Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 14 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Mega accord de libre-échange entre l’UE et le Japon certes, mais rien à voir avec une opposition à Trump

Européens et Japonais ont mis fin à un processus de négociation ayant commencé en 2013 et ont donc signé le JEFTA, accord de libre échange entre les deux zones. Un accord important mais à relativiser, surtout dans ses objectifs politiques.

Japanese connection

Publié le
Mega accord de libre-échange entre l’UE et le Japon certes, mais rien à voir avec une opposition à Trump

 Crédit FRANCOIS WALSCHAERTS / POOL / AFP

Atlantico : L'Union européenne et le Japon ont signé l'un des plus importants accords de libre-échange au monde, couvrant près d'un tiers du PIB mondial et 600 millions de personnes. En l'état actuel, quels devraient être les principaux axes de cet accord ?

Jean-Marc Siroën : C'est un accord important mais à relativiser. Le Japon n'est que le septième partenaire de l'Union Européenne.

Il représentait 3,7% de ses importations de biens et 3,2% de ses exportations. L'excédent européen dans les services fait plus que compenser son déficit dans les marchandises. Néanmoins, les enjeux sont relativement plus importants pour le Japon puisque l'UE est son deuxième partenaire.

Le Jefta (Japan-UE free trade agreement) est finalisé depuis un an mais officiellement signé à Tokyo ce mardi. On en connait donc précisément le contenu, très classique dans sa forme et dans son contenu. Il ne se limite ni aux droits de douane qui doivent être progressivement abaissés et pour la plupart, supprimés à terme, ni aux barrières non tarifaires traditionnelles. Il inclut aussi des dispositions concernant, notamment, les marchés publics, la concurrence, la propriété intellectuelle, la protection des données, le développement durable. Le seul chapitre vraiment nouveau est celui qui concerne la gouvernance d'entreprise (transparence, informations des actionnaires, etc.). La Commission préfère utiliser le terme d'accord de partenariat économique que celui d'accord de la "nouvelle génération" privilégié jusque-là. En effet, contrairement à l'accord entre la Canada et l'UE (CETA) on n'y trouve pas de chapitre sur les investissements et donc sur le règlement des différends États-investisseurs. Ce point avait été alors non seulement âprement discuté mais, puisque la question du règlement des différends relève de la "compétence exclusive" des États, il imposait aussi une ratification non seulement par le Conseil et le Parlement européens, mais aussi par tous les états membres ce qui rend difficile sinon improbable la ratification du CETA (le gouvernement italien s'est récemment prononcé contre). Mais même si l'accord avec le Japon, en excluant l'investissement, permet une ratification limitée aux seules instances européennes, sa ratification n'est pas certaine. Par ailleurs, un traité spécifiquement dédié à la protection des investissements est en cours de négociation. S'il devait aboutir il aurait cette fois à être ratifié par chaque pays membre.  

Dans les négociations, l'Union européenne a particulièrement défendu l'ouverture du marché japonais aux produits alimentaires très protégés par des droits de douane élevés ou des barrières non tarifaires lourdes (viande bovine ou porcine, fromages, vins, produits transformés) et le respect des indications géographiques (comme le Roquefort) pour 200 produits. Si certains produits industriels européens bénéficieront d'une baisse progressive des tarifs (comme les cosmétiques, certains produits chimiques, l'habillement, le cuir) le Japon, quant à lui, a assez logiquement privilégié ses produits industriels traditionnels comme les automobiles et les produits électroniques. Cette ouverture du marché européen qui, pour l'instant, n'a pas suscité beaucoup de remous, montre à quel point les relations commerciales ont changé depuis vingt-cinq ans. Dans les années 1980 et 1990 la France bloquait le dédouanement des magnétoscopes japonais et l'Europe (et les Etats-Unis…) imposait au Japon des accords "volontaires" de limitation des exportations. Depuis, les magnétoscopes ont disparu, Renault s'est allié avec Nissan et Mitsubishi et Toyota s'est installé à Valenciennes et l'Europe s'apprête à ouvrir son marché aux automobiles japonaises sans provoquer la fureur des constructeurs….

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Liberte5 - 18/07/2018 - 22:00 - Signaler un abus Enfin un peu de vérité, dans l'océan de mensonges...

    sur la politique de D. Trump.

  • Par vangog - 19/07/2018 - 10:23 - Signaler un abus Les fromages contre les composants électroniques????...

    L’UE accélère sa soumission, et elle est contente d’elle-même, en plus....le syndrome du benêt !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€