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Mobilisation des retraités : voilà à quoi pourrait ressembler une solution à la fois financière ET humaine pour sauver le système

Plusieurs organisations syndicales ont appelé à une mobilisation nationale des retraités pour ce 9 octobre. Alors que le gouvernement envisagerait l'idée d'introduire un âge "pivot" à 63 ans, certains syndicats ont déjà fait connaître leur opposition à un tel projet.

Colère des retraités

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Mobilisation des retraités : voilà à quoi pourrait ressembler une solution à la fois financière ET humaine pour sauver le système

 Crédit GEORGES GOBET / AFP

Atlantico : Comment trouver un point d'équilibre permettant de concilier nécessités financières et impératifs sociaux, quelle serait une solution socialement et politiquement acceptable ? 

 
Philippe Crevel : Le Président de la République s’est engagé en 2017 tout à la fois à réformer de manière systémique notre système d’assurance vieillesse et de ne pas modifier l’âge légal de départ à la retraite. La réforme systémique vise à faire converger nos 42 régimes de retraite vers un régime universel par points. Cette mutation ne résout en rien le défi financier auquel est confronté notre système de retraite. Comme l’a souligné le Conseil d’Orientation des Retraites qui, par nature, n’est pas porté au pessimisme, les régimes de retraite seront à nouveau en déficit à partir de 2022.
Avec une population retraitée qui passera de 16 à 25 millions de personnes d’ici le milieu du siècle, avec une espérance de vie à la retraite qui a gagné 10 ans en 70 ans, sauf retour d’une croissance de plus de 2 % combinée avec le plein emploi, l’équation budgétaire est complexe.
 
Face au défi démographique, nos partenaires ont tous joué sur l’âge de départ qui est en moyenne de 65 ans et qui est pour certains pays programmé pour atteindre d’ici quelques années 67 ans. La France avait, en 1982, décidé d’abaisser à 60 ans m’âge de la retraite. C’était une des 110 propositions de François Mitterrand. A l’époque, le coût de cette promesse était faible car c’était les générations creuses de l’entre deux guerres qui partaient à la retraite. Cela permettait en outre de transférer le coût de la restructuration des charbonnages et de la sidérurgie sur le dos des caisses de retraite
 
En 2010, Nicolas Sarkozy a décidé de porter de 60 à 62 ans l’âge légal de départ à la retraite. Son Premier Ministre de l’époque était partisan d’aller jusqu’à 65 ans. Le Président a craint les réactions des syndicats et a donc préféré 62 ans. François Hollande a refusé d’augmenter cet âge mais a décidé de porter de 41 à 43 ans la durée de cotisations, 43 ans qui s’appliqueront de manière progressive et qui seront effectives à partir de la génération de 1973. Cette durée de cotisation a commencé à être relever sous Edouard Balladur en 1993. La gauche préfère jouer sur cette variable censée ne pas pénaliser ceux qui ont commencé tôt à travailler.
 
Emmanuel Macron, en instituant un système par points, voulait s’affranchir de cette durée de cotisation. Le risque c’était de favoriser des départs précoces à partir de 62 ans quand l’objectif des pouvoirs publics est d’améliorer le taux d’emploi des seniors. C’est pour cette raison qui Jean Paul Delevoye a avancé l’idée d’un âge pivot à partir duquel la retraite serait donnée de manière pleine et entière. Cela revient à réinstituer le système de la décote, applicable pour le régime général actuellement. IL faut souligner que les partenaires sociaux ont adopté en 2015 un système d’âge pivot à géométrie variable pour les régimes complémentaires AGIRC / ARRCO. En vertu de cet accord, les assurés qui prendront leur retraite à partir du 1er janvier 2019, amputée de 10 % s’ils ne décalent par sa liquidation d’un an par rapport au moment où ils remplissent les conditions pour la liquidation. La réduction de 10 % court sur trois ans sans pour autant pouvoir s’appliquer au-delà de 67 ans.
 
En proposant un système d’âge pivot pour la retraite, les pouvoirs publics agitent un chiffon rouge devant les syndicats. Il est possible que cette idée soit abandonnée au profit d’un retour d’une durée minimale de cotisation ou de l’instauration d’un système en compte notionnel avec une prise en compte des espérances de vie pour le calcul des pensions.
 
Jacques Bichot : La réforme en cours de préparation suscite des craintes du fait que l’économie la plus substantielle décidée par le gouvernement est une revalorisation des pensions très inférieure à l’inflation. Donner des gifles n’est pas vraiment le moyen de se faire applaudir ! Cette erreur tactique incompréhensible conduit au rejet de la première réforme structurelle envisagée depuis la désastreuse réforme de 1982, qui a lourdement plombé l’évolution de nos retraites par répartition. Trop de générosité en 1982, trop de ladrerie aujourd’hui, décidément nos gouvernants ne trouvent pas le juste milieu.
 
La pollution de la réforme systémique en cours par des mesures de simple gestion aurait été bien moindre si la faible revalorisation des pensions était décidée par les gestionnaires des régimes, et non par le niveau politique. Malheureusement, le projet concocté par le Haut-Commissariat à la réforme des retraites ne s’attaque pas, en tous cas pour l’instant, à ce problème névralgique : confier la gestion aux gestionnaires et non aux politiques. 
 
C’est la direction générale de la CNAV qui devrait décider du taux de revalorisation compatible avec les rentrées de cotisations et l’évolution du nombre des retraités, pas le gouvernement, ni a fortiori le législateur. Est-ce que le prix d’un modèle d’automobile est fixé par l’Assemblée générale des actionnaires ou par le conseil d’administration du constructeur ? Ces instances se prononcent sur les grandes lignes, sur la gouvernance, pas sur les mesures de gestion courante.
 
Les pouvoirs publics sont donc en train de payer l’erreur commise depuis des décennies en se chargeant de tout gérer, de tout décider, au lieu de construire un cadre institutionnel clair dans lequel une vraie direction du système de retraites par répartition dirigerait de manière vraiment responsable. La réforme en cours devrait mettre en place une telle structure, au sein de laquelle les décisions de simple gestion ne seraient plus politisées. Autrement dit, il faut sortir de l’Etat providence, dans lequel tout est politique, pour entrer dans un système d’assurances sociales défini par le législateur, mais géré par des professionnels. 
 
Eric Verhaeghe : On peut prendre la réticence syndicale! 63 ans dégrade l'âge actuel de départ. Quel est l'intérêt d'entamer une réforme systémique permettant d'individualiser le calcul des droits à la retraite, si c'est pour maintenir un âge pivot-collectif, et pour qu'il soit moins favorable que le système actuel? Rappelons que l'argumentation, la justification de base de la retraite par points, c'est la suppression de l'âge unique de départ à la retraite, selon une logique simple à comprendre: je dispose d'un volume de points dont je peux faire ce que je veux. Soit le liquider très tôt et disposer d'une toute petite retraite. Soit partir tard mais percevoir un revenu de remplacement élevé. En reculant l'âge actuel de départ dans le futur système, le gouvernement annonce aussi son intention de ne pas attribuer aux salariés la liberté de choix qu'ils attendaient. Cela revient à n'imposer que des contraintes nouvelles, sans contrepartie, notamment en termes de temps libre ou choisi. Politiquement, on verra là un beau suicide de la réforme, et la possibilité de celle-ci s'éloigner. D'ailleurs le gouvernement annonce son report. Voilà qui en dit long sur le manque d'enthousiasme de l'exécutif à l'idée de passer à l'acte. Au train où vont les choses, on voit mal ce qui justifie encore que cette réforme se fasse, puisqu'elle ne devrait changer ni les paramètres ni les règles du jeu actuel si ce n'est en moins bien. Socialement et politiquement, ce qui serait acceptable serait d'échanger la dégradation probable du niveau des retraites (qui a commencé avec les désindexations de fait organisées depuis Marisol Touraine) contre un temps mieux choisi. Certains salariés, qui ont amassé suffisamment de capital à leurs propres yeux, préfèrent partir à la retraite vers 55 ans et se contenter d'une maigre retraite, parce qu'ils sont par ailleurs propriétaires ou héritiers, plutôt que de garder une vie active profondément ennuyeuse. Manifestement, le gouvernement ne leur fera pas ce cadeau, bien au contraire...
 
 
Commentaires

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  • Par LOTHARINGIEN 31 - 09/10/2018 - 11:19 - Signaler un abus Les cocus se rebiffent ....

    Les cocus se rebiffent .... mais Macron n'en a rien à faire , il aime : "les jeunes" , les riches , les start up , une vieille dame (mais une seule ..) , les voyages à l'étranger , les musulmans (surtout un..).... Il n'aime pas : les vieux , les gaulois , les râleurs , les plaintifs , les retraitées à 500 euros qui n'ont pas assez cotisé,les jeunes qui ont peur de traverser la rue , les jeunes qui l'appellent manu , les illettrés... Macron : le Robin des Bois inversé qui prend aux pauvres pour donner aux riches (cf à Colombey ou il a reconnu : " MOI je ne donne que ce que je prends ailleurs...") , arrogant , prétentieux , imbuvable ...

  • Par ISABLEUE - 09/10/2018 - 12:09 - Signaler un abus chaque deux ans on doit bosser un an de plus !!

    faut arrêter les conneries, là !! Créer des emplois et mettez les gens au boulot, oui... Tout cela est seulement pour FAIRE BAISSER le niveau de retraites.. Il sait bien que les gens se font virer avant 60 ans, les gens maintenant ont fait plusieurs boites.. Mais ils n'en ont rien à faire, les protégés de l'Administration....

  • Par Taravana - 09/10/2018 - 15:19 - Signaler un abus Un article de bonne qualité

    J'en retiens cette phrase "Encore faudrait il que la sottise , hélas si répandue dans la sphère politique , laisse la place à une 'imagination réaliste "

  • Par robotiq - 09/10/2018 - 15:26 - Signaler un abus Travailler plus pour une meilleure retraite

    Ancien cadre dans la fonction publique j'aurais pu prendre ma retraite à 60 ans mais je l'ai prise à 63 ans (et ces trois ans de plus ne m'ont pas tué) et si cela avait été nécessaire j'aurais pu la prendre à 65 ans sans que j'en sois traumatisé pour autant. Il est vrai que les gens travaillant dans le privé et susceptibles de perdre leur travail à un âge où il est difficile de retrouver un emploi sont très naturellement attachés à pouvoir prendre leur retraite plus tôt et cela me paraît légitime. Dés lors pourquoi ne pas repousser à 65 ans l'âge de départ à la retraite de tous ceux qui bénéficient d'une garantie d'emploi, fonctionnaires et assimilés ce qui serait une juste contrepartie à la sécurité de l'emploi et la maintenir à un âge moins avancé pour les autres ?

  • Par ajm - 09/10/2018 - 16:52 - Signaler un abus Grande Tambouille.

    Cette réforme va être l'occasion pour l'Etat de faire une infame tambouille en brouillant toutes les cartes sous le prétexte de regime unique pour tous avec comme objectifs: -pratiquer un jeu de bonneteau de façon à prendre à ceux qui cotisent beaucoup pour distribuer des miettes à tous ceux qui cotisent peu. - se débarrasser d'une partie de ses responsabilités d'employeur pour faire payer à la place les salariés du privé et leurs employeurs. -piquer au passage les réserves des regimes complémentaires salariés et professions libérales. -réduire les droits des cadres tout en continuant à les faire cotiser au maximum, bien au-delà du plafond SC. -casser au maximum les réversions ou les mettre toutes sous conditions de ressources à l'instar de ce qui est pratiqué pour la pension SC. -mettre toute cette usine à gaz sous la houlette directe de Bercy via une CSG qui grandira encore et qui permettra à ce dernier, quand l'occasion se présentera, de siphonner les fonds pour combler le déficit de l'Etat.

  • Par lasenorita - 09/10/2018 - 17:31 - Signaler un abus Il fait travailler les Français..

    ..plus longtemps pour donner nos sous aux terroristes qui nous envahissent! Beaucoup de Français ont commencé à travailler à 16 ans et il est logique qu'ils partent à la retraite à 60 ans..ce n'est pas le cas de nos députés et ministres qui,eux,n'ont jamais,vraiment,travaillé de leur vie et ne veulent pas prendre leur retraite à 72 ans!..Les sous que Macron prend aux retraités:il les donne aux envahisseurs qui débarquent de n'importe où,qui ont un logement,les transports,les soins de santé gratuits..Macron dilapide les sous des retraités:il faut 1 à 2 milliards d'euros pour l'entretien des soi-disant ''mineurs'',les retraites des centenaires en Algérie coûtent 1 milliard d'euros..et là les gauchistes ne disent rien,bien au contraire ils encouragent les terroristes musulmans à venir chez nous..La manif à Paris a donné lieu à des ''débordements'';magasins saccagés,des C.R.S. ont été visés par des projectiles,un CRS a été blessé....je désapprouve cette façon qu'ont les gauchistes de ''défendre les retraités''...Ces Cégétistes qui jetaient les objets précieux des pauvres Pieds-Noirs dans les eaux du port de Marseille,en 1962....

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 10/10/2018 - 01:55 - Signaler un abus Écrêtons les retraites

    À par exemple 3000€/mois puisque -et surtout celles des cumulards - puisque c’est de la répartition et tout le monde pourra partir à 60 ans pour laisser place aux jeunes et il restera encore de quoi éponger les dettes !!

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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