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Nombre record de banquiers millionnaires en France cette année : est-ce vraiment mérité ? Ce qu’il faut savoir pour se faire une idée

​Selon un article publié par les Echos ce 24 avril, de nombreuses banques françaises comptent (chacune) 100 banquiers ayant une rémunération supérieure à un million d'euros pour l'année 2017, un chiffre au plus haut depuis 4 ans.

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Nombre record de banquiers millionnaires en France cette année : est-ce vraiment mérité ? Ce qu’il faut savoir pour se faire une idée

 Crédit JACK GUEZ / AFP

 

​Selon un article publié par les Echos ce 24 avril, les banques françaises BNP Paribas, Société Générale, et Natixis, comptent (chacune) 100 banquiers ayant une rémunération supérieure à un million d'euros pour l'année 2017, un chiffre au plus haut depuis 4 ans. Derrière cette inflation salariale, quelle a été l'évolution du secteur financier au sein de l'économie française ? Comment expliquer un tel poids, et celui-ci se justifie-t-il par son "utilité sociale" ? Derrière cette hypertrophie du secteur, la finance remplit-elle correctement son rôle de financement de l'économie ?

Est-ce que derrière les activités de spéculation, le traitement des fonctions essentielles du secteur sont à la hauteur du poids total de cette industrie ?

 

Mathieu Mucherie : Un peu partout les entreprises sont autofinancées ou presque (c’est un peu moins vrai en France, mais aux États-Unis, dans la zone euro et au Japon, le ratio du cash-flow à l’investissement est aujourd’hui voisin de 100% et le plus souvent vers 130%), et les particuliers sont bien moins enclins qu’avant 2008 à s’endetter (ils sont déjà gorgés de crédits immobiliers), ce qui fait dire à certains (Charles Gave depuis des années, par exemple) que les banques sont de nos jours aussi utiles que des agences de voyages à l’âge d’internet ; et pourtant… les bonus reviennent, et la masse salariale des salles de marchés ne se contracte pas vraiment en dépit de l’arrivée des robots. C’est très curieux pour un domaine que l’on présente comme en transformation, et en rédemption. Tâchons d’y voir un peu plus clair. C’est important quand on sait la défiance populaire qui entoure ce secteur. Au moment de la crise, on a même eu l’impression qu’un grand nombre de gens (y compris des libéraux) étaient tristes de voir notre système bancaire ne pas chuter jusqu’au bout ; comme si on pouvait remplacer Gladstone par SG ou Natixis dans la célèbre citation de Benjamin Disraeli : « La différence entre un malheur et une calamité est la suivante : si Gladstone tombait dans la Tamise, ce serait un malheur. Mais si quelqu'un l'en sortait, ce serait une calamité ».

Primo, qui paye, demandait Lénine ? "Ce n’est pas l’employeur qui paie les salaires, c’est le client", disait Ford. Autrement dit, les méga-bonus dans une industrie en crise (car elle est bien en crise, cf les cours de bourse des établissements) ne sont possibles que si et seulement si on peut les faire passer aux clients, et avaler aux proprios. Cela suppose d’une part une structure de marché pas si concurrentielle (on peut parler d’oligopoles sur de nombreuses activités, oligopoles protégés par la réglementation et par les banques centrales, cf les difficultés des fintechs depuis des mois), et un assez faible niveau d’ouverture internationale (les banques restent surtout domestiques), et d’autre part une grande capacité des managers à oublier les intérêts des actionnaires (il se trouve que les actionnaires des banques sont particulièrement dispersés, atomisés). Ces caractéristiques sont encore plus marquées en France : niveau encore limité de la désintermédiation, faible crédibilité d’un scénario de nouvel entrant, etc.

 
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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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