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Manifestations en Corse : comment les « natios » ont raflé la mise lors des élections territoriales

Au terme d’une campagne relativement atone et qui déboucha sur une abstention très importante (47,5%), les nationalistes ont confirmé au-delà de leurs espoirs leur domination électorale lors des législatives de juin 2017. Retour sur ce scrutin qui les avaient vus remporter trois des quatre circonscriptions corses.

Analyse

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Manifestations en Corse : comment les « natios » ont raflé la mise lors des élections territoriales

De gauche à droite : Gilles Simeoni, Francois Sargentini et Jean-Guy Talamoni. Crédit PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Au terme d’une campagne relativement atone et qui débouchera sur une abstention très importante (47,5%), les nationalistes vont confirmer au-delà de leurs espoirs leur domination électorale et transformer l’essai des législatives de juin 2017 qui les avaient vus remporter trois des quatre circonscriptions corses. La liste Siméoni-Talamoni atteint en effet le score historique de 45,4% au premier tour. Avec ce score frôlant la majorité absolue, les « natios » améliorent de 10 points leurs résultats du second tour des élections régionales de 2015 (35%) qu’ils avaient remportées dans le cadre d’une quadrangulaire.

Cette performance est d’autant plus spectaculaire que le tandem Siméoni-Talamoni était concurrencé par une autre liste nationaliste du Rinnovu, emmenée par Paul-Félix Benedetti, et qui obtint 6,7% des voix.

1 Les « natios » ont écrasé la concurrence

Face à ce vote massif en faveur des « natios », les autres listes étaient reléguées très loin derrière. La liste divers droite « corsiste » de Jean-Martin Mondoloni recueillit 15% coiffant au poteau la liste LR officielle conduite par Valérie Bozzi (12,8%). Il est intéressant de constater que la liste ne revendiquant pas le soutien du parti et affichant une sensibilité régionaliste fit davantage recette que la liste de droite officielle. La liste de La République en Marche, emmenée par Jean-Charles Orsucci et François Orlandi, ne pointa qu’en quatrième position avec 11,3% des voix. Cet échec venait confirmer après la présidentielle et la contre-performance des candidats En Marche aux législatives que la Corse était manifestement rétive au macronisme. Les listes contestataires ne rencontrèrent, quant à elles, aucun écho avec un score de seulement 5,7% pour la France Insoumise et de 3,3% pour le FN, qui ne retrouvait ainsi qu’un électeur de Marine Le Pen sur neuf du premier tour de la présidentielle.

Au premier tour, la liste nationaliste écrase le match.

 

Si les « natios » ont bénéficié de la dynamique enclenchée en 2014 avec la conquête de la mairie de Bastia, puis entretenue en 2015 par leur victoire aux régionales et le « carton » des législatives en juin 2017, d’autres paramètres ont également joué. Le fait que leur action à la tête de la collectivité territoriale depuis deux ans soit jugée assez positivement et la division de leurs adversaires ont participé de ce succès électoral. Mais il faut également mentionner l’image personnelle de Gilles Simeoni, figure charismatique associant le dynamisme de son âge à la renommée de son patronyme. La popularité du leader autonomiste surclasse en effet de très loin celle des autres personnalités politiques insulaires comme en témoigne par exemple l’indicateur du nombre de followers sur Facebook. Sur ce fameux réseau social, Gilles Simeoni comptabilise ainsi pas moins de 45500 abonnés, très loin devant Jean-Guy Talamoni (16500), Laurent Marcangeli (6000), Jean-Martin Mondoloni (1800), Valérie Bozzi (1300) ou bien encore Jean-Charles Orsucci (900). 

Dernier ingrédient parmi d’autres de cette victoire, les « natios » apparaissent aujourd’hui d’après de nombreux observateurs locaux comme la seule formation politique disposant d’une véritable force militante. On estime ainsi à 1500 le nombre de militants ou de sympathisants actifs sur lesquels les « natios » ont pu s’appuyer pour mener une campagne de terrain alors que les autres listes n’ont pas été capables de quadriller le territoire. Forte de cette machine militante et de son audience dans la jeunesse corse, la liste Pè a Corsica (« Pour la Corse ») a pu organiser une série de meetings rassemblant un public nombreux dans une ambiance assez survoltée. Ces rassemblements se sont enchaînés dans la fin de la campagne avec des meetings le 22 novembre à Ghisonaccia, le 24 à Vico, le 27 à Ajaccio, le 29 à Porto-Vecchio, le 30 à Bastia (devant 2000 personnes) et le 1er décembre à Corte. Cette stratégie de campagne a nourri la dynamique et a donné l’image d’une vague puissante que rien ne pouvait arrêter.     

Comme le montre le graphique précédent, l’avance des « natios » sur leurs concurrents était telle (30 points d’écart avec la liste Mondoloni) que l’option, un moment envisagée par certains, de la constitution d’un « front républicain » rassemblant au second tour les deux listes de droite et la liste macroniste pour faire barrage aux nationalistes, tomba d’elle-même au soir du premier tour. Non seulement une telle initiative serait passée comme totalement politicienne et s’apparentant à une basse manœuvre pour s’opposer à la volonté exprimée par une majorité d’électeurs, mais elle n’aurait eu aucune chance de fonctionner, les élections législatives ayant montré qu’une partie des électeurs de droite et macroniens préféraient voter au second tour pour les nationalistes plutôt que se reporter sur le camp adverse.

La droite comme le parti présidentiel n’ont ainsi pas pu s’opposer à une lame de fond qui a porté les nationalistes. Ces derniers ont manifestement progressivement su gagner à leur cause un nombre croissant de Corses. L’audience électorale cumulée des différents partis et listes se revendiquant de cette famille de pensée plafonnait autour de 15% dans les années 1990 et 2000 avant d’atteindre l’étiage de 30% à partir de 2010 puis de franchir symboliquement la barre des 50% lors de ce scrutin.

1992 – 2017 : la montée en puissance du vote nationaliste…

 

Cette montée en puissance opérée en 20 ans témoigne des efforts menés par cette mouvance pour gagner la bataille culturelle et diffuser ses idées et sa vision. Cela s’explique également, comme on l’a vu précédemment, par une dislocation des forces politiques traditionnelles sur la même période mais aussi par un renouvellement générationnel avec l’arrivée sur la scène électorale de tranches d’âge plus jeunes dans lesquelles le discours des « natios » est dominant. On constate ainsi que moins la population d’une commune est âgée et plus les nationalistes ont enregistré des scores importants lors de ce scrutin. Le graphique suivant met également en évidence une corrélation positive entre la proportion d’électeurs de moins de 65 ans et le score de la liste Mondoloni, qui défendait un programme régionaliste. La génération la plus âgée, à l’inverse, apparaît beaucoup plus hermétique à ces orientations et plus acquise à la droite classique. La liste Bozzi voit ainsi son score augmenter significativement avec les poids des seniors dans la population communale. Hormis les divisions endémiques de la droite insulaire, cette dernière est également handicapée par le vieillissement de sa base électorale à l’inverse des nationalistes. 

…liée en partie au renouvellement générationnel.

 

Si les générations les plus jeunes ont constitué le cœur de l’électorat « natio », le tandem Simeoni-Talamoni a bénéficié d’une assise électorale bien plus large. Cette liste recueille ainsi dès le premier tour 50% ou plus dans 160 communes sur 360 et elle vire en tête dans 261 communes. Dans toutes les principales villes de l’île, les résultats sont impressionnants : 40,7% à Ajaccio, 44,8% à Bastia, 48% à Corte, 48,2% à Calvi, 48,8% à Porto-Vecchio et 58,2% à Furiani. Hormis quelques poches de résistance « orlandiste » en Castagniccia et « bozziste » dans le sud du Tavaro, la domination des « natios » est totale. 

La liste arrivée en tête au 1er tour des élections territoriales de 2017

 

Résultats de la liste Simeoni au 1er tour des élections territoriales de 2017 

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 03/02/2018 - 19:20 - Signaler un abus Oui, et maintenant?

    Plutôt que ces analyses sans grand intérêt (les nationalistes ont gagné haut la main, point!), il serait plus opportun de nous expliquer ce que veulent ces nationalistes, quel est leur programme? Étant donné la lavasse qu’ont élus les Français comme Président de la République, je sens qu’il va se faire rouler dans la farine par les Nationalistes, leur accordant une autonomie totale de décisions, avec les subsides de la Nation française, et ses excuses en plus... À ce niveau de déliquescence de l’état PS-Macroniste, je pense qu’il faut s’orienter vers une indépendance totale de la Corse, seule façon de ne pas faire de cette île un département d’outre-mer sous assistance totale de la France. Qu’ils prennent leur envol, les Corses...et bon-vent!

  • Par Pharamond - 03/02/2018 - 21:33 - Signaler un abus Cohésion sociale

    La presse, en général, prête à M.Talamoni des propos selon lesquels le but à terme,est l'indépendance. Fort bien.La France n'a plus les moyens financiers qui lui auraient permis de financer à perte une partie extraterritoriale du territoire. Ce gouvernement devrait prendre l'initiative de proclamer en 2018 l'indépendance de l'Île.Cependant,en mémoire et en hommage à l'Empereur Napoléon,l'arrêt des subventions de la Métropole ne se ferait pas brusquement, mais par tiers;cela donnerait le temps aux leaders corses de trouver d'autres bailleurs si nécessaire. Si les nouvelles autorités réussissaient à le faire avant cette période de trois ans,cet arrangement se terminerait aussi tôt. La France a besoin de cohésion sociale et en a assez de passer pour le méchant loup. Aussi,tirant la leçon des après-indépendance,l'imposition de visas d'entrée et de sortie serait instaurée. Entre parenthèses,le problème de la langue corse serait par là même résolu.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Sylvain Manternach

Sylvain Manternach est géographe-cartographe, formé à l’Institut français de géopolitique, et auteur d'une note sur les résultats du second tour des élections départementales co-écrite avec Jérome Fourquet, Directeur du département Opinion et stratégie d'entreprises de l'Ifop. Parmi ses publications, on retrouve notamment : Perpignan, une ville avant le Front (avec Jérôme Fourquet et Nicolas Lebourg, Fondation Jean Jaurè), Karim vote à gauche et son voisin vote FN (collectif sous la direction de Jérôme Fourquet, éditions de l'Aube), L'an prochain à Jérusalem (avec Jérôme Fourquet, éditions de l'Aube). Prochainement, une double note de Sylvain Manternach (avec Jérôme Fourquet) sur la crise migratoire à Calais et la très nette augmentation du vote FN, paraîtra à la Fondapol. 

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