Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 13 Décembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Le marché du pétrole incertain :
fondamentaux ou spéculation ?

Face à une demande croissante de pétrole sur les marchés, la spéculation ne fait qu'amplifier les tensions liées à la crainte d'une pénurie.

Or noir

Publié le

Le marché du pétrole est constamment sous tension depuis 2004 car l’offre mondiale de pétrole ne fait que suivre la croissance de la demande qui augmente à un rythme inédit. Ces tensions sur les fondamentaux sont propices à la spéculation qui amplifie les mouvements sur les prix. Mais avec l’automatisation des décisions de trading, la spéculation devient de plus en plus incontrôlée et détachée de l’évolution des fondamentaux.

Des fondamentaux qui attisent la spéculation

Pour comprendre les tensions sur les prix du pétrole, il suffit de comparer l’évolution des fondamentaux.

La demande de pétrole a atteint un niveau record en 2011 en dépassant les 90 millions de barils par jour contre 87,4 millions en 2010 et 85 millions en 2009. Le taux de croissance de la demande s’élève à 4% contre une moyenne de 1,4% de 1983 à 2000. De son côté, la production mondiale de pétrole a dépassé les 90 millions de barils par jour contre 85,2 millions en 2010. La croissance de l’offre ne fait donc que suivre celle de la demande et c’est la peur d’une pénurie sur le marché physique qui alimente la spéculation.

Car il faut rappeler que l’offre de pétrole dans le monde est caractérisée par le plafonnement des capacités de production actuellement existantes. En effet, chaque gisement a un seuil de production limite en fonction de ses caractéristiques propres, de la technologie utilisée et de l’historique de l’extraction. Les capacités disponibles de production et leurs perspectives d’extension dépendent des efforts d’exploration et d’investissement réalisés dans le passé. Pour produire sans cesse, il faut rechercher et mettre en exploitation de nouveaux gisements de façon régulière, car la durée de vie d’un gisement est bien évidemment limitée. Les seuls pays à disposer de marges de capacité de production (immédiates et suffisantes pour influencer le prix du marché) sont les pays OPEP, car ils produisent par quotas alors que les pays non OPEP produisent généralement à pleine capacité. Aujourd’hui, le taux d’utilisation des capacités de production est estimé à 97%. Dans un contexte de forte croissance de la demande, c’est une marge de manœuvre faible car elle ne laisse aucune place à l’incertitude sur un pays producteur (tensions géopolitiques en Iran…).

La spéculation ne fait qu’amplifier les mouvements sur les prix mais l’automatisation des décisions de trading peut parfois entraîner des variations brutales

Même si personne ne peut savoir précisément quelle est la part de la spéculation dans le prix du pétrole, plusieurs spécialistes ont avancé qu’en 2008, lors de la flambée des cours, la part de la spéculation représentait 30% du prix contre 10% en 2009. Finalement, la spéculation semble, dans le cas du pétrole, tout au plus amplifier les mouvements de hausse ou de baisse dans le contexte particulier de tensions fortes sur les fondamentaux. En 2008, la forte poussée de la demande via la croissance des pays émergents et les faibles marges entre l’offre et la demande ont créé des tensions sur les prix qui ont alimenté la spéculation. Tandis qu’au deuxième semestre de 2009, où la croissance a été morose, l’offre et la demande de pétrole sont restés stables, entraînant un prix du pétrole plutôt stable entre 70$ et 80$. Dans cette situation, la spéculation expliquait 10 % du prix du baril car il n’y a pas de spéculation sans mouvement sur les fondamentaux. Il faut, néanmoins, ajouter qu’avec l’automatisation des décisions de trading, des quantités de pétrole peuvent être achetées ou liquidées, sans restriction et en une fraction de seconde, pouvant alors entraîner des variations brutales des prix.

 

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€