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Menaces, bagarres : que révèle le comportement des rappeurs français ?

Après des mois d'affrontements par morceaux interposés, la tension ne retombe pas entre les rappeurs français Rohff et Booba ou Booba et La Fouine. Simple coup marketing ou véritable haine ?

Booba vs La Fouine

Publié le

Atlantico : La Fouine, Booba, Rohf s’affrontent par vidéos interposées depuis des semaines. Leur haine est palpable et la menace physique à peine voilée... Mais pourrait-il s'agir d'un simple petit arrangement entre amis pour faire vendre ?

Emilie Coutant : La querelle que se livrent ces rappeurs à travers leurs chansons, leurs enregistrements vidéos ou lors d’interviews pour les médias est loin d’être « du chiqué » comme on a pu l’entendre, ou destinée à faire vendre davantage de disques.

Si cela a été assimilé à un classique « battle » (petit jeu scénique où deux rappeurs se clashent par micros interposés) du fait du mode d’expression choisi de prime abord (les paroles de leur musique), les tensions entre les intéressés sont bien réelles.

L’escalade de la violence des propos et des menaces de confrontation est à prendre au sérieux d’autant que des faits ont quand même eu lieu (vidéo de la bagarre à Miami postée par Booba, balles tirées sur la voiture de La Fouine…) Même si la médiatisation du clash fait du buzz (qui profite aux ventes de disques), l’animosité entre les protagonistes existe bel et bien. Elle est très présente aujourd’hui chez de nombreux acteurs de la culture rap, qu’ils soient artistes ou simples amateurs, car elle représente un levier de résistance face à la dureté de leur existence.

Le rap parlait il y a quelques années de problèmes sociaux (intégration, religion, sexualité...). Désormais, c’est la violence que les rappeurs posent sur leurs disques : pourquoi cette dérive ? Leur musique est-elle si mauvaise qu’ils prennent le chemin des menaces et de la haine ?

Le rap n’est pas de la mauvaise musique. Comme dans tous les styles musicaux et toutes les productions de l’industrie du disque, il y a du bon et du mauvais. Comprendre les valeurs qui caractérisent un style musical ne doit pas se faire de façon manichéenne. Il s’agit tout d’abord de comprendre l’origine du rap et l’attrait qu’il représente pour ceux qui en font et ceux qui en écoutent.

Oui, certaines chansons de rap sont traversées par des discours de violence et de haine, qui font écho aux situations de violence qui ont régulièrement lieu dans les banlieues. Cette violence est exprimée car elle existe, on pourrait dire alors que le rap agirait comme un exutoire permettant de l’évacuer. Mais il serait trop simpliste de qualifier le rap d’exutoire alors qu’il exprime avant tout une part de la vie humaine et sociale.

La culture rap manifeste un rejet de cette violence sourde, dont on parle peu, la forme institutionnelle de la violence représentée par la rationalisation généralisée de l’existence. Le rap parle aux marginaux, aux exclus, à ces jeunes et moins jeunes, ces hommes ou ces femmes qui ne se reconnaissent pas dans les institutions de notre société. Car celle-ci les a oublié il y a bien longtemps.

Aux Etats-Unis, le rap est connu pour être une vraie guerre des clans ; elle s’est d’ailleurs souvent terminée par des morts, comme 2Pac ou Notorious. Là-bas, des rappeurs s’affrontent et se tuent et la violence a toujours été leur fond de commerce : est-ce le futur du rap en France ?

La guerre des clans qui anime le rap US et aujourd’hui français est, encore une fois, la forme visible/starisée/médiatisée de l’affrontement des bandes qui existe dans certains zones urbaines. Cette médiatisation est intéressante pour comprendre les codes et valeurs qui fondent l’imaginaire de la culture rap et, au-delà de la musique, les codes et valeurs à travers lesquels se reconnaissent les hommes qui partagent une réalité sociale semblable.

L’analyse des discours met en lumière l’utilisation des champs lexicaux de la résistance, de la guerre bien sûr mais aussi du feu. L’idée est tout embraser mais également de tout éteindre (cf. la remarque de Booba à propos de Rohff et Laouni : « je vais les éteindre ») Sachant que le feu est à la fois symbole de mort et de renaissance, à la fois dévorant et régénérant, il rappelle l’aspect positif de la destruction, et ici, de l’expression de la violence : il permet de faire advenir quelque chose de nouveau. Ces hommes qui expriment leur désarroi face à leur exclusion sociale, face au sentiment d’être oublié par la société, face à la dureté de leur réalité quotidienne, de façon violente et destructrice manifestent par là même leur désir de changement, de renouvellement de leur condition d’existence, en un mot, leur désir de vie !

 
Commentaires

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  • Par Maria85 - 24/03/2013 - 11:08 - Signaler un abus Le rap §§§§

    Que certains veulent apparenter à de la musique, n'est là que pour distiller la haine. On entend tout le monde se traiter de haineux, mais la véritable haine des autres, on pourrait se poser la question de savoir d'ou elle vient : souvent de la jalousie et de l'envie ! d'ailleurs les partis de gauche qui n'arrêtent pas de parler d'égalité pour tout incitent à la jalousie de ceux qui n'ont rien, mais ne font pas grand chose pour s'en sortir ! pas de travail en classe et le reste suit, pas de travail du tout, mais l'envie d'avoir ce que les autres ont acquis par leur travail et leurs économies. Bref, les partis de l'injustice sociale qui n'essaient même pas de voir d'ou vient la différence !!!!.

  • Par Gamelledebouse - 24/03/2013 - 13:19 - Signaler un abus Primitifs

    Franchement , les vagissements primitifs des rappeurs "français" on s'en tape .

  • Par Gégé Foufou - 24/03/2013 - 16:08 - Signaler un abus Vous êtes surs ???

    que Rohff, Booba et la Fouine soient des rappeurs français?????

  • Par Exaspéré - 24/03/2013 - 17:32 - Signaler un abus Rap et civilisation

    Honnêtement ,qui s'intéresse à ce sous-produit de la sous-culture de caniveau originaire des ghettos américains ? On ferait mieux de s'intéresser au mode de financement de ces groupes sans public solvable d'où se dégage une bonne odeur de recyclage des profits du trafic de drogue. Que des rappeurs s'étripent ,tout le monde s'en contrefout.

  • Par Jardinier - 24/03/2013 - 19:01 - Signaler un abus Pouf pouf pouf.

    "Ces hommes qui expriment leur désarroi face à leur exclusion sociale, face au sentiment d’être oublié par la société, face à la dureté de leur réalité quotidienne, de façon violente et destructrice manifestent par là même leur désir de changement, de renouvellement de leur condition d’existence, en un mot, leur désir de vie !"

  • Par parisien9999 - 24/03/2013 - 21:34 - Signaler un abus Ha c'est beau...

    ...l'analyse d'une sociologue bourgeoise bohème (pardonnez le pléonasme) sur les zentils-rappeurs-victimes-de-la-société-méchante...

  • Par yvonman53 - 24/03/2013 - 22:22 - Signaler un abus ben

    Que ça se vend bien !

  • Par Le Hurleur - 25/03/2013 - 15:12 - Signaler un abus J'ai arrêté de lire

    à "...qu’ils soient artistes ou simples amateurs, car elle représente un levier de résistance face à la dureté de leur existence."

  • Par winnie - 25/03/2013 - 17:24 - Signaler un abus on s'en fout

    est ce que ca interesse les gens ? une minorité de sous culturés tout au plus ! ce n'est que haine ,violence ,sexe; meme pas de la musique :du bruit trés pénible!

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Emilie Coutant

Emilie Coutant est sociologue, consultante en mode, médias, tendances, risques et addictions.
Docteur de l’Université Paris V, elle a soutenu une thèse intitulée “Le mâle du siècle : mutation et renaissance des masculinités. Archétypes, stéréotypes, et néotypes masculins dans les iconographies médiatiques” (2011). Fondatrice et dirigeante de la société d’études qualitatives et prospectives Tendance Sociale, elle réalise études et enquêtes sociologiques pour le compte d’entreprises ou d’institutions. Enseignante dans diverses universités et écoles de mode, elle est également Présidente du Groupe d’Etude sur la Mode (GEMode), rédactrice éditoriale des Cahiers Européens de l’Imaginaire et secrétaire du Longeville Surf Club.

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