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Mais qui de la robotisation ou de la mondialisation a provoqué la désindustrialisation occidentale ?

De plus en plus de robots et de logiciels, de moins en moins d'ouvriers... Au cours de ces dernières années, la tendance de désindustrialisation a frappé les Etats-Unis, mais également les autres pays les plus avancés.

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Mais qui de la robotisation ou de la mondialisation a provoqué la désindustrialisation occidentale ?

 Crédit REMY GABALDA / AFP

Atlantico : La tendance de désindustrialisation qui a pu frapper les Etats-Unis, mais également les autres pays les plus avancés, au cours de ces dernières années, a pu faire l'objet de nombreux articles de recherche économique. D'une cause ayant trait à la robotisation pour les uns, à celle de la mondialisation pour les autres, et notamment par l'entrée de la Chine au sein de l'OMC en 2001, les avis restent encore partagés. Comment dresser un diagnostic sur cette question ? Quelle a été la cause majeure de ce phénomène au sein des pays occidentaux au cours de ces dernières années ?

Jean-Paul Betbeze : Une révolution industrielle ne vient jamais seule, jamais seule dans une seule industrie, et jamais seule dans un seul pays. Avec la révolution de l’information, les produits et les processus se répandent maintenant partout en quelques mois, une innovation chassant l’autre, une génération de logiciels chassant l’autre. Ce qui se passe est donc bien plus global et rapide que lors des « anciennes révolutions industrielles » du charbon et de la machine à vapeur (1765), puis du pétrole, de l’électricité  et du moteur à explosion (1870), puis du nucléaire, de l’informatique et du robot (1969). Nous voilà à l’Internet, à la numérisation et aux objets connectés (2010). Partout.

Ce qu’on nomme ainsi « désindustrialisation » est l’effet conjoint de ces innovations et de ces internationalisations sur « les usines ». Il y a de moins en moins d’ouvriers dans les usines de production et de distribution, parce qu’il y a de plus en plus de robots que l’on voit, de logiciels que l’on ne voit pas bien (et qui sont de plus en plus décisifs et décideurs), et de systèmes de commandes (depuis le particulier jusqu’à l’usine) que l’on voit moins encore.

Ainsi, dire, devant la réduction des emplois ouvriers (ou agricoles), mais aussi d’encadrement et de surveillance, que c’est « la faute aux robots » ou « la faute à la Chine » est une vérité très partielle. Certes, la révolution en cours (l’industrie 4.0) détruit les emplois pénibles, risqués, répétitifs, mais il ne faut pas oublier non plus la forte montée des emplois de mesure (par exemple comptable), de gestion (par exemple informatique), de prévision (par exemple marketing), de surveillance (par exemple juridique ou de Responsabilité Sociale de l’Entreprise). Nous vivons une servicisation croissante de l’industrie, avec la montée de couples produits/services, avec une externalisation croissante des services et la naissance d’ « usines de services », en comptabilité, marketing, conseil.... Vendre des pneus, c’est garantir leur usure, assurer un conducteur d’automobile, c’est de plus en plus prendre en compte son mode de conduite, et proposer de l’améliorer… Et ainsi de suite, l’usine se dépeuple, les bureaux se remplissent, de nouvelles fonctions changent dans la distribution notamment : les magasins deviennent des showrooms, la commande suit, par Internet, puis la livraison, par Fedex. La faute à la révolution industrielle ou à la Chine ? Aux deux, mais c’est toujours l’innovation (sous toutes ses formes) qui est motrice, donc nous avec nos désirs ! Aux entreprises et aux pays de s’adapter, donc aux politiques de réfléchir.

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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