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Martine à la guerre : l’étonnante myopie de cette gauche qui ne réalise pas que François Hollande (aussi faible soit-il) demeure sa meilleure chance pour 2017

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Martine Aubry, Daniel Cohn-Bendit et plusieurs personnalités de gauche dénoncent la politique de François Hollande et sa capacité à remporter les élections en 2017. Pourtant, avec Manuel Valls, ils représentent les meilleures options pour fédérer la gauche (bien que le Premier ministre devrait jouer contre le parti, lui bloquant toute victoire potentielle). François Hollande demeure en effet le meilleur espoir de synthèse.

Dumb and Dumber

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Martine à la guerre : l’étonnante myopie de cette gauche qui ne réalise pas que François Hollande (aussi faible soit-il) demeure sa meilleure chance pour 2017

François Hollande Crédit Reuters

Atlantico : malgré ses faiblesses, en quoi François Hollande peut-il apparaître comme le candidat ayant les meilleures chances de rassembler les deux courants qui fracturent le PS, entre le courant social-libéral et la gauche du Parti socialiste ?

Pascal Cauchy : En premier lieu, il est important de rappeler que François Hollande a un atout majeur car c’est le Président sortant. Cela n’a pas forcément porté chance à deux candidats parmi lesquels Valéry Giscard d’Estaing ou Nicolas Sarkozy, mais cette position reste la plus favorable à une réélection.

Les scénarios qui laisseraient place à un autre programme que celui de ce gouvernement n’a pas lieu d’être aujourd’hui. François Hollande sera donc probablement candidat à sa propre reconduction, et il ne va certainement pas se "charger" avec un programme qui aurait pour dessein de faire une synthèse au sein de son parti. En tout cas ce n’est pas à 14 mois de l’élection présidentielle qu’il peut commencer à imaginer à être candidat à une quelconque primaire. La question est simple, du point de vue des institutions, l’organisation d’une primaire serait absurde.

Je rappellerai aussi que les protagonistes qui ont signé cette tribune sont pratiquement les mêmes que ceux qui ont été à l’origine de la primaire d’il y a 4 ans. On y retrouve les mêmes clivages, arguments et positionnements qui ont déjà été tranchés par les militants une première fois, et où François Hollande est sorti vainqueur. Le crédit de François Hollande, s’il a été entamé, reste toujours fort parmi les sympathisants socialistes. Les pétitionnaires sont donc minoritaires.

Erwan Lestrohan : A la différence de Manuel Valls dont le "J'aime l'entreprise" d’août 2014 avait divisé, François Hollande, premier secrétaire du PS pendant plus de 10 ans, incarne probablement une remise en question moins nette des fondamentaux de gauche sur le front de l’emploi, domaine qui constitue le sujet central des préoccupations des Français.

Pour autant, le décalage d’une partie des sympathisants de la gauche avec son corpus idéologique traditionnel est aussi à prendre en compte et dans l’hypothèse d’une primaire invitant l’ensemble des sympathisants de la gauche à voter pour désigner le candidat du Parti socialiste, François Hollande arriverait en deuxième position derrière le Premier ministre. Parmi les différentes candidatures que nous avons testées en octobre 2015 auprès de "votants certains", c’est celle de Manuel Valls qui arrivait en tête des suffrages exprimés (33%) devant François Hollande (22%).

Il est ici à noter que la place qu’occupe le couple exécutif dans les préférences des votants potentiels est assez importante et montre que le courant socio-libéral bénéficie d’un intérêt certain. En effet, dans un contexte pourtant marqué par une forte division de la gauche, une contestation de l’action du Président et du Premier ministre au sein de la majorité et l’émergence des "Frondeurs" au sein du Parti socialiste, Martine Aubry n’arrivait qu’en troisième position (17%) bien qu’elle soit le premier choix des sympathisants des partis à la "gauche du PS" (LO, NPA, PC, PdG) avec 25% des intentions de vote, devant Arnaud Montebourg (18%) et Benoît Hamon (14%).

Bruno Cautrès : La très forte charge de la tribune publiée dans le Monde par Martine Aubry et par des contestataires de la ligne Valls (car si le Président n’est pas cité mais désigné entre les lignes dans cette tribune, telle n’est pas le cas du Premier ministre explicitement visé) montre à quel point la tâche va être difficile pour  Hollande pour 2017. Il y a en effet une fracture au sein de la gauche sur les questions économiques et sociales. Comme l’a récemment remarqué Pascal Perrineau, "la gauche est brisée". Autant la droite est principalement divisée par des questions comme l’immigration, l’identité nationale, autant la gauche est divisée par son rapport à l’économie globale et à ses contraintes sur le modèle social français.

Le vaste panel électoral que nous réalisons au CEVIPOF en ce moment montre que l’électorat potentiel de François Hollande pour 2017 est toujours demandeur de politiques économiques de gauche : parmi ceux sont certains d’aller voter en 2017 et qui veulent que l’on recrute davantage de fonctionnaires 25% déclarent vouloir voter pour Hollande et seulement 11% pour Sarkozy ou 17% pour Juppé ; parmi ceux qui souhaitent que l’on augmente les possibilités pour une entreprise de licencier 12% déclarent vouloir voter pour Hollande et 33.5% pour Nicolas Sarkozy ou 47.5% pour Alain Juppé. Si l’on voit donc que l’électorat potentiel de François Hollande continue d’être favorable à des politiques de gauche, ces préférences sont plus marquées au sein des électorats potentiels de Jean-Luc Mélenchon ou Cécile Duflot. Sur les thèmes de la protection de l’environnement, F. Hollande est très fortement concurrencé si Alain Juppé était candidat.

Au plan de l’électorat général et pas seulement celui du PS, on voit également dans l’enquête que nous réalisons au CEVIPOF, des souhaits de davantage de dépenses et d’intervention publiques dans les domaines fortement « régaliens » de la sécurité intérieure et extérieure ou du contrôle des frontières, dans des domaines sociaux bien précis comme les retraites, l’éducation ou le salaire minimum, dans des secteurs innovants (protection de l’environnement, lutte contre le réchauffement climatique, taxes sur les activités polluantes) ; on observe également des souhaits de moins de dépenses et de restrictions sur le nombre d’étrangers autorisés à résider en France, le nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile, les aides sociales versées aux étrangers résidant résidants régulièrement. Il existe également dans l’ensemble de l’électorat une très forte demande de réduction du déficit budgétaire de l’Etat. Le candidat principal de la gauche en 2017 devra donc incarner une synthèse dans un contexte électoral qui sera très fortement encore marqué par la question des déficits publics et des impôts. De ce point de vue, l’éventuelle candidature Hollande pour 2017 n’a pas d’autre choix que de vouloir incarner cette synthèse. C’est aussi lié au fait qu’il est un Président sortant, un peu comme François Mitterrand en 1988 (avec la grande différence que Mitterrand sortait alors de deux ans de cohabitation avec la droite). Le passage par une « case primaire » est bien entendu en relative contradiction avec une stratégie de "recentrage" de Hollande, stratégie qui ne peut que créer des tensions à gauche.  Ce n’est pas le seul problème de l’opération que va tenter Hollande qui semble singulièrement en bout de course ces temps-ci.

Même si Valls est en tête dans les enquêtes d'opinion, sa candidature pourrait-elle être empêchée par le non-soutien de la part de son propre parti ?

Pascal Cauchy : On imagine mal, sauf à échafauder des scénarios rocambolesques, le Premier ministre sortant du même parti que le Président être candidat contre sa réélection. On entrerait dans une politique fiction, et les électeurs étant par nature légitimistes, donneraient probablement leur vote à François Hollande.

D’autre part l’assise politique de Manuel Valls, indépendamment de son action au gouvernement, est encore trop faible à l’intérieur de son parti. Par contre il est raisonnable d’imaginer qu’il pense à 2022.

Il faut dire qu’il y a aussi un effet générationnel, les pétitionnaires de la tribune font partie d’une génération qui est trop ancienne : Martine Aubry, Axel Kahn, Daniel Cohn Bendit… Une génération presque paléolithique du Parti socialiste. Une primaire, si elle devait avoir lieu, et dans le cas où elle serait remportée par des représentants de l’ancienne gauche constituerait une hypothèque sur le futur.

Erwan Lestrohan : Pour garantir son efficacité, le règlement de la primaire prévoit que l’ensemble des candidats participant à cette élection s’engagent à se rassembler derrière le vainqueur. Si Manuel Valls était désigné comme le candidat du Parti socialiste à l’issue d’une primaire, il bénéficierait donc du soutien des cadres de son parti qui devront être associés à la formalisation d’un programme correspondant aux aspirations de l’ensemble des sensibilités coexistant au sein du PS. A titre de comparaison, un manque de soutien des principales figures socialistes avait été relevé parmi les raisons des difficultés rencontrées par Ségolène Royal lors de la campagne 2007 et Manuel Valls devra obtenir des assurances sur ce point.

En revanche, alors que la Primaire organisée par le PS pour 2007, ouverte aux seuls militants, avait entrainé un "boom" des adhésions (dont le montant avait été abaissé en 2006), la question qui peut se poser est celle de l’affaiblissement de la base militante du Parti socialiste. Si ce mouvement ouvrait pour la deuxième fois consécutive la désignation de son candidat à une base élargie, ceci poserait potentiellement la question de l’intensité du soutien dont bénéficierait la candidature de Manuel Valls de la part de militants PS qui n’auraient pas été au cœur de sa désignation. Au-delà du soutien par les cadres du PS, Manuel Valls devra également être assuré d’un fort soutien des militants pour installer une dynamique autour de sa candidature.

Bruno Cautrès :  Le PS est en ce moment en mauvais état : nombre de militants en berne, difficulté pour un parti qui veut incarner la" transformation sociale et écologiste" de soutenir un gouvernement qui a pris un tournant "réaliste" important, leadership sur le débat public qui ne semble pas audible. Le parti va vouloir privilégier la tentative de sauver François Hollande et va sans doute, surtout si le candidat de la droite est Nicolas Sarkozy, rejouer le scenario de "au secours, la droite revient" de 1986. Si Hollande ne pouvait finalement être candidat (parce que la fameuse « inversion de la courbe du chômage » ne serait pas au rendez-vous ou que les enquêtes d’opinion montrent un Hollande non-qualifié au second tour), le PS devrait obligatoirement passer par une primaire qui, rappelons-le, est prévue dans ses statuts. Si le parti peut éventuellement expliquer que le statut de Hollande l’exonère de la primaire (il se présentera comme le candidat de l’unité nationale et donc pas officiellement le candidat du PS), cela ne sera pas le cas pour Manuel Valls. A cet égard, le vainqueur de la primaire trouverait dans cette élection sa légitimité, presque même en dehors ou sans besoin du soutien du parti. Si ce scenario se confirmait, la primaire de la gauche donnerait lieu à de sérieux affrontements sur le bilan du quinquennat Hollande et sans aucun doute à une grande confrontation Valls/Aubry. Mais on voit pour le moment qu’il n’y a pas d’accord à gauche sur l’organisation, les motivations et les finalités d’une éventuelle primaire à gauche pour 2017.

 
Commentaires

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  • Par Lafayette 68 - 25/02/2016 - 09:32 - Signaler un abus "étonnante myopie"?

    Rien d'étonnant car c'est un handicap de naissance et ça s'appelle "le socialisme" sous toutes ses formes: myopie certes pour certains mais parfois presbytie avec l'âge pour d'autres , astigmatisme, hypermétropie voire cécité totale.( à chacun son socialisme).Ils regardent mais ne voient rien ,dénominateur commun.Ou font semblant...tout en profitant des avantages de dame république.Postures et impostures.Français mais pas francs.

  • Par sna-hyper - 25/02/2016 - 09:37 - Signaler un abus du cinoche

    Martine & co font leur cinéma habituel sur les valeurs de la gauche. Mais quand c'est l'heure de la chasse aux mandats et des bonnes places bien gratifiantes alors on se rabiboche en 5' avec le candidat le mieux placé et on requalifie ces soubresauts de "débat républicain". La cuisine politicienne habituelle donc.

  • Par raslacoiffe - 25/02/2016 - 12:16 - Signaler un abus Il faut sauver le soldat Hollande.

    Quel cynisme dans le propos des contributeurs soutiens de Hollande à l'évidence!!! Lui qui a "abimé la France' pour reprendre la formule de Martine lancée à Sarkozy en 2012, les trois compères décuplent leur énergie pour nous vendre les bienfaits du bonhomme. Quant au cinoche des frondeurs, on n'a pas besoin de cela, l'heure est trop grave.

  • Par Liberdom - 25/02/2016 - 12:48 - Signaler un abus La patapolitologie....

    Le "modèle social" français c'est la pauvreté, le chômage et la dette mais pas pour les politicards et leurs hagiographes. Et pour faire bonne mesure une grosse dose de terrorisme intellectuel vient couronner la bonne ambiance qui règne dans le pays.

  • Par jurgio - 25/02/2016 - 12:51 - Signaler un abus Un peu la tactique vicieuse

    de « on a dû le faire mais on n'était pas d'accord » et si demain on doit continuer, ce sera malgré nous, qui sommes de gauche. Pour le plus grand bien de la Nation, évidemment. Hollande a pensé conserver ses chances, en mettant un pied d'un côté et un pied dans l'autre.

  • Par Pourquoi-pas31 - 25/02/2016 - 13:11 - Signaler un abus Dans les personnalités de gauche, il y a

    le petit Julliard, l'étudiant anti CPE, le meneur de la fronde, le casseur de mobilier de l'éducation nationale, celui qui a trouvé tout naturellement sa place au sein du PS sans avoir jamais rien produit pour le pays. Ce petit monsieur, venu pérorer au grand journal est maintenant maire adjoint de Paris, rien que cela. Adoubé par le petit cercle gay de l'ancien maire, il a grandi au milieu des improductifs donneurs de leçons et veux aujourd'hui jouer dans la cour des grands. Ce personnage, qui fait partie de ce vaste milieu de l'intelligencia socialiste n'a jamais rien apporté si ce n'est que la charge pour le pays de la nourrir.

  • Par zouk - 25/02/2016 - 13:49 - Signaler un abus Martine Aubry et consorts

    Archaismes idéologiques.... et rassemblement ? autour de Martine Aubry. Ses cosignataires se souviennent-ils de ses multiples revirements, que d'aucuns appellent trahisons , et non sans raison. Quant à une primaire, elle est probablement à souhaiter pour manifester au grand jour les multiples et profondes divisions du PS, tout cela ne pouvant aboutir qu'à sa disparition.

  • Par jmpbea - 25/02/2016 - 18:02 - Signaler un abus Où l'on voit bien que la gauche se fout

    de l'état de la France et ne reagit qu'en fonction des dogmes et de l'idéologie...ares voir favorisé la paresse des francais, cette femme poursuit son cauchemar idéologique vers encore moins de travail et encore plus de couverture sociale...décidément, toutes les femmes de gauche qui auront eu accès au pouvoir auront mis la Françe en charpie...culbuto rest la tete plongée dans le bocal...

  • Par Mike Desmots - 25/02/2016 - 18:21 - Signaler un abus Si F.Hollande à encore une chance...?

    C'est que le casino ...lui a filé des jetons de monopoly.....!

  • Par clarisse55 - 25/02/2016 - 21:44 - Signaler un abus Hollande en 2017??

    Mais il est malade de penser cela, il a ruiné la France, nous n'avons aucun crédit à l'étranger, tous se moquent de nous, ce n'est pas possible que l'on puisse encore penser à lui ou alors les gens sont maso!!

  • Par Liberte5 - 25/02/2016 - 23:06 - Signaler un abus Débat stérile et indécent

    Plus de 5 millions de chômeurs, une pauvreté qui gangrène le pays, une criminalité en hausse, une immigration incontrôlée, un islamisme conquérant, des attentats, et on discute des petits problèmes du PS. Ces fossoyeurs de la France doivent être balayés du pouvoir.

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Pascal Cauchy

Pascal Cauchy est professeur d'histoire à Sciences Po, chercheur au CHSP et conseiller éditorial auprès de plusieurs maisons d'édition françaises.

Il est l'auteur de L'élection d'un notable (Vendemiaire, avril 2011).

 

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Erwan Lestrohan

Erwan Lestrohan est directeur d'études à l'Institut BVA.

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Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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