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"Macron : le pari osé du pluralisme”, vraiment ? Pourquoi le gouvernement Philippe I est politiquement beaucoup plus uniforme que la plupart des gouvernements de gauche ou de droite des 20 dernières années

Ce 18 mai, le quotidien Le Monde titrait​ " Macron : le défi osé du pluralisme", en faisant référence aux différentes composantes du nouveau gouvernement nommé le 17 mai. Pourtant, en regardant de plus près les personnalités qui le composent, on pourrait parler d'une certaine uniformité dans la pensée, autour du "cercle de la raison".

Cercle de la raison

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"Macron : le pari osé du pluralisme”, vraiment ? Pourquoi le gouvernement Philippe I est politiquement beaucoup plus uniforme que la plupart des gouvernements de gauche ou de droite des 20 dernières années

Atlantico : Ne peut-on pas y voir dans la composition du gouvernement une forme de reprise en main politique ?

Christophe Bouillaud : Oui, vous avez raison de faire remarquer le côté pour le moins trompeur du titre choisi ce 18 mai par le principal quotidien de référence. Parler de pluralisme à propos du gouvernement nommé le 17 mai est certes sans doute exact du point de vue de l’origine partisane de ses principaux membres, mais cela me parait totalement erroné si l’on considère les grandes options économiques, sociales et culturelles de tous ces nouveaux ministres. Ils sont tous effectivement bien inscrits par leurs paroles, leurs actions, ou simplement par leur carrière précédente à leur entrée dans ce ministère, dans le « cercle de la raison ».

On se croirait un peu en 1820 ou en 1840 tant les « capacités » sont présentes dans ce ministère.

Le seul qui parait un peu décalé par rapport à tous ses nouveaux collègues, bien ancrés dans une réussite professionnelle ou politique jouée selon les règles ordinaires de leur métier respectif,n’est autre que Nicolas Hulot,pour autant qu’on se laisse aller à croire à la sincérité de ses convictions. En effet, il  prétend porter un discours écologique et social qui pourrait signifier la rupture totale avec le monde tel qu’il va. Il a cependant lui aussi quelque expérience à faire valoir lui aussi de rapports étroits avec le pouvoir politique de l’heure. Rappelons qu’il a déjà été à l’origine du « Grenelle de l’environnement » au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, puis qu’il a été nommé représentant spécial de la France par François Hollande lors de la « Conférence de Paris »/COP 21. De ce point de vue, il est significatif que le chef de gouvernement ait annoncé la nomination d’un médiateur pour dénouer l’affaire de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Cela correspond d’évidence au fait que N. Hulot veut apparaître comme le garant d’une véritable prise en compte des enjeux écologiques au sein de ce cénacle qui ne parait guère a priori devoir s’en préoccuper.

Je ne crois pas par contre qu’on puisse parler d’une forme de reprise en main politique. Ce gouvernement correspond simplement au centrisme affiché par Emmanuel Macron lors de sa campagne. Il s’agit juste de la mise en œuvre de l’union de tous les modérés. Par contre, il est vrai qu’une partie de l’électorat, avide de renouveler le personnel politique, pourrait se sentir floué en constatant la présence au gouvernement de vieux routiers de la politique comme le nouveau ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. En même temps, la présence de ces grognards de la politique permet aussi de rassurer ce même électorat centriste qui a voté Macron pour le changement, mais surtout pas pour l’aventure ou l’amateurisme !

Quel est le danger d'une telle uniformité de pensée sur les questions européennes notamment ? En quoi l'absence de contradiction au sein même du gouvernement peut-elle marquer une rupture, notamment face à une population qui semble plutôt "décalée", idéologiquement, sur ces questions ?

C’est sûr qu’à première vue tous ces nouveaux ministres ont une vue très positive de l’Union européenne. Les voix un peu critiques à ce sujet dans les deux grands partis traditionnels de gouvernement, le PS et les Républicains, ne sont pas du tout présents dans ce gouvernement. Ce dernier se trouve ainsi aligné sur la position d’un européisme de stricte obédience. Là encore, il ne s’agit que de la mise en œuvre de ce qui a été annoncé lors de sa campagne par Emmanuel Macron. Ce dernier est à 100% pour l’Union européenne. Il ne veut en plus que des avancées dans l’intégration européenne. Dont acte.

 
Commentaires

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  • Par Anouman - 19/05/2017 - 10:33 - Signaler un abus Uniforme

    Il est vrai que les ministres donnent une image uniforme d'incompétence. C'est sans doute ce qu'aime les Français...

  • Par Aldel - 19/05/2017 - 13:34 - Signaler un abus Majorité d'idée et compétence

    1) Il faut bien reconnaitre que ce gouvernement transcrit dans la réalité ce qui est dit depuis longtemps : il y a moins de distance entre la droite de LR et la gauche du PS qu'entre les extrêmes de ces deux partis. 2) aussi, on peut ne pas partager cette majorité d'idée, il faut reconnaitre que beaucoup de ministres ont été choisis pour leur compétences dans leurs domaines. Pour ne donner qu'un exemple, le ministre de l'éducation n'était pas connu du grand public, mais est visiblement quelqu'un qui connait très bien son sujet.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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