bisounours incompétents, émanation de la veulerie droidelhommiste occidentale...il n'y a plus à tortiller!

  • Par jurgio - 03/08/2016 - 18:26 - Signaler un abus Des conséquences possibles

    et non « potentielles ».

  • Par Texas - 03/08/2016 - 21:28 - Signaler un abus Un timing qui pourrait aussi...

    ....faire oublier quelques souvenirs douloureux d' une Secrétaire d' Etat en pleine campagne et sur lesquels , une fois de plus , règne un complet silence médiatique , les souvenirs militaires de Mr Trump offrant plus d' intérêt .

  • Par Innocent - 04/08/2016 - 10:48 - Signaler un abus Tiens ?

    Notre indispensable BHL aurait il fait un saut à Washington, pour murmurer à l'oreille d'Obama de lui rendre un service: en remettre une couche au chaos en Libye dont il se flatte d'être l'inspirateur.

  • Par Innocent - 04/08/2016 - 10:48 - Signaler un abus Tiens ?

    Notre indispensable BHL aurait il fait un saut à Washington, pour murmurer à l'oreille d'Obama de lui rendre un service: en remettre une couche au chaos en Libye dont il se flatte d'être l'inspirateur.

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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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Frédéric Encel

Frédéric Encel Docteur HDR en géopolitique de l'Université Paris 8, maître de conférences à Sciences-Po Paris et à la Paris School of Business, fondateur et animateur des Rencontres internationales géopolitiques de Trouville. A paraître à la rentrée Géopolitique du printemps arabe (PUF, 2è éd., Grand prix de la Société de géographie).

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