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Mais à quoi servent encore les grands raouts internationaux ? Derrière les tensions sur le G20 de Hambourg, la grande panne de la gouvernance mondiale

Pourquoi les institutions internationales, de l’OTAN à l’ONU, du FMI à la Banque mondiale, pensées dans le monde d’après 1945 sont devenues obsolètes dans le monde de 2017.

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Mais à quoi servent encore les grands raouts internationaux ? Derrière les tensions sur le G20 de Hambourg, la grande panne de la gouvernance mondiale

Atlantico : Ces 7 et 8 juillet, les plus grandes nations se réuniront à Hambourg dans le cadre du G20, et ce dans un climat houleux entre grandes puissances, et sur fond de remise en cause des institutions internationales de la part de Donald Trump en particulier. Au-delà de la critique du nouveau Président des Etats Unis, dans quelle mesure ces institutions, du G20 au G8, de l'ONU à l'OTAN, du FMI à la Banque Mondiale, peuvent-elles être effectivement considérées comme obsolètes dans leur forme actuelle ?

Quels sont les dysfonctionnements les plus importants de ces institutions au regard du monde "tel qu'il est" aujourd’hui ? 

Jean-Marc Siroën : Toutes ces organisations n’ont ni la même histoire, ni le même statut. L’ONU, le FMI et la Banque Mondiale sont des institutions qui relèvent du droit international. Elles sont nées de la volonté des Alliés après la seconde guerre mondiale et avant la guerre froide. Elles répondaient tout particulièrement au souhait de l’Amérique rooseveltienne, de faire gouverner le Monde par des « Nations Unies » libres mais contrôlées par un condominium de cinq puissances où la France a d’ailleurs été ajoutée in extremis aux « Big Four » initialement prévus par Roosevelt (Etats-Unis, Grande-Bretagne, URSS, Chine). C’est dans ce cadre que le FMI et la Banque Mondiale ont été créés à Bretton Woods (1944) autour d’un certain ordre monétaire fondé sur la suprématie du dollar, des changes fixes et le contrôle des capitaux. On pourrait y ajouter le GATT fondé sur l’ouverture au commerce. C’est parce que le système monétaire de Bretton Woods a volé en éclat en 1971, qu’à l’initiative du Président Giscard d’Estaing, a été mis en place un « club » informel de nations riches et capitalistes, le G7 (Etats-Unis, Canada, Japon, Grande-Bretagne, France, Italie Allemagne) auquel s’est joint l’URSS avant d’en être exclu suite à l’annexion de la Crimée. Pendant plus de trente ans, ce club à vocation essentiellement économique a coordonné les politiques économiques avec, notamment, des interventions concertées sur les marchés des changes ou des règles communes pour le traitement de la dette des pays en développement. De fait, ces règles se sont imposées au FMI et à la Banque Mondiale, chargés de les mettre en œuvre. Lors de la crise de 2008, le G7-G8 est apparu trop peu représentatif en ignorant des pays émergents et, notamment, la Chine d’où la montée du G20. Quant à l’OTAN, elle aussi régie par les traités internationaux et pur produit de la guerre froide, c’est une alliance militaire qui, par construction, ne peut avoir la même vocation universaliste que les autres.

Le Monde « tel qu’il est aujourd’hui » est une facilité de langage qui reste un peu floue. Depuis la seconde guerre mondiale, les institutions ont toujours su s’adapter au Monde « tel qu’il était » soit en redéfinissant leurs missions initiales, comme l’on fait les institutions de Bretton Woods, soit en en faisant apparaitre de nouvelles institutions fussent-elles informelles. Ce fut le cas du G7, puis du G20 lorsque la montée en puissance des pays émergents était devenue trop évidente. On peut également citer les COP, producteurs de traités internationaux sur l’environnement, dont le Traité de Paris (COP21).

 
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  • Par J'accuse - 07/07/2017 - 10:39 - Signaler un abus Décider à 20 est impossible

    Les organisations d'après-guerre étaient fondées sur la domination globale des EU, et ça ne marchait (bien ou mal) que pour cette raison. Cette domination n'existe plus, même si l'Otan s'efforce de ressusciter sa première raison d'être pour justifier son existence. Aujourd'hui que le monde est multilatéral, ces organisations sont impuissantes ou obsolètes: quand il y a trop de décideurs, avec des intérêts évidemment divergents, on ne décide pas, ou les décisions ne peuvent pas être mises en œuvre. Quelquefois, on fait semblant (cop21)... On s'en félicite ou on le regrette, mais c'est inévitable.

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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