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Meurtres, disparition et mépris des règles : comment le monde est en train de se retransformer en Far West

Affaire, Skripal, disparition du journaliste Jamal Khashoggi, disparition du directeur d'Interpol Meng Hongwei,..Autant de dossiers qui viennent étayer cette thèse.

De Pékin à Riyad

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Meurtres, disparition et mépris des règles : comment le monde est en train de se retransformer en Far West

 Crédit JEFF PACHOUD / POOL / AFP

Atlantico : De la disparition de Jamal Khashoggi à celle Meng Hongwei en passant par l'affaire Sergei Skripal, impliquant respectivement l'Arabie Saoudite, la Chine, et la Russie, comment en sommes nous arrivés au retour de telles pratiques ? Quelles sont les véritables causes - du point de vue idéologique - des ces affirmations de puissance, de l'échec néoconservateur à l'affaiblissement de la légitimité de nos démocraties ? 

Edouard Husson : Il faut faire attention à ce que les faits soient définitivement établis. Mais identifions la situation type qui occupe actuellement nos médias: un pays souverain fait enlever, disparaître ou assassiner un de ses ressortissants à l’étranger. On pourrait citer aussi le cas du dictateur nord-coréen faisant assassiner un de ses oncles à Singapour. Tout d’abord, méfions-nous de l’indignation sélective. Saura-t-on par exemple jamais les circonstances dans lesquelles est mort David Kelly, cet expert du Ministère de la Défense britannique retrouvé mort près de son domicile en juillet 2003, officiellement suicidé; cet homme avait courageusement dénoncé les manipulations qui avaient servi à légitimer l’attaque contre l’Irak au printemps précédents?

La thèse du suicide ne tient pas, malgré les rapports officiels. Nos démocraties n’ont pas toujours été exemplaires: en particulier, les Etats-Unis ont multiplié coups d’Etat et assassinats à l’étranger quand cela servait leur politique. Disons que la différence entre les démocraties et les régimes autoritaires tient au fait que, dans les démocraties, l’élimination d’ennemis du pays est normalement effectuée sans bruit par les services secrets; et que l’on ne poursuit pas ses opposants jusqu’à l’étranger. Les exemple saoudien et chinois dont nous parlons - je ne crois pas que les faits soient établis sérieusement pour Skripal - sont au contraire le fait de dictatures qui pensent pouvoir agir en toute impunité, l’opinion démocratique occidentale ne les impressionnant en rien. 

Si une Tribune du New York Times considère cette situation, notamment dans le cas de Jamal Khashoggi, comme découlant de la politique menée par Donald Trump, ne peut-on pas plutôt voir Donald Trump comme un symptôme d'une tendance déjà en cours sur ces questions ? 

Absurde polémique, dont on dira juste qu’elle est le fait d’un pays démocratique. La presse chinoise, saoudienne ou turque ne peut pas se payer le luxe de traiter le chef de l’Etat de « salaud » à longueur de colonnes. Réjouissons-nous de vivre en démocratie; n’en perdons pas notre lucidité pour autant: pouvez-vous me citer un seul président américain depuis Kennedy qui n’ait pas autorisé des actions d’assassinat de la CIA; qui n’ait pas été allié à des dictateurs; qui ait mis fin au commerce avec des régimes oppresseurs? « Tout pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument »; la formule un peu trop citée du grand libéral anglais nous rappelle pourtant utilement la puissance américaine au XXè siècle a été telle que cette grande démocratie s’est laissée entraîner dans de nombreux crimes, contre des individus ou des groupes, au nom du bien et de la liberté. On comprend que les démocrates suggèrent que Trump, parce qu’il est un homme de droite, se fait le complice de régimes autoritaires; mais c’est le moment de citer Roosevelt: « Oui, Un Tel est un salaud; mais c’est le nôtre!» Du point de vue des droits de l’homme, vous aurez du mal à prouver qu’Obama, qui a fait la paix avec l’Iran, était moins répréhensible que Trump qui rompt avec les Iraniens et se rapproche des Saoudiens. 

 
Commentaires

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  • Par Anouman - 10/10/2018 - 19:29 - Signaler un abus Far west

    On se demande bien pourquoi les états entretiendraient des services spéciaux si ce n'est pour leur faire exécuter les basses œuvres. Cela a toujours existé.

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Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

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