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Martinez la menace : pourquoi la position maximaliste de la CGT face au programme Fillon se retournera immanquablement contre les intérêts des salariés français

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, l'a annoncé : en cas de victoire de François Fillon en 2017, il mobilisera la CGT autant que faire se peut pour initier un "troisième tour social".

Contre-productif

Publié le - Mis à jour le 2 Décembre 2016
Martinez la menace : pourquoi la position maximaliste de la CGT face au programme Fillon se retournera immanquablement contre les intérêts des salariés français

Comme tous les corps intermédiaires, les organisations syndicales sont touchées par le virus de la désaffiliation et de la méfiance. Dans le cas particulier de la CGT, on a de surcroît affaire à un comité directeur déconnecté du monde salarial réel. Crédit François NASCIMBENI / AFP

Atlantico : Philippe Martinez a récemment menacé de mobiliser la CGT en cas de victoire de la droite en 2017, promettant un "troisième tour social". Quels problèmes, d'ordre démocratique notamment, une telle déclaration peut-elle poser ?

Bertrand Martinot : Il est pour le moins étrange que le leader du premier syndicat de France annonce par avance qu’il contestera dans la rue les résultats d’élections démocratiques majeures (la présidentielle, puis, par hypothèse, les législatives).

Certes, son comportement jusqu’au-boutiste au moment des débats sur la loi El Khomri pouvait déjà susciter de sérieuses inquiétudes. Mais encore s’agissait-il d’une loi qui ne procédait pas directement d’un programme politique.

Là, on est évidemment monté d’un cran dans la provocation puisqu’il s’agirait de contester la mise en œuvre d’un programme de réformes qui viendrait d’être validé par une majorité de citoyens. Cela laisse songeur.

Par ailleurs, de plus en plus de salariés ne se sentent plus correctement représentés par les syndicats traditionnels. Une telle déclaration, qu'entendent également des salariés adhérant aux positions de la droite, pourrait-elle faire apparaître les syndicats comme toujours plus déconnectés de ceux qu'ils sont censés défendre ? 

Comme tous les corps intermédiaires, les organisations syndicales sont touchées par le virus de la désaffiliation et de la méfiance. Dans le cas particulier de la CGT, on a de surcroît affaire à un comité directeur déconnecté du monde salarial réel : sur-représentation des fonctionnaires et salariés des grandes entreprises publiques…

Son engagement politique explicite et virulent contre Nicolas Sarkozy en 2012 avait déjà été une belle entaille dans les grands principes du syndicalisme français (ceux de la charte d’Amiens de 1906) qui prônaient l’apolitisme et la focalisation sur la défense des intérêts des salariés (et même la lutte pour l’abolition du salariat : autres temps autres mœurs…). Mais depuis, cette CGT, travaillée par le Front de gauche, voire Lutte Ouvrière, confond de plus en plus action politique et action syndicale.

Ce n’est sans doute pas une bonne nouvelle pour la défense des salariés, au-delà du noyau dur que constituent les agents publics. Ceux-ci auraient plutôt besoin de leaders pragmatiques, s’engageant sur le terrain pour tirer le meilleur parti des marges de manœuvres que le droit du travail – hier la loi El Khomri et peut-être demain une réforme de bien plus grande ampleur – ménage au dialogue social dans l’entreprise.

 
Commentaires

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  • Par Carl Van Eduine - 29/11/2016 - 08:58 - Signaler un abus Fillon et les syndicats

    Pourquoi ne pas revivifier ces corps intermédiaires, soit en rendant l'adhésion obligatoire, y compris aux syndicats maisons ou de branches, soit en leur coupant les vivres financés par ... l'état ... la formation ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, une nouvelle fois, et même si ça déplait aux pleureuses, peut-être y-a-t-il de bonnes idées à prendre de l'autre côté du Rhin ?

  • Par Benvoyons - 29/11/2016 - 18:29 - Signaler un abus Les syndicats de la Fonction Publique avec 4% adhérents sont

    ils représentatif ?et bien NON!! Ont-ils les compétences pour gouverner un pays? Bien sur que non! Ont-ils le droit d'imposer une politique Marxiste Léniniste à un pouvoir élu par une majorité de Français? Bien sur que Non! Sauf a ne pas respecter la démocratie. Donc la loi par le parlement s'impose sur eux car ils ne sont pas des Députés élus par le peuple. Donc Ils devront respecter les référendums d'Entreprise

  • Par Benvoyons - 29/11/2016 - 18:34 - Signaler un abus Déjà la CGT ,FO,CFDT sont des sybdicats du secteur public

    Comme en Allemagne et autres pays Les Syndicats de Publique s'occupent du Publique et en aucune manière du Privé. Donc création de syndicats que pour le privé. Possible de faire une confédération des syndicats du Publique et confédération du Privé. Les Fonctionnaires n'ont pas à commander le secteur du Privé.

  • Par vangog - 29/11/2016 - 21:31 - Signaler un abus Les syndicatsgauchistes français ont toujours utilisé le chantag

    comme arme de dissuasion massive. Si Fillon avait été intelligent, il aurait utilisé les cinq années de son quinquénat sarkozyste pour juguler cette menace sourde, et imposer le pluralisme aux syndicats..Mais Il a préféré augmenter les impôts de 40 milliards et la dette de 600 milliards, ce libéral (WOOOOOoooouuuuarfff!)...

  • Par Liberte5 - 29/11/2016 - 23:47 - Signaler un abus La capacité de nuisance des syndicats n'est plus à prouver.

    que l'état coupe toutes les subventions dont profitent largement les syndicats pour commencer. Qu'ensuite un nouveau syndicat libre puisse présenter des candidats aux élections professionnelles et alors les choses vont radicalement changer.

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Bertrand Martinot

Bertrand Martinot est économiste, ancien délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle. Co-auteur notamment, avec Franck Morel, de "Un autre droit du travail est possible" (Fayard, mai 2016). 

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