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Ce que le “moment Cohn-Bendit” révèle de la dissolution du politique dans les eaux sans vie du marketing

L'éventualité de la nomination de Daniel Cohn-Bendit, à la suite du départ de Nicolas Hulot, fait évoluer de plus en plus la vie politique française vers le marketing politique.

Remaniement cosmétique

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Ce que le “moment Cohn-Bendit” révèle de la dissolution du politique dans les eaux sans vie du marketing

 Crédit JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Atlantico : Dans le contexte de la démission de Nicolas Hulot de son poste ministériel, l'éventualité de la nomination de Daniel Cohn-Bendit pour le remplacer a été étudiée par l’exécutif. Dans quelle mesure cette hypothèse peut-elle démontrer, une nouvelle fois, l'importance prise par le marketing politique au détriment du politique lui même ? 

 
Maxime Tandonnet : Oui, nous sommes en plein dans la politique moderne. Il faut se souvenir d'une phrase clé prononcée par le président Macron: "Je ne suis que l'émanation du goût du peuple français pour le romanesque". Aujourd'hui, la politique médiatisée prétend avant tout offrir un spectacle aux Français, avec ses héros et ses monstres, ses batailles, ses victoires et ses échecs, la litanie des sondages quotidiens... L'intérêt général n'est que secondaire dans ce schéma. Le but principal est de sublimer l'image d'un personnage et tendre vers le Graal suprême qui serait la réélection en 2022.
Le fond du problème est que, dans les milieux dirigeants, nul ne croit plus vraiment dans le politique en tant que service du bien commun. La politique est devenue avant tout une affaire de postures, de messages et de symboles. Le roman qui s'écrit aujourd'hui est celui du "bien" post frontières, qu'incarne l'équipe au pouvoir en France, contre le mal nationaliste qui renaît à travers le Brexit, Salvini et Orban, le "populisme" sous toutes ses formes. L'idée de nommer ministre M. Cohn Bendit était bien dans la logique de  ce message: ce dernier incarne le souvenir de mai 1968 et les valeurs de l'époque, en particulier le dépassement de l'Etat nation comme source de l'autorité politique.  
 

Qu'est ce que la République a à perdre d'une telle situation ou l’enracinement territorial des élus, le temps long d'une carrière, formant une forme de "creuset politique", perd de son importance au profit du tout marketing ? Comment le fond est-il finalement en train de céder à la forme ? 

 
Des notions comme l'intérêt général, le bien commun, la res publica, la chose publique sont passées au second rang de la vie politico-médiatique. Le débat d'idées a disparu. L'essentiel est dans l'apparence, la perception qu'ont les électeurs de la situation générale et l'image qu'ils se font de leurs dirigeants. L'image l'emporte sur tout le reste. Un homme est élu président de la République sur son image télévisuelle. Cette image gagnante s'impose comme l'acte de naissance et le principe originel d'un quinquennat. Sa sauvegarde ou sa promotion devient le but en soi de la vie politique qui glisse dans le culte de la personnalité. Le danger de ce fonctionnement est la fuite permanente dans un monde virtuel. L'objectif est de valoriser une image, par la communication et les manipulations, et non pas d'améliorer la réalité qui dans ce schéma, n'a qu'une importance secondaire. De fait, les relais naturels entre le monde  politique et la nation s'effacent dans la lumière aveuglante élyséenne: Premier ministre, ministres, députés et sénateurs. Le gouvernement qui est par définition la courroie de transmission entre le pouvoir d'Etat et le monde réel est quasiment annihilé. Le parlement, qui doit servir de relais permanent entre l'Etat et la France profonde est réduit à néant et entièrement dépendant de l'Elysée. Le peuple lui-même se sent en rupture complète avec le système politique: 87% des Français estiment que les politiques ne tiennent aucun compte de leur point de vue (CEVIPOF 2018).
 

En quoi l'importance prise par le marketing, par l'image, peut-elle cacher en termes de concentration du pouvoir ? Ne s'agit-il pas de la leçon de la démission de Nicolas Hulot ? 

 
Une erreur fondamentale est de parler de concentration du pouvoir ou de l'autorité. En réalité, il vaudrait mieux parler de concentration de l'impuissance. Toute l'attention médiatique converge vers l'Elysée. Plus rien n'existe (ou presque) que l'image élyséenne dans la vie publique, médiatique, journalistique française. L'Elysée veut s'occuper de tout, rendre les arbitrages, prendre les décisions dans les plus infimes détails, et toujours attirer à lui la lumière des caméras qui d'ailleurs, s'en donnent à coeur joie: il est tellement plus facile d'adorer ou de lyncher que de réfléchir au fond des sujets! Cependant,  isolé dans sa tour d'ivoire, ayant aboli de fait les véritables sources d'autorité gouvernementale, le Premier ministre, les ministres, et amputé des relais sur le terrain que seraient des parlementaires puissants et respectés, l'Elysée ne maîtrise plus rien et les difficultés s'accumulent. Dès lors, l'institution présidentielle conçue pour rayonner de son prestige devient au contraire le bouc émissaire de tous les échecs, les frustrations, les déceptions. Comme vous le dites, la démission de M. Hulot, suivie d'une nouvelle chute de la cote de confiance du chef de l'Etat, est emblématique de cette logique infernale. C'est pourquoi de mandat en mandat, les présidents de la République sont toujours plus impopulaires les uns que les autres... Mais attention! Cela ne tient pas uniquement à la personnalité de l'actuel président. Bien sûr, cette dérive atteint aujourd'hui son paroxysme. Mais elle est en cours depuis des années. Or, la prise de conscience de la déraison qui s'est emparée du système est totalement absente. Les opposants au président Macron, sans exception, n'ont qu'une idée en tête: prendre sa place pour faire exactement comme lui. Tant qu'une lueur de clairvoyance ne viendra pas éclairer le monde politique sur la débâcle de la démocratie française, rien ne sera possible...
 
 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 04/09/2018 - 09:26 - Signaler un abus Quelle démocratie ?

    La vie politique n'a jamais été autre chose qu'une bataille entre seigneurs pour le pouvoir, local ou national. Le mot "démocratie" n'est là que pour duper le peuple en lui faisant croire qu'il détient ce pouvoir. On est passé d'une aristocratie héréditaire à une aristocratie élective: le mensonge et la démagogie (appelée ici "marketing") sont ainsi devenus les moyens privilégiés pour accéder au pouvoir et y rester, en lieu et place de l'honnêteté et de la compétence que les élites prétendent avoir.

  • Par Atlante13 - 04/09/2018 - 10:05 - Signaler un abus De quelle démocratie parle-t-on?

    de la démocratie des anciens élèves de l'ENA, qui se sont auto-proclamés Noblesse d'Etat et dépositaires de droit du pouvoir? L'arrivée d'un incapable comme Hollande au poste suprême et la constitution d' un gouvernement presque à 100% énarque, il fallait en plus quelques figures exotiques, en est le meilleur exemple. Et Macron, en plus d'être énarque a su tirer la léçon de l'élection d'Obama aux US (le plus mauvais président qu'ils aient jamais connu). Aidé par la diaspora énarque, tenant les leviers du pouvoir de toutes les institutions d'Etat, et de leur capacité de nuisance, il a su jouer de nos médias bling-bling pour s'imposer.

  • Par moneo - 04/09/2018 - 10:32 - Signaler un abus plus pire

    la nomination du Directeur de WWF France à la place de Hulot...on aurait le lobby à l'intérieur du système officiellement... lobby chasseur ?? de la rigolade

  • Par Citoyen-libre - 04/09/2018 - 10:50 - Signaler un abus Les lobbys

    Il y a un article intéressant sur les lobbys, qu'on ne retrouve pas dans la presse française, mais dans un journal suisse : https://www.letemps.ch/monde/lombre-lobbies-plane-nouveau-gouvernement-francais

  • Par Ganesha - 04/09/2018 - 11:02 - Signaler un abus Marine ou Wauquiez ?

    L'évocation du nom de Marine Le Pen provoque chez un bon nombre d'abonnés d'Atlantico des symptômes évoquant ce que l'on appelait au Moyen-Âge la ''Danse de St Guy''. Ces malheureux éprouvent des sensations similaires à celles qu'éprouvaient les patients auxquels on infligeait, dans les années 1950, des séances ''d'électrochoc sans anesthésie'' ! Loin de moi l'idée de vouloir les convaincre, je me garderai bien de tenter de les faire changer d'avis ! Je fais simplement remarquer qu'actuellement, aussi bien aux USA qu'en Europe, une majorité de la population, constatant l'état d'épouvantable pourriture de la classe politique ''traditionelle'', porte désormais au pouvoir des ''Souverainistes'', des ''Populistes''. Mais les papys et mamies Atlantico, ayant dû renoncer à Fillon, sont tous ''fans de Wauquiez'' ! Grand bien leur fasse cette merveilleuse illusion !

  • Par 2bout - 04/09/2018 - 11:52 - Signaler un abus Lobbyistes contre lobbyistes …

    tels des crabes dans un panier, que l'on entend couiner devant les caméras seulement quand ils ont perdus. On rappellera que, comme les autres, les "mécènes" de la fondation qu'a créé Hulot ont également des intérêts à promouvoir aux plus hauts niveaux de l'Etat, des intérêts qui leur sont bien particuliers.

  • Par cloette - 04/09/2018 - 16:30 - Signaler un abus Wauquiez

    aurait toutes ses chances s'il ne se définissait pas comme pro "Européen", car alors il pratiquerait la même politique que celle de Macron . Or c'est elle qu'il faut changer . Mais ( @Ganesha) Marine Le Pen se proclame aussi Européenne, ce sera donc aussi pareil . Il faudrait quelqu'un qui ait le courage de définir son programme et ses objectifs .(Aucun PS ,cela va de soi, )

  • Par Ganesha - 04/09/2018 - 17:23 - Signaler un abus Cloette, Programme de Marine

    Il m'arrive de m'énerver, et de rejeter, ceux qui font ''semblant de ne comprendre'' le programme de Marine Le Pen, mais pour vous, je ferai une exception ! Je ne crois pas qu'elle ait jamais prononcé l'expression de ''Frexit'' ! Si, à une époque, elle envisageait un retour au Franc français, ce n'était qu'après six mois de négociation, et en soumettant la décision à un référendum. Elle a même abandonné cette idée entre le premier et le second tour des présidentielles, en abandonnant Philippot pour Dupont-Aignan.

  • Par Ganesha - 04/09/2018 - 17:26 - Signaler un abus Cloette, Préférence Nationale

    Je pense comprendre beaucoup mieux le programme du Rassemblement National que l'autre zigomar qui nous assome avec ses éternelles carabitouilles sur ''les gauchistes''. Pour moi, le pilier central, c'est la ''Préférence Nationale''. Appliquée de façon extrêmement stricte, aussi bien pour l'attribution des emplois, des logements sociaux, et de toutes les formes d'aide sociale, ce principe est le seul réaliste et vraiment efficace pour lutter contre l'immigration, le chômage et la pauvreté. Appliqué, au moins partiellement, aux marchés publics, cela pourrait nettement contribuer à la réindustrialisation.

  • Par Ganesha - 04/09/2018 - 17:33 - Signaler un abus Cloette, Europe des Nations

    Je pense que ce programme est également celui des autres partis souverainistes d'Europe, et Marine entretient d'excellents rapports avec leurs dirigeants. L'Europe des Nations, c'est, enfin, ce qui va se créer en 2019 ! Quant aux lecteurs d'Atlantico, d'après ce que je comprends, leur principal reproche envers Marine Le Pen, c'est son absence totale de racisme : pour elle, les 65 millions de citoyens français sont ''strictement égaux''. Pour ces vieux bourgeois racornis et haineux, c'est ''être de gauche'' !

  • Par cloette - 04/09/2018 - 17:41 - Signaler un abus Europe des Nations

    C'est l'évidence . Tout le monde est pour ! l'Europe de Bruxelles elle, n'est pas évidente.Tout le monde en rigole !

  • Par Ganesha - 04/09/2018 - 18:56 - Signaler un abus Cloette

    Je vous rappelle qu'actuellement, depuis toujours, sous leurs différentes appellations, ceux qu'on désigne aujourd'hui comme les ''Ripoublicains'', ont siégé au Parlement Européen dans le groupe PPE, dirigé par mme Merkel ! On peut attendre avec intérêt la position que prendra Laurent Wauquiez ! Mais le danger pour lui, c'est de se retrouver totalement seul : aussi bien vis à vis des quelques personnalités françaises un peu connues qui restent encore dans son parti, qu'avec les autres partis ''démocrates-chrétiens'' européens, qui sont, eux aussi, dans une énorme perte de vitesse !

  • Par vangog - 04/09/2018 - 23:34 - Signaler un abus La politique moderne????

    je dirais plutôt la « dictature des minorités »!...un panier de crabes ministériels ou s’affrontent des lobbies sanguinaires pour leur petit pouvoir dictatorial.".fort heureusement, le lobby écologiste régressif a perdu contre le lobby nucléaire, et la France peut repartir de l’avant, mais nous , les patriotes. RN, aurions préféré que cette décision vienne du peuple, plutot qu’une lutte d’intérêts malsains pour un pouvoir quasi-dictatorial...si vous cherchez de la « politique moderne », allez plutôt voir de l’autre côté de l’Atlantique, mais en France gaucho-macroniste...une triste histoire de guerre des lobbies...

  • Par cloette - 05/09/2018 - 10:14 - Signaler un abus Ganesha

    Les partis démocrates chrétiens en perte de vitesse cèdent la place aux partis islamistes en hausse, pas de quoi se réjouir .

  • Par MIMINE 95 - 05/09/2018 - 13:39 - Signaler un abus A GANESHA

    en abandonnant Philippot au profit de Dupont gnan gnan , je crains qu'elle n'ai commis,comme les cocos en leur temps, une grosse erreur de stratégie.

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Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire français, qui a été conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l’immigration, l’intégration des populations d’origine étrangère, ainsi que les sujets relatifs au ministère de l’Intérieur. Il commente l'actualité sur son blog personnel.

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