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Nouveau risque : avec les antibiotiques, les allergies ce n’est pas automatique mais ça risque de le devenir un peu plus…

Trop d’antibiotiques ne provoqueraient pas seulement une résistance accrue des bactéries mais aussi une recrudescence des allergies. Les jeunes enfants sont particulièrement concernés.

Santé en danger

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Nouveau risque : avec les antibiotiques, les allergies ce n’est pas automatique mais ça risque de le devenir un peu plus…

Consommer trop d'antibiotiques provoquerait des allergies.  Crédit Reuters

Atlantico : De récentes études (évoquées ici), établissent un lien de cause à effet entre la prise d'antibiotiques et une recrudescence des allergies depuis une vingtaine d'années. On connaissait déjà le lien entre antibiotiques et résistance des bactéries, le lien établi avec les allergies vous surprend-t-il ? Des études allaient-elles déjà dans ce sens ? Comment expliquer ce lien d'un point de vue scientifique ?

Stéphane Gayet : Effectivement, on assiste à une importante recrudescence de maladies allergiques – ainsi que de maladies dites inflammatoires - depuis une vingtaine d'années, à tel point que certains parlent d'une véritable épidémie d'allergies.

Parallèlement, toutefois depuis plus longtemps – environ une cinquantaine d'années -, la fréquence des maladies infectieuses diminue progressivement. Ces deux tendances inverses ont été bien montrées par plusieurs études. Plus récemment, des travaux ont établi qu'il y avait un lien entre la consommation d'antibiotiques et l'augmentation du nombre d'allergies. C'est surtout vrai chez les jeunes enfants. En réalité, la corrélation entre la prise d'antibiotiques chez le jeune enfant et les allergies avait déjà été avancée par d'autres travaux. Par ailleurs, des études ont montré que les enfants ayant grandi dans une ferme développaient moins d'allergies. Ces différents résultats tendent à suggérer l'existence d'une relation entre les bactéries de notre corps et les allergies. Cette découverte aurait été surprenante il y a 10 ou 15 ans, mais ne l'est pas aujourd'hui depuis tous les travaux portant sur le microbiote intestinal. Il est ce que l'on a longtemps appelé la flore intestinale : les études concernant ce "nouvel organe" sont à présent nombreuses. Au moins aussi pesante que notre cerveau, cette énorme quantité de bactéries intestinales s'avère fort importante pour notre état de santé. En particulier, ce microbiote se révèle être un acteur tout à fait déterminant dans la maturation de notre système immunitaire, parmi bien d'autres rôles essentiels. Or, l'allergie est liée à un dysfonctionnement du système immunitaire, qui nous agresse au lieu de nous protéger. Sachant que les antibiotiques altèrent notre microbiote, cela devient clair.

Certains antibiotiques sont-ils particulièrement montrés du doigt? Si oui, lesquels et dans quels cas sont-ils considérés comme allergènes ?

Les traitements antibiotiques en cause sont avant tout ceux qui s'adressent aux jeunes enfants. Ces derniers reçoivent un antibiotique le plus souvent pour une infection des voies respiratoires hautes (sphère ORL) ou basses (trachéites, bronchites, bronchiolites, pneumonies). Les études ne précisent pas en général le type d'antibiotique administré, mais l'on sait que dans ces situations ce sont surtout des macrolides (famille d'antibiotiques bien tolérés, que l'on donne par voie orale et qui ciblent préférentiellement les infections des voies aériennes) et des bêta-lactamines orales (amoxicilline, autres pénicillines orales et céphalosporines orales, données pour des infections semblables), ainsi que plus rarement de la vancomycine (antibiotique performant contre les staphylocoques, streptocoques et bactéries anaérobies). Pour qu'un antibiotique puisse altérer le microbiote intestinal, il faut qu'il soit présent à forte concentration dans la lumière de l'intestin et qu'il soit de plus efficace sur ces bactéries intestinales : ce sont essentiellement des bactéries anaérobies ; or, ces trois groupes d'antibiotiques agissent précisément sur les anaérobies. Ainsi, ce n'est pas en se comportant en allergènes, mais en perturbateurs immunitaires indirects, que les antibiotiques favorisent les allergies. Par le biais d'une altération du microbiote intestinal, alors que celui-ci est essentiel à la maturation du système immunitaire, les antibiotiques génèrent une perturbation de ce dernier qui est ensuite sujet aux dysfonctionnements, tels que les allergies. De plus, le microbiote intestinal intervient dans la régulation du système immunitaire mature : une régulation inefficace est un autre facteur favorisant les allergies.

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 02/10/2015 - 08:13 - Signaler un abus merci de parler d'un phénomène massif qui est quasi absent de

    la sphère médiatique . Je ne suis pas médecin mais en tant qu'allergique de longue date j'observe . QQ remarques : ma famille s'est soignée en évitant le plus possible les antibiotiques , et pourtant ... Les animaux domestiques deviennent eux aussi allergiques : acariens , orge , poux , insectes etc etc or ils ne sont pas traités aux antibiotiques .... la piste antibiotiques est loin d'être suffisante ... mon observation est plus une corrélation avec l environnement : je vois des personnes n'ayant jamais été allergique le devenir en venant vivre en région parisienne par exemple, ou l'inverse , des personnes n'ayant jamais vécu qu'en ville s'établissant à la campagne. Je pense que notre environnement est devenu de plus en plus difficile à gérer pour notre corps et que l'accumulation déclenche ces allergies. Disant cela, se ne suis pas du tout ecolo , mais je constate que nous supportons de moins en moins l'environnement dans lequel nous évoluons. Une chose m'étonne : silence radio des ecolos qui ont la un vrai sujet de société à traiter . Mais bon ces derniers préfèrent les faux problèmes .

  • Par adroitetoutemaintenant - 02/10/2015 - 09:47 - Signaler un abus Petite remarque à pale rider

    Les antibiotiques ne sont pas la seule cause des allergies mais un facteur favorisant. De surcroit il devient de plus en plus difficile de les éviter car la chaine alimentaire en contient en grande quantités : antibiotiques vétérinaires du bétail et des élevages piscicoles. Enfin, la flore intestinale et notre système immunitaire souffre aussi de carences alimentaires telles que le magnésium et d’excès alimentaires tels les sucres.

  • Par Stéphane Gayet - 02/10/2015 - 11:02 - Signaler un abus Les antibiotiques qui sont dans nos aliments

    Merci de parler des antibiotiques présents dans nos assiettes. J'ai parfois l'impression d'être l'un des rares à marteler qu'il ne faut pas stigmatiser les ordonnances des médecins à propos des antibiotiques, mais s'intéresser également d'assez près aux tonnes d'antibiotiques utilisés en agro-alimentaire : volailles, porcs, veaux, poissons… Cette consommation est énorme, mais personne ou presque n'en parle. Or, beaucoup d'antibiotiques ne sont pas inactivés par la cuisson. Cela d'autant plus qu'il existe aujourd'hui une tendance à la cuisson douce, particulièrement pour les poissons. Prenons l'exemple des poulets élevés en batterie : ils sont systématiquement inondés d'antibiotiques, sans quoi la moindre infection dégénérait en épidémie dévastatrice. Les éleveurs l'avouent facilement quand on les interroge. Mais cette question des antibiotiques dans l'agroalimentaire reste taboue. Les groupes de pression ont colossaux et ont une influence considérable. Toutefois, une réflexion de niveau national et même international est menée dans ce domaine, mais avec au moins dix années de retard par rapport à la médecine humaine.

  • Par Stéphane Gayet - 02/10/2015 - 11:14 - Signaler un abus Ce qu'il faut retenir de ces études

    Toutes ces études ont permis de découvrir, essayer de cerner et de comprendre ce "nouvel organe" appelé "microbiote" ou parfois "microbiome" et constitué d'une masse énorme d'un à deux kilos de bactéries se trouvant dans notre intestin. Elles sont non seulement utiles à notre santé, mais se révèlent indispensables et tout particulièrement chez le petit enfant. Ces bactéries ont une influence que l'on ne soupçonnait pas sur le système immunitaire, le système nerveux, l'équilibre staturo-pondéral, la glycémie, la faim, le tonus, la prévention de cancers, etc. Or, ce microbiote est tout de même vulnérable. Tout ce qui le perturbe est néfaste à notre équilibre physiologique. Les antibiotiques médicaux sont pointés du doigt dans cette étude, mais il y a aussi les antibiotiques agro-alimentaires, la pollution physico-chimique et bien d'autres facteurs délétères à moyen et long termes. Et les enfants qui grandissent à la ferme, loin de la pollution et au contact de nombreux animaux, développent moins d'allergies, c'est un fait avéré.

  • Par zouk - 02/10/2015 - 14:44 - Signaler un abus Allergies

    Et si l'on cherchait à rétablir une alimentation plus naturelle, ne précisant mieux les techniques d'assainissement des cultures et traitement industriels, pour permettre uns survie des plus favorables des microorganismes naturels?

  • Par Stéphane Gayet - 02/10/2015 - 15:27 - Signaler un abus Revenir à une alimentation plus naturelle

    Bien sûr, une grande majorité de personnes y pense. Ce serait évidemment souhaitable. Mais dans notre monde industrialisé à haut niveau de vie, c'est la finance qui commande tout. La production d'une alimentation plus naturelle et plus saine n'est pas lucrative. Les puissances financières veulent à tout prix toujours plus de rendement et plus de profit. Il n'y a dès lors pas de place dans ce système économique et financier pour une production biologique et équitable. Qui pourra inverser cette tendance suicidaire et quand ?

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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