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Le million manquant : la course contre la montre pour retrouver le nom des victimes de la Shoah encore non identifiées

L'Institut Yad Vashem travaille sur un projet unique. Les chercheurs essayent d'identifier chacune des 6 millions de victimes de l'Holocauste perpétré par les Nazis pendant la seconde guerre mondiale. Les scientifiques doivent faire vite parce que les témoignages et autres archives s'estompent progressivement.

Travail de titan

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Le million manquant : la course contre la montre pour retrouver le nom des victimes de la Shoah encore non identifiées

Atlantico : L'Institut Yad Vashem a entrepris depuis sa création en 1953 d'identifier chacune des 6 millions de victimes de la Shoah perpétrée par l'Allemagne Nazie. A ce jour, le chiffre de 4,7 millions de victimes ont été identifiées. Que sait-on des  1,3 million de personnes non encore identifiées ? 

Miry Gross : Tout d'abord il faut bien comprendre quelques particularités essentielles de la Shoah qui expliquent les difficultés du travail entrepris mais également sa nécessité. L'aspect massif et radical de l'extermination des Juifs d'Europe, notamment en Europe de l'Est, conduisit à la disparition de communautés entières dont on connaissait l'importance numérique mais pour lesquelles, il n'était plus possible de retrouver les noms de chaque victime. Yad Vashem tenta d'identifier le plus possible dès 6.000.000 de victimes juives de la Shoah, notamment en lançant des appels à témoignages pour que les proches des victimes remplissent des "Feuilles de témoignages" (Daf Ed) mais plus de la moitié des victimes, demeuraient encore inconnues.

En l'an 2000, nous connaissions alors l'identité exacte de 2.600.000 victimes juives de la Shoah. 

Concernant les 1,3 millions de victimes qui nous restent à identifier, nous savons que la plupart vivaient en Pologne et en ex-URSS, régions dans lesquelles de nombreux Juifs et communautés entières ont été exécutés sur place. A Babi Yar, près de Kiev, par exemple, 33.000 Juifs ont été exécutés en 2 jours par les Eisenzgruppen.

Nous connaissons globalement la vie des Juifs de ces régions mais ce que nous cherchons ce sont toutes les informations à partir de toutes les archives disponibles pour retrouver les noms, les lieux d'habitation, les professions de chacun, afin de pouvoir retracer leur histoire et leur destin. C'est justement le but de notre travail de retrouver "un peu plus" sur ces 1,3 millions de victimes.

Les recensements d'avant-guerre, les correspondances entre communautés, les descriptions d'avant-guerre, confrontés à l'état des lieux dans l'immédiat après-guerre et par la suite, nous donnent une indication chiffrée. L'expérience des dernières années qui ont vu aboutir nos recherches, notamment en Grande-Hongrie, confirme que notre travail de collecte permet de retrouver l'état civil, l'histoire et le destin de la quasi-totalité de ces victimes.

Quels sont les moyens mis en oeuvre pour parvenir à identifier chacune de ces personnes, et comment sont menés les travaux de recherches à cet effet ? 

Ce sont les nouvelles technologies mises au service de la mémoire et de la documentation de la Shoah qui nous ont permis d'accélérer l'identification des victimes. Au tournant de l'an 2000, de nouvelles technologies comme la numérisation des documents et la communication par le réseau internet permirent de relancer l'effort d'identification des victimes. La Numérisation permis de réaliser des recoupements au sein des Archives de Yad Vashem et de prendre en compte de nombreuses listes de victimes difficilement exploitables jusqu'alors. Le développement du réseau internet et la création, sur le site internet de Yad Vashem d'une "Base de données centrale des noms des victimes juives de la Shoah" permit de relancer la collecte des noms auprès des internautes du monde entier. C'est dans ce contexte qu'en 2005 une nouvelle opportunité s'offrit à nous avec l'ouverture des archives des pays de l'Est aux historiens et la possibilité de conclure des accords entre les Archives de Yad Vashem et de nombreuses archives nationales, régionales, communautaires ou autres. Yad Vashem lança alors son projet "Chaque victime a un nom" consistant à mettre en place des équipes locales dans les anciens pays de l'Est afin de rassembler toutes les informations disponibles et retrouver la trace des victimes qui restaient encore anonyme. La Numérisation entamée sur nos propres Archives fut appliquée à tout nouveau document collecté, et en l'espace d'une décade, en 2016, la "Base de données centrale des noms des victimes juives de la Shoah" a pu atteindre 4.600.000 noms, et nous en sommes aujourd'hui à 4.700.000 noms.

 
Commentaires

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  • Par Marie-E - 27/04/2017 - 10:54 - Signaler un abus travail colossal

    mais combien important; Le nazisme a voulu effacer leurs noms, j'espère que l'on retrouvera le plus de noms possibles pour honorer le mieux possible leur mémoire. RAPPEL : Depuis l'adoption de la loi du 14 avril 1954, le dernier dimanche d'avril est consacré "Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation". MERCI à ceux qui le epuvent de s'associer aux commémorations qui ont lieu un peu partout en France dimanche prochain.

  • Par ISABLEUE - 27/04/2017 - 11:37 - Signaler un abus Honorer nos aieux et respecter leur mémoire

    longue tâche pour cette recherche, des villages entiers ont disparu en Europe de l'Est. Il y a même eu des pogroms après 1945 en Pologne. On a tellement voulu "effacer" ces humains qu'au contraire, l'Humanité de bonne volonté pensera toujours à eux.

  • Par evinrude - 28/04/2017 - 10:36 - Signaler un abus À Marie-E

    Marie E Après cela comment pouvez-vous dire sur Atlantico que vous voterez FN, le parti d’une famille qui jouit du malheur des Juifs, qui ne passe pas un jour sans se moquer et insulter les juifs ?

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Miry Gross

Miry Gross est la directrice des Relations avec les pays francophones et le Benelux. Elle travaille au sein du département des relations Internationales de l'Institut Yad Vashem à Jérusalem.

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