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Mais comment expliquer que la France soit championne de l'emploi précaire en Europe après la Croatie ?

La France affiche presque le pire taux d'employés précaires d'Europe avec 4,8%. La preuve d'une passion nationale pour les emplois courts ?

Mi-temps

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Mais comment expliquer que la France soit championne de l'emploi précaire en Europe après la Croatie ?

Atlantico : Selon les statistiques publiées par Eurostat, la France serait la championne d'Europe, après la Croatie, de l'emploi précaire, ici défini comme des contrats de moins de 3 mois, soit 4.8% du total des employés. Comment expliquer une telle situation ? Comment expliquer que les employeurs ont autant recours aux contrats cours en France ? 

Bertrand Martinot : Deux facteurs essentiels contribuent à cette situation en France. Le premier est la difficulté de rompre le CDI, et les incertitudes qui se rattachent à cette rupture pour l’employeur : risques juridiques, coût, longueur de la procédure… A tel point que de nombreux employeurs usent et abusent des CDD, même s’ils doivent payer une prime de précarité de 10 % des salariés versés. 

On oublie trop souvent un second facteur, très massif en France : le rôle pervers de l’assurance chômage.

L’éligibilité particulièrement ouverte de l’assurance chômage (il suffit d’avoir cotisé 4 mois dans les 28 derniers mois pour bénéficier de 4 mois d’indemnisation) font que les employeurs peuvent facilement externaliser de la main d’œuvre sur CDD, les salariés restant quelques semaines à l’assurance chômage avant d’être réemployée. 

Le système collusif CGT spectacle / patronat dans le cas des intermittents du spectacle illustre cette situation jusqu’à la caricature. 

De même, le système de cumul emploi / allocations chômages contribue également à ce que certains salariés acceptent plus facilement un emploi à temps partiel, donc une situation précaire du point de vue de la rémunération, car ils peuvent cumuler très longtemps un salaire à temps partiel avec une allocation chômage. 

Quels sont les recettes des autres pays qui parviennent à des taux moindres que celui affiché par la France ? 

La plupart des pays européens ont à présent des droits du travail qui découragent moins qu’autrefois le recours à des CDI. On connaît les principales recettes : rendre, pour l’employeur moins longue et au coût plus prévisible (si ce n'est moins coûteux) les ruptures de contrat de travail. 

De ce point de vue, les ordonnances Pénicaud sont allées relativement loin dans cette direction, la mesure la plus forte et la plus visible étant le plafonnement des dédommagements accordés par le juge en cas de licenciement considéré comme illégal. 

On ne pourra voir que dans la durée (plusieurs années) si ces mesures suffisent à inverser la tendance à toujours plus de contrats courts. Jusqu’à présent, l’exemple de l’Espagne, qui est allée très loin dans cette direction depuis 2012, n’est pas extrêmement probant. 

Les autres pays européens ont également des règles d’indemnisation du chômage qui favorisent moins les situation d’enfermement dans la précarité. 

C’est pourquoi l’on peut regretter que le débat français sur l’assurance chômage se concentre sur le sujet assez marginal de l’indemnisation du travail indépendant, que personne n’avait demandé et qu’il délaisse les règles rappelées ci-dessus qui contribuent à la précarité… ! 

 
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Bertrand Martinot

Bertrand Martinot est économiste, ancien délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle. Co-auteur notamment, avec Franck Morel, de "Un autre droit du travail est possible" (Fayard, mai 2016). 

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