Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 01 Octobre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Manuel Valls en pleine contre-offensive pour regagner le terrain perdu face à François Hollande

Ce mercredi 27 janvier, Christiane Taubira rendait les clefs de la place Vendôme tandis que François Hollande invitait Jean-Jacques Urvoas a prendre sa place. Le nouveau ministre de la Justice est un proche de Manuel Valls, confirmant un peu plus la ligne sécuritaire qu'il a mis en place au gouvernement. Face à cette montée en pouvoir d'un Premier ministre jadis affaibli, le Président de la République reste bien présent.

Versus

Publié le
Manuel Valls en pleine contre-offensive pour regagner le terrain perdu face à François Hollande

Atlantico : Avec la démission de Christiane Taubira et la nomination de Jean-Jacques Urvoas à la place Vendôme, Manuel Valls, qui jusqu'à lors était très affaibli, n'impose-t-il pas un peu plus sa patte à François Hollande ? Sans dire du Président qu'il perd de son pouvoir, assiste-t-on à un ré-équilibrage des pouvoirs à la tête de l'exécutif ?

Eddy Fougier : C'est très difficile à dire. Néanmoins, on constate aisément qu'un proche de Manuel Valls – déjà favori pour une entrée au gouvernement – occupe un poste régalien à la place d'un symbole, celui qu'était devenu Christiane Taubira à la suite du mariage pour tous pour lequel elle s'était engagée. C'est important. Ce cadre général est très clairement une avancée positive pour la ligne politique et sécuritaire défendue par le Premier ministre. De là à dire que c'est un risque politique à proprement parler pour François Hollande ?

Probablement. Ce tout-sécuritaire comme cette sortie, spectaculaire s'il en est, de Christiane Taubira ne sont effectivement pas sans risques pour le Président de la République.

Indéniablement, la ligne de Manuel Valls se retrouve confortée par ces événements. Néanmoins, cela ne signifie pas pour autant qu'il a pris l'ascendant sur François Hollande, loin de là. Quand bien même celui-ci reste affaibli par sa nouvelle chute dans l'opinion. Manuel Valls, à l'inverse, se maintient. Autre source d'affaiblissement pour le Président de la République : la perspective, ouverte par quelques-uns à gauche, d'une primaire à gauche. Le caractère automatique de la candidature du Président sortant aux élections présidentielles est sévèrement remis en cause. De facto, l'affaire Taubira risque de ne pas aider à améliorer la capacité de rassemblement des différentes gauches de François Hollande.

Clairement, entre François Hollande et Manuel Valls, l'un perd des choses, sur le plan électoral, – le premier – tandis que le second consolide sa position, son orientation politique. Pour autant, il n'existe pas de vrai bras de fer entre Manuel Valls et François Hollande, qui se retrouve prisonnier de cette orientation sécuritaire à la suite des attentats, de l'Etat d'urgence, du dossier relatif à la déchéance de nationalité... tout cela, couplé à la démission de Christiane Taubira, commence à faire beaucoup. D'une certaine façon, et d'une certaine façon seulement, François Hollande est devenu l'otage politique de Manuel Valls. L'otage de cette orientation sécuritaire, plus précisément, incarnée à la fois par Manuel Valls et Bernard Cazeneuve.

Le gouvernement, avec la nomination de Jean-Jacques Urvoas, a pris une tournure très sécuritaire. Or, ce virage entrepris avec la mise en place de l'Etat d'urgence semble profiter à François Hollande. Jusqu'où maitrise-t-il la remontée de Manuel Valls ?

Là encore, la situation est compliquée. Le rapport entre la sécurité et les sondages fonctionne à chaud, après un attentat. A ce moment, la préoccupation sécuritaire monte en flèche. Les Français ont été rassurés par un certain nombre d'actions, ainsi qu'une orientation forte. Pour autant, dès que ce flot sécuritaire se retire, ne serait-ce qu'un peu,  les préoccupations traditionnelles refont surface. Le chômage est l'une des plus importantes, or les chiffres ne sont pas bons. Très rapidement, dans l'opinion, François Hollande perd du terrain. Miser sur le tout-sécuritaire à des fins politiques, politiciennes mais aussi de popularité, c'est un risque énorme. Il risque des déceptions, d'une part, mais aussi l'aliénation d'une partie de son électorat et de ses soutiens politiques.

Manuel Valls a toujours été l'un des plus fermes sur les questions sécuritaires chez les socialistes. Même avant de se présenter à la primaire, il était déjà positionné sur ces aspects. François Hollande, en revanche, n'appartenait pas à cette logique-là : ce sont les événements qui l'y ont poussé. C'est en partie pour cela que cette orientation sécuritaire est risquée. C'est une politique assez forte pour François Hollande, d'autant plus qu'en dépit de celle-ci, on ne peut exclure la possibilité de nouveaux attentats. Certains vont d'ailleurs chercher dans le passé des références aux dérives sécuritaires socialistes de 56, par exemple. Manuel Valls est dans sa logique politique. Pas Hollande. S'il n'est pas dépassé, il est pris dans une spirale qu'il a du mal à maîtriser. La déchéance de nationalité est symbolique de cette orientation dont il a du mal à se défaire : sous Nicolas Sarkozy, l'idée avait provoqué une levée de bouclier. François Hollande, en l'inscrivant dans la réforme de la constitution, a dépassé une ligne rouge. Nous sommes maintenant dans l'inconnu.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Vincennes - 29/01/2016 - 23:08 - Signaler un abus Malgré son passage chez le roquet/RUQUIER

    il n'a vendu que 410 exemplaires de son bouquin!! Bartelone 280 PLACE 320......... battus tous les trois par une femme Duflot avec ses 800 exemplaires. Ils devraient prendre exemple sur Sarko 120.000 exemplaires + 80.000 de rééditer !!! bravos les merdialeux/sondeurs "aux ordres" qui nous ENFUMENT

  • Par zouk - 30/01/2016 - 11:14 - Signaler un abus Nous sommes dans l'inconnu

    Oui, depuis longtemps et ce ne sont ni Fr. Hollande, ni les rivalités +/- supposées entre Fr.H. et M. Valls qui vont nous en sortir. Leurs convictions (?) ont depuis longtemps perdu tout intérêt pour les électeurs

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Eddy Fougier

Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire analytique de l’altermondialisme (Ellipses, 2006), L’Altermondialisme (Le Cavalier bleu, 2008).

Plus récemment, il a publié Thèmes essentiels d’actualité en QCM (2000 QCM) aux éditions Ellipses (2012) ou encore Parlons mondialisation (La Documentation française, 2012)

Eddy Fougier est chargé d’enseignement dans plusieurs écoles, notamment Audencia Nantes – Ecole de management, l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, l’Institut européen des hautes études internationales (IEHEI, Nice) et l’Institut supérieur de formation au journalisme (ISFJ, Paris).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€