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Que se passe-t-il dans le cerveau d'un trader qui pète les plombs ? Un neurologue le sait et l'explique

Selon John Coates, ancien trader devenu neurologue, la prise de risque est entraînée par un mécanisme hormonal.

Prise de risque

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Que se passe-t-il dans le cerveau d'un trader qui pète les plombs ? Un neurologue le sait et l'explique

Les résultats des tests montrent que les taux quotidiens de testostérone étaient plus élevés les jours où les traders faisaient mieux qu'habituellement Crédit Reuters

Une question taraude le monde entier depuis maintenant quelques années. Que se passe-t-il dans la tête d'un trader lorsqu'il se retrouve dans une salle de marchés ? John Coates, ancien trader à la Deutsche Bank et à Goldman Sachs devenu neurologue a voulu le découvrir et comprendre ce qu'il y avait derrière cet état second, similaire à ce que pourrait provoquer de la drogue. Cet ancien trader s'était en effet rendu compte que "quasiment toutes les flambées d'un milliard de dollars – celles qui secouent les fondations même d'une banque – provenaient de traders qui avaient eu une série de réussites".

Et de lectures en recherches en passant par des analyses de salives, John Coates, qui a passé près de treize années à arpenter les salles de Wall Street avant de prendre résidence dans un labo de l'Université de Rockefeller à New York puis à Cambridge University, a découvert que la prise de risque est entrainée par un "effet de victoire", c'est-à-dire un mécanisme hormonal dans lequel chaque victoire en amène d'autres.

Le problème : cet "effet de victoire" peut devenir tellement puissant qu'il en devient incontrôlable entraînant alors parfois des décisions dangereuses. Le chercheur a notamment déclaré lors d'une conférence médicale à Londres : "Je n'avais jamais ressenti un tel sentiment de puissance. On devient euphorique, délirant, on a besoin de moins de sommeils, les pensées défilent, et on a un appétit plus grand pour le risque, mais des exigences moins grandes pour le risque et la récompense. En fait, on devient un trader fou".

Et ces découvertes de pouvoir être appliquées à de nombreuses autres professions : des politiciens corrompus par la soif de pouvoir aux chirurgiens qui se prennent pour dieu en passant par les soldats qui deviennent de véritables machines à tuer comme l'explique John Coates pour qui "il est devenu évident qu'il s'agissait de bien plus que de simples études sur la biologie des prises de risques dans la finance", ajoutant que "nous avons une seule biologie que nous prenons avec nous quelque soit le domaine dans lequel on s'engage, qu'il s'agisse de l'armée, du sport, de la politique ou de la finance".

Pour prouver ces théories, John Coates a fait appel à d'anciens collègues. Des échantillons de salive de dix-sept traders ont alors été prélevés sur huit jours le matin et l'après-midi afin de mesurer le taux d'hormone des participants. Et les résultats de montrer que les taux quotidiens de testostérone étaient plus élevés les jours où les traders faisaient mieux qu'habituellement. Pour le scientifique, ces résultats confirment que la prise de risque est physiologique et pas seulement cognitive. John Coates estime par ailleurs le problème des traders "voyous" est que le mécanisme hormonal qui permet d'expliquer "l'effet de victoire" est pathologique, favorisant donc une "exubérance irrationnelle" et une prise de risque excessive. Le chercheur ajoute que plus d'études sur le sujet doivent être menées, afin, peut-être, de changer la façon dont sont managés les traders. Maintenant, au lieu de toujours repousser les limites de risques des traders qui connaissent des succès consécutifs, les banques devraient selon John Coates "garder les mêmes limites, voire même dire aux traders de liquider leurs positions en plein milieu d'une série de victoires et de prendre trois semaines de vacances le temps que leur biologie revienne à des niveaux normaux".

 
Commentaires

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  • Par anubis - 05/12/2012 - 09:24 - Signaler un abus Pas besoin ...

    D'être sorti de Polytechnique ou être neurologue pour faire une telle analyse ... il suffit de voir les gens dans les salles de jeu pour arriver à la même conclusion. A coté de l'effet victoire il faut aussi signaler l'effet défaite qui fait croire qu'on va toujours se refaire ou gagner (enfin) ... peut être tout aussi dangereux de se croire meilleur ou plus chanceux ou plus intelligent qu'on est !!

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 05/12/2012 - 10:19 - Signaler un abus Bien sur que la recherche est nécessaire...

    Non les deux effets n'ont rien à voir. . Coates J M, Gurnell M, Sarnyai Z (2010), “From molecule to market: steroid hormones and financial risk-taking.”Philosophical Transactions Royal Society B, Biological Sciences, 365:331-43. http://rstb.royalsocietypublishing.org/content/365/1538/331.full.pdf+html Coates J M, Herbert J (2008), “Endogenous steroids and financial risk taking on a London trading floor.” Proceedings of the National Academy of Sciences U S A, 105: 6167-72. http://www.pnas.org/content/105/16/6167.full.pdf+html?sid=923de3de-1794-448b-be58-5019925c299b Coates J M, Gurnell M, Rustichini A (2009), “Second-to-fourth digit ratio predicts success among high-frequency financial traders.” Proceedings of the National Academy of Sciences U S A, 106: 623–628. http://www.pnas.org/content/106/2/623.full.pdf+html?sid=923de3de-1794-448b-be58-5019925c299b

  • Par Rémi57 - 05/12/2012 - 11:42 - Signaler un abus La toute puissance...

    Intellectualisation quand tu nous tiens !!! Le trader serait finalement un humain qui, comme l'ensemble de ses pairs, développerait un taux de testostérone élevé lorsqu'il rencontre des succès à répétition ? Quel scoop ! On avait vraiment besoin d'un super neurologue pour expliquer à la face ébahie du monde qu'on se sent mieux dans une spirale de réussites que dans une spirale de l'échec. Les "travaux" qui vont en découler viseront-ils à nous freiner les réussites que nous pouvons connaître, très probablement puisque la voie est déjà ouverte !!! Une dangereuse tendance ne serait-elle pas en train de se mettre en action ? Il y aurait vraiment de quoi trembler si cette découverte de DIEUX n'était rien d'autre qu'une simple et banale constatation. Pas de quoi en faire un drame et tout juste de quoi en faire un article.

  • Par sanglier intrépide - 05/12/2012 - 11:52 - Signaler un abus On le savait mais à présent c'est prouvé

    Les plus grandes décisions de la planète sont prises par des personnes au comportement pathologique. Vive le capitalisme financier qui va tous nous sauver et nous conduire à l'égalité. Ça n'a jamais dérangé un politicien de voir que les annonces de licenciement provoque des remontées de la bourse.

  • Par Ravidelacreche - 05/12/2012 - 17:39 - Signaler un abus Des échantillons de salive de dix-sept traders

    Surement d' anciens joueurs de foot ? :o)

  • Par Grwfsywash - 06/12/2012 - 12:56 - Signaler un abus @ Ravidelacreche - 05/12/2012 - 17:39

    "Surement d' anciens joueurs de foot ?" Oui, mais pas en équipe de France, manque d'effet de victoire!

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