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Mais pourquoi la vague de suicides dans la police ou la gendarmerie intéresse-t-elle beaucoup moins que celle qu’avait connue France Télécom ?

Sur l’année écoulée (et les autres avant), le taux de suicides constaté dans les deux corps de forces de l’ordre est autour du triple de la population française prise globalement. Mais étonnamment, personne n'en parle.

Drame silencieux

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Mais pourquoi la vague de suicides dans la police ou la gendarmerie intéresse-t-elle beaucoup moins que celle qu’avait connue France Télécom ?

 Crédit Thomas SAMSON / AFP

Ah, douce France ! Cher pays de mon enfance, bercée d’une insouciance peut-être un peu trop tendre et un peu trop persistante : s’il y existe encore des villages au clocher et maisons sages, on y trouve aussi des cités dortoirs explosives, des quartiers sensibles émotifs et des zones de non-droit civilité alternative. Si la France fut douce, elle l’est nettement moins actuellement…

Ce qui explique peut-être la grogne montante chez les forces de l’ordre qui, comme leur nom l’indique, sont au premier rang pour essayer de remettre un peu tout ça d’équerre, et y parviennent avec un taux de réussite qu’on qualifiera pudiquement d’améliorable.

Très concrètement et même si la presse en parle avec la pudeur de violette qui la caractérise lorsqu’il s’agit de prendre fait et cause pour la police ou la gendarmerie, le « malaise » continue de croître chez les professionnels de l’ordre public. Quelques actions, parfois syndicales, sont ainsi relayées dans l’un ou l’autre article.

Étonnamment, même si l’on trouve évidemment la complainte du manque de moyens maintenant traditionnelle pour tout service public, on se rend vite compte que ce n’est pas le principal souci évoqué par les individus concernés : hyper-bureaucratie, management d’un autre temps, clique de petits chefs, mentalité déplorable de la haute hiérarchie, interactions « rocailleuses » avec la Justice, … Les raisons s’accumulent et ne pourront décidément pas toutes se résoudre avec une simple distribution d’argent des autres.

Ce qui se traduit d’ailleurs assez brutalement dans les rangs des forces de l’ordre par des suicides.

De façon presque prévisible, on parle même d’une vague de suicide sans que toute la presse se déchaîne comme ce fut le cas entre 2008 et 2009 pour une trentaine de cas à France Telecom.

Les syndicats de l’opérateur sont peut-être plus efficaces à médiatiser les problèmes de leur entreprise, toujours est-il que, malgré des statistiques qui montraient à l’époque de façon claire que cette « vague » de suicides équivalait en réalité à un taux de suicide inférieur au standard constaté dans la population globale, la presse en avait largement fait ses choux gras et avait réussi à secouer toute la hiérarchie du géant télécom.

Pour la police et la gendarmerie, rassurez-vous : il n’en sera rien, quand bien même les statistiques montrent en revanche que le taux constaté est globalement le double des standards dans la population globale (et, de fait, double de ceux de France Télécom).

Au passage, notons que le problème touche tous les corps des forces de l’ordre, pas seulement ceux affectés aux points chauds de la République plus tout à fait une et plus franchement indivisible : même la garde républicaine se plaint de ses conditions de travail et de la pression morale et physique qu’elle subit. Et là encore, outre des éléments matériels qui manquent pour le bien-être de ces gendarmes, « il s’agit surtout d’un manque de repos et de considération pour les hommes et les femmes qui arment la CSHM » (Compagnie de sécurité de l’Hôtel de Matignon).

Cette ambiance délétère n’amène rien de bon. Le terme de « vague de suicides », employé il y a un an, montre surtout que le phénomène continue sans cesse depuis lors, et que chiffres et notules journalistiques s’entassent, mois après mois, au sujet de la police et de la gendarmerie :

En ce jeune mois d’octobre, un gendarme s’est déjà suicidé, un policier aussi.

En septembre, trois gendarmes en terminent brutalement avec leur service, dans le Cher, les Hauts-de-Seine et à la caserne de Luce.

En août, un autre gendarme se suicide.

En juillet, c’est un policier qui se fait sauter le caisson.

En juin, un peu des deux corps.

En mai, deux gendarmes en finissent.

En avril, un policier se suicide dans les locaux de l’Hôtel de police de la riante Créteil.

Six mois, des suicides à chacun d’eux, retrouvés sans aucune difficulté en faisant quelques vagues recherches. Ceux qui tiennent les comptes précis pourront certainement fournir une meilleure photographie de l’état des lieux, mais on sait déjà qu’elle ne sera pas bonne, que sur l’année écoulée (et les autres avant), le taux de suicides constaté dans ces deux corps de forces de l’ordre est autour du triple de la population française prise globalement et s’il était stable ou en baisse légère jusqu’en 2016, la tendance est bien à la hausse depuis.

La presse, qui se refuse (bizarrement ?) pour le moment à jouer le jeu des syndicats de la surenchère à la France-Télécom, n’hésite pas à parler de causes personnelles comme motivation principale de ces suicides. Pourtant, l’augmentation récente, les lettres et récriminations de plus en plus fréquentes des différents corps, et même la lettre testament d’un garde du corps de Muriel Penicaud ne laissent guère de doute sur les raisons de plus en plus professionnelles qui les poussent à la dernière extrémité.

Il faut avouer que le déploiement et l’utilisation des forces de l’ordre dans le pays sont pour le moins discutables : quand elles ne sont pas en embuscades routières ou à distribuer du PV pour défaut de vignette verte ou pollution aggravée, le pouvoir du moment les emploie à réprimer fermement des manifestations pourtant calmes ou, au contraire, à s’égayer dans la nature lorsqu’il s’agit de faire revenir l’ordre à la suite de manifestations ayant largement dérapé.

Quand la police ou la gendarmerie ne sont pas sur le terrain (ce qui arrive trop souvent), elles sont occupées à remplir une paperasserie de plus en plus démente sur des matériels vieillissants et rigologènes.

Ces éléments, déjà gênants en soi, ne sont malheureusement rien à côté des problèmes de fond : outre la difficulté pour ces corps d’obtenir une juste attribution des mérites alors que toute erreur de jugement, si minime soit-elle, sera très violemment réprimée, on lit de plus en plus souvent un véritable désaveu par la hiérarchie des efforts faits au jour le jour.

 
Commentaires

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  • Par ISABLEUE - 13/10/2018 - 14:48 - Signaler un abus scandaleux

    Pourtant le peuple français les soutient à 100%

  • Par Kreuzer - 13/10/2018 - 16:57 - Signaler un abus H 16 : Votre constat est celui de l'Institut pour la Justice.

    J'ai découvert votre blog, il y a cinq ou six ans. Après Hollande, Macron: même politique, en pire, ce qui était quand même difficile à imaginer. Les policiers, les gendarmes qui se sont donné la mort, à ce jour, au nombre de 46, ne sauraient intéresser la presse qui a porté Macron au pouvoir. Les consignes données aux polciers par le ministre de l'Intérieur ( quand on en a un) sont tellement contradictoires, que cela paralyse toute action. Un délinquant est-il , enfin, attrapé? Prend-il un marron, au plus fort de l'action? Voilà la "police des polices" aux basques du policier qui a risqué sa vie. Plus d'un en arrive, logiquement, à supprimer sa propre vie. Les "responsables",, eux, vivent fort bien. Merci pour eux. Quant à la justice de gauche, irait-elle appliquer des peines de prison amplement méritées aux délinquants multirécidivistes? Vous n'y songez pas! Ce jour, l'abruti de rappeur qui a tout démoli, à Orly, cet été, passe à la Défense Arena, en concert. Unger a assuré sa pub dans le métro, cette semaine. Avec Macron, la gauche en général, le crime paie.

  • Par zen-gzr-28 - 13/10/2018 - 17:16 - Signaler un abus La tête du gouvernement est malade

    Les membres sont contaminés et nombre de citoyens en font les frais dont les forces de l'ordre qui sont malmenés de façon honteuse et inadmissible.

  • Par tubixray - 13/10/2018 - 19:20 - Signaler un abus Médias à la botte du pouvoir

    Nous vivons dans un pays ou la gestion de l'information est soviétique: La pensée unique est diffusée par tous les médias à quelques exception près... Entre autres exemples, la victoire de la France à la finale de la coupe du monde de football a donnée lieu à une nuit de liesse populaire mais les médias n'ont nullement parlé des scènes de guérilla dans certains quartiers ......Les gauchistes ont peu de considération pour un "flic" qui se suicide après tout il risque sa vie pour arrêter des délinquants violents ou des criminels qui seront excusés ou légèrement punis par la justice du mur des cons....

  • Par lemillanh - 14/10/2018 - 08:01 - Signaler un abus Le sale boulot c'est pour eux

    ils en payent le prix dans l'indifférence général mais pas des citoyens qui sont conscients de ce qu'ils essayent de faire au quotidien, il est rassurant de constater que les Français portent en estime leur armée, les petits entrepreneurs et commerçants bref toutes les personnes qu'ils sont amenées à côtoyer chaque jour et se défient en premier lieu des politiques, des médias.... Malheureusement cette majorité silencieuse ne s'exprime que lors des élections en se perdant aussi dans l'extrémisme aussi...

  • Par AZKA - 14/10/2018 - 17:18 - Signaler un abus Attendons qu'un magistrat SM se fasse

    Tabasser par un délinquant, alors le Camp du bien pliera ses tentes.

  • Par AZKA - 14/10/2018 - 17:19 - Signaler un abus Attendons qu'un magistrat SM se fasse

    Tabasser par un délinquant, alors le Camp du bien pliera ses tentes.

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