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Manifestations anti-poutine : l’homme fort russe est-il un colosse aux pieds d'argile ?

A l’appel de Alexeï Navalny, plusieurs milliers de Russes sont descendus dans la rue ce dimanche à travers le pays. Tous venaient dénoncer la corruption du pouvoir. Cela faisait longtemps que la Russie n'avait pas connu un tel mouvement de contestation, malgré l'autorité forte de Vladimir Poutine et sa main-mise sur les médias.

Kremlin

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Manifestations anti-poutine : l’homme fort russe est-il un colosse aux pieds d'argile ?

Aujourd'hui, peut-on dire que le chef de l'Etat russe est en danger? N'apparaît-il finalement pas comme un colosse aux pieds d'argile?

Michael Lambert : Les manifestations sur l’ensemble du territoire russe, et ce alors même que le Kremlin avait spécifiquement mis en garde contre celles-ci, sont la conséquence des rassemblements contre la corruption en Union européenne, notamment en Roumanie et en France.

Depuis plusieurs années, notamment après l’annexion de la Crimée en 2014, le peuple russe avait abandonné l’espoir de voir naitre un changement en raison du contexte politique qui règne dans l’ensemble de la Fédération, n’obtenant le plus souvent rien d'autre que de vagues promesses sans aucune suite de la part des dirigeants russes. Par contraste avec la Russie, les récents événements à Bucharest ont été un succès sans précédent pour le peuple roumain, avec pour aboutissement la victoire de celui-ci sur les élites corrompues.

Les manifestations en Roumanie constituent ainsi une avancée significative dans la lutte contre la corruption à travers toute l’Europe, et expliquent l’attention toute particulière que l’on apporte à ce thème dans le context des élections présidentielles françaises. 

C’est au constat de toutes ces revendications que la population russe, à son tour, s’est mobilisé en masse comme en Union européenne, pour dénoncer une injustice grandissante dans un pays en pleine déliquescence morale. Nul besoin de rappeler que l’argent de la corruption est celui que les dirigeants prennent de manière indirecte aux habitants, et qui de facto ne permet plus d’alimenter l’économie réelle dont les États ont cruellement besoin à l’heure actuelle. 

Les 500 (selon la police) à 800 (selon les organisateurs) arrestations en Russie, montrent cependant une affirmation des critiques à l’encontre du système politique russe, des élites et des oligarques. Si le Kremlin tente de minimiser l’impact économique des sanctions euro-américaines et les difficultés relatives à la baisse du rouble dans les médias nationaux, les citoyens n’en constatent pas moins l’accroissement de leurs difficultés au quotidien. Les inégalités grandissantes entre riches et pauvres, comme en atteste les images tragiques des sans-abris de Moscou qui durent survivre dans les égouts pendant la période hivernale, alors même que de nombreux logement restent vides à Moscou pour cause de spéculation sur les prix de l’immobilier, montre les limites de l’image positive que parvient à véhiculer le Gouvernent russe. 

Reste à noter que les manifestations témoignent davantage d’un ras-le-bol des élites et surtout de la petite corruption, le Président russe apparaissant souvent comme en dehors du système, parvenant à s’en abstraire. Ce sont donc les membres de la Douma, le Parlement russe, qui devraient s’inquiéter.

Cette crise politique intervient alors que la Russie sort à peine la tête de l'eau, après des années de récession avec une croissance et le niveau de vie qui n'a cessé de chuter depuis 2012. Comment le climat économique et social du pays a-t-il pu jouer un rôle dans le mécontentement du peuple ?

Il ne faut pas confondre croissance et redistribution des richesses. Le coefficient de GINI russe restant encore parmi les plus inégalitaires au monde, ce qui amène à catégoriser la Fédération comme “en  voie de développement”, n’en déplaise aux adeptes de l’image d’un “Grand pays”. Avec 144 millions d’habitants, la Russie dispose ainsi d’un PIB similaire à celui de l’Espagne. 

 
Commentaires

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  • Par ikaris - 28/03/2017 - 15:13 - Signaler un abus Manifestation en Russie : combien de divisions ?

    On trouvera toujours quelques milliers d'opposants Sorrossophiles pour faie une peu d'agitation dans la rue ... de là à y voir un début de révolution il y a un pas que l'interviewé franchit allégrement. Parler d'un pays en pleine "déliquescence morale" c'est encore plus fort de café ! A quoi mesure t on la déliquescence morale ? Au nombre de prostituées ? aux nombre de scandale publics ? A la légalisation de mariages contre nature ? Il me semble qu'au contraire la Russie vit une renaissance de la fois orthodoxe, que contrairement aux années 90 elle sait offrir sur place un avenir à sa jeunesse et que la reprise des naissances montre une foi dans les valeurs familiales. L'auteur serait bien inspiré de remettre en perspectives ses jugements moraux avec la campagne présidentielle française. Il me semble par ailleurs que Vladimir a pratiqué un certain "dégagisme" en instaurant des primaires pour son parti sur les candidature à la Douma.

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Michael Lambert

Michael Eric Lambert est docteur en Histoire des relations internationales à la Sorbonne - INSEAD (BFC'15Dec) et directeur du Black Sea Institute. 

Ses travaux portent sur les relations entre l'Union européenne, la Russie, et la Chine en Europe centrale et orientale.

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