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MBS à Washington : le tout-puissant prince héritier saoudien face aux 1001 pièges de la relation américano-saoudienne

Mohammed Bin Salmane entame une longue visite aux Etats-Unis qui durera deux semaines. Une opération séduction qui a pour but d'améliorer l'image de l'Arabie Saoudite et de s'assurer le soutien de l'allié américain.

Terrain miné

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MBS à Washington : le tout-puissant prince héritier saoudien face aux 1001 pièges de la relation américano-saoudienne

Atlantico : Depuis l'élection de Donald Trump, les relations entre l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis, délétères sous Obama, ont pris un franc tournant. Mais quels sont les risques concrets d'un tel rapprochement pour les Etats-Unis d'un point de vue intérieur ?

Emmanuel Dupuy : Il y a, en effet, un changement de langage « radical »  entre le président américain - qui avait effectué son premier déplacement à l’étranger en Arabie Saoudite, en mai dernier, et qui accueille aujourd’hui, le prince hériter du royaume saoudien, Mohammed Bin Salman (MBS) - et le candidat Donald Trump, qui pendant la campagne, n’hésitait pas à menacer, en avril 2016, l’Arabie Saoudite. Ce dernier se félicitait, à l’époque, d’ne possible adoption par le Congrès américain d’une loi permettant aux familles des victimes des attentats du 11 septembre 200 de poursuivre l’Arabie Saoudite.

Le candidat d’alors n’hésitait pas à indiquer que les Etats-Unis protégeaient l’Arabie Saoudite « en échange de presque rien » et de rajouter que « sans notre protection, ils ne survivraient pas plus d’une semaine ». Donald Trump allait même jusqu’à promettre de réouvrir l’enquête sur les responsabilités et soutiens éventuels de l’Arabie Saoudite aux auteurs des attentats du 11 septembre. Depuis, le président américain est revenu de l’Arabie Saoudite avec près de 380 milliards de dollars (340 milliards d’euros) de contrats dont 110 milliards dans le domaine de l’armement !

Le ton ferme de Donald Trump à l’égard de Riyad, d’il y a un an, n’aura ainsi pas résisté aux appels du pied de Riyad. Pourtant, la crainte d’une trop forte ingérence saoudienne sur la vie politique américaine - via moult sociétés de lobbying et de relations publiques, très influentes au niveau  du Congrès -  correspond néanmoins toujours à une profonde aspiration de son électorat. La critique des Américains à l’égard des états qui ont ouvertement soutenu  la vision d’un wahhabisme prosélyte, qui a pu donné l’impression qu’il fut la matrice des organisations terroristes que les Etats Unis combattaient en Irak, en Afghanistan et désormais en Syrie et dans la bande sahélo-saharienne, demeure prégnante dans le débat d’idée outre-atlantique.

D’un point de vue économique, les industriels américains, dont notamment, les compagnies pétrolières, sont aujourd’hui nettement moins dépendantes des réserves pétrolières et gazières saoudiennes. Les Etats-Unis seront, en effet, à l’horizon 2030, auto-suffisants en matière énergétique. Washington devraient ainsi produire plus de pétrole que l’Arabie Saoudite d’ici 2020. Les Etats-Unis extraient déjà, depuis 2015, plus de gaz que la Russie. Cela résulte d’une accélération de l’exploitation des pétroles et gaz de schiste du Dakota du Nord, de Californie et de Pennsylvanie, qui devrait permettre aux Etats-Unis de cesser d’importer des hydrocarbures durant la prochaine décennie. Peut-être faut-il ainsi y voir une des raisons qui poussent MBS à vouloir privatiser une partie (5%) de la société Saudi Aramco, qui comme son nom l’indique, résulte de la coopération industrielle de plusieurs compagnies américaines depuis sa création en 1944, malgré sa nationalisation en 1980. L’enjeu est d’importance, puisque l’on évoque une valorisation de la compagnie à hauteur de 2000 milliards de dollars. 

 
Commentaires

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  • Par ajm - 20/03/2018 - 22:59 - Signaler un abus Trump et son impact en Arabie.

    En tout cas , c'est bien depuis que Trump est Président que les dirigeants Saoudiens ont enfin décidé de faire le ménage chez eux, notamment vis à vis des religieux les plus durs du pays Ni Obama ni Bush n'avaient rien obtenu ni tenté grand chose. On verra comment cela se passera dans la durée mais au moins il y a une forte impulsion et une orientation favorable.

  • Par ISABLEUE - 22/03/2018 - 11:31 - Signaler un abus MBS

    enfin un peu de modernisme.....

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Emmanuel Dupuy

Emmanuel Dupuy est président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe). Spécialiste des questions de sécurité européenne et de relations internationales, il a notamment été conseiller politique auprès des forces françaises en Afghanistan. Délégué général des Centristes chargé des questions internationales et de sécurité. 

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