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Nouveau round de négociations sur le nucléaire iranien : les explications derrière le double discours de Téhéran

Les négociations de Vienne sur le nucléaire iranien ont pâti des déclaration de l'Ayatollah Khamenei, selon qui la volonté de dialogue ne pèserait pas bien lourd face aux antagonismes des deux camps. Une sortie qui peut étonner après les signes d'ouverture donnés par le nouveau Président Rohani, mais qui est en réalité dictée par le besoin de calmer les plus conservateurs des politiques iraniens.

Ça va, ça vient

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Nouveau round de négociations sur le nucléaire iranien : les explications derrière le double discours de Téhéran

L'Ayatollah Khamenei pense que les négociations sur le nucléaire iranien ne mèneront nul part.  Crédit Reuters

Atlantico : L'Ayatollah Khamenei s'est récemment illustré par ses déclarations sur l'avenir des discussions de Vienne, allant jusqu'à affirmer qu'il "n'était pas optimiste [sachant] que les négociations ne mèneraient nul part", tout en assurant qu'il n'était pas opposé au dialogue. Comment expliquer l'adoption de ce double discours après les premiers signes d'ouverture donnés par le Président Hassan Rohani ?

Thierry Coville : Il faut d'abord noter que la stratégie de Rohani privilégiant la négociation et le rapprochement avec les Etats-Unis pour régler la crise du nucléaire a forcément été validée par le Guide. Dans ce contexte, cette récente déclaration peut s'expliquer par plusieurs éléments.

Khameini a cependant toujours été très méfiant vis-à-vis des Etats-Unis, qu'il a longtemps soupçonné de vouloir utiliser le prétexte du nucléaire pour obtenir un changement de régime. Les récentes tentatives de membres du Congrès et du Sénat américain de faire voter de nouvelles sanctions contre l'Iran (ce qui rendra l'accord de Genève caduc) nourrissent cette méfiance. Par ailleurs, en tant que Guide, il veut être au-dessus de la mêlée, tout en prenant en compte les équilibres de politique intérieure. Il y a actuellement une opposition très nette des conservateurs les plus radicaux à l'accord de Genève sur le nucléaire et à la politique de rapprochement avec les Etats-Unis. Ces groupes estiment que le gouvernement iranien fait trop de concessions aux occidentaux et en particulier aux Etats-Unis, qui restent à leurs yeux un ennemi de la république islamique. Par ces récentes déclarations, Khameini exprime ses doutes quant à l'intention des Etats-Unis de vraiment vouloir un accord, et donne des "signes" aux durs. Cela lui laisse une marge de manoeuvre pour se dissocier de Rohani si les négociations n'aboutissent pas.

Les relations entre Washington et Téhéran se sont dégelées sur les derniers mois. Peut-on parler pour autant de rapports chaleureux actuellement ?

On est dans une phase de reprise de contact après 30 ans d'affrontement. Les rapports sont donc loin d'être chaleureux mais on peut supposer que les 2 gouvernements ont commencé à échanger des informations et à mieux appréhender leurs politiques et intérêts respectifs. Il est probable que sur un certain nombre de dossiers (Nucléaire, Syrie, etc.), américains et iraniens aient établi des lignes de communication. Cependant, en Iran, les conservateurs les plus radicaux restent très opposés à ce rapprochement. Il est intéressant de constater que la situation est assez similaire aux Etats-Unis, où une partie du Congrès et du Sénat reprochent à Obama de faire trop de concessions à l'Iran en privilégiant la négociation aux sanctions. Les gouvernements iranien et américain doivent donc sans arrêt démontrer à leurs opposants respectifs qu'ils ne font pas trop de concessions à l'autre partie... Enfin, on peut noter que le gouvernement américain doit en plus gérer la colère de ces alliés traditionnels (Arabie Saoudite, Israël) face à ce rapprochement. On peut penser que le gouvernement américain voudrait que son début de coopération avec l'Iran soit le plus discret possible... Certains analystes américains estiment que ce dernier soucis a pu conduire les Etats-Unis à s'opposer à la présence de l'Iran aux récentes négociations internationales sur la Syrie (Genève 2).

 
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  • Par François Homeland - 19/02/2014 - 11:07 - Signaler un abus L'Iran est en train de gagner du temps pour terminer sa bombe

    Les lobbies militaro-industriels occidentaux à la recherche de nouveaux débouchés, chez qui le tiroir-caisse a depuis toujours remplacé le sentiment national, sont prêts à sacrifier l'existence d'Israël pour faire leur business avec les iraniens. Cela va bien au-delà de l'esprit munichois qui règne toujours dans les démocraties occidentales...

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Thierry Coville

Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays.
 
Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.

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