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La longue et difficile quête du CDI chez les jeunes diplômés

Longtemps épargnés par la crise, les jeunes diplômés en souffrent désormais. 11% d'entre eux ne parviennent pas à trouver un emploi stable dans les années suivant la fin de leur cursus scolaire. Ce n'est pourtant pas une fatalité.

La valeur des diplômes, partie 2

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La longue et difficile quête du CDI chez les jeunes diplômés

Diplômes de CAP / Selon l'INSEE, près de 10% des jeunes diplômés d'un cursus long sont au chômage dans les quatre premières années suivant leur sortie du cursus scolaire Crédit Reuters

Atlantico : Les jeunes ont été particulièrement touchés par la crise de 2008-2009. Selon l'INSEE, près de 10% des jeunes diplômés d'un cursus long sont au chômage dans les quatre premières années suivant leur sortie du cursus scolaire, ce chiffre montant à 11% pour les études supérieures courtes. Comment expliquer ce chiffre relativement élevé ? 

Olivier Galland : On ne peut pas parler de jeunes diplômés en général. En effet, il y a une grande hétérogénéité parmi les diplômés. D’abord, ce qu’il faut dire en préambule, est que le diplôme reste un atout considérable par rapport au chômage. Il vaut mieux être diplômé que non diplômé quand on est au chômage.

Ce que montrent les différentes études du CEREQ est que l'avantage du diplôme s'est accru. La situation des diplômés s’est dégradée avec la crise, c’est évident, mais elle s’est moins dégradée que celle des non-diplômés. Ensuite, il y a une grande hétérogénéité de diplômes. Il y a des filières qui protègent bien contre le chômage et d'autres qui protègent moins bien. Notamment dans les filières de lettres et de sciences sociales, les étudiants rencontrent plus de difficultés à se stabiliser dans l'emploi.

Aujourd’hui, il est rare d’obtenir un CDI immédiatement après ses études. La plupart des jeunes, au sortir de leurs études, connaissent une période de transition plus ou moins longue, qui va être faite de chômage, de CDD, de stages éventuellement. Jusqu’à ce qu’ils accèdent à ce fameux CDI. Il y a donc deux périodes à la suite des études : une période de transition et de tâtonnement et une période de stabilisation. Pour les diplômés du supérieur en moyenne, après 25 ans, 80 % accèdent à ce CDI. 

Comment appréhendez-vous ce chiffre au quotidien ?

Jessica Gratuze : La situation pour les jeunes diplômés est de plus en plus précaire, mais il existe des différences entre les cursus. A compétences égales, l’accès à l’emploi va s’avérer plus facile pour un jeune diplômé d’une "grande école", grâce au prestige de l’école et du diplôme. Ceci est valable pour les diplômés quittant les bancs de l’école mais aussi pour ceux déjà sur le marché du travail.

Un autre élément est à prendre en considération. Après mes études, pendant presque 4 ans, j’ai enchainé les CDD saisonniers. Mon parcours est pour certains recruteurs un frein à l’embauche, car instable. Les recruteurs veulent des gens diplômés et expérimentés. Sans emploi, pas d’expérience.

Les diplômes sont en quelque sorte "dévalorisés" par le marché du travail que ce soit au niveau des compétences mais aussi du salaire. Cette situation est d’autant plus catastrophique qu’elle pousse les jeunes à quitter la France pour l’étranger, où ils seront reconnus à leur juste valeur.

Les chiffres du chômage mettent principalement en exergue la situation relative aux jeunes et aux seniors. Les jeunes, trentenaires, diplômés, compétents, et sans emploi sont-ils les "oubliés" du chômage ? En quoi ? Comment ressentez-vous cette mise à l'écart ?

Jessica Gratuze : Bien sûr, ce sont les grands oubliés du chômage. Cette catégorie de "chômeurs" n'est jamais évoquée par le gouvernement ou par les médias. Des jeunes comme moi, diplômés d'un DUT, puis d'une licence, puis d'un master 2 se retrouvent eux aussi sans emploi et de longue durée. Rien n’est fait pour nous. De qui parle-t’on quand on parle de chômage ? Des jeunes sans diplômes et des séniors.

Deux mesures me viennent à l’esprit pour illustrer ces propos. D'abord, les emplois d’avenir (selon cette source) qui concernent les jeunes de 16 à 25 ans (jusqu’à 30 ans pour les jeunes reconnus travailleurs handicapés), sans diplôme ou titulaires d'un CAP/BEP, en recherche d'emploi. A titre exceptionnel, sont concernés aussi jusqu’au niveau bac+3, les jeunes sans emploi résidant dans une zone urbaine sensible (ZUS), une zone de revitalisation rurale (ZRR) ou outre-mer. Ensuite, les contrats de génération (selon cette source) qui concernent des salariés jeunes et seniors des entreprises de 300 salariés et plus, soit 800 000 jeunes de moins de 26 ans et 400 000 seniors de 57 ans et plus.

N'est-ce pas justifié par le fait que ces jeunes diplômés sont les plus susceptibles de trouver rapidement du travail ?

Olivier Galland : La raison est objective. Effectivement, les seniors et les jeunes diplômés ont des taux de chômage plus élevés. Maintenant, c'est sûr qu'avec la crise très profonde qu'on connaît depuis 2008, les diplômés eux aussi ont été impactés par cette crise, ont connu une période plus longue avant de trouver un emploi, ont touché un salaire d’embauche revu à la baisse, etc. Ils ont donc, bien sûr, été impactés par la crise mais de façon moins violente que les non-diplômés et les faiblement diplômés.

Postuler, surtout en Ile-de-France, avec un trou de plusieurs années sur son CV est-il une tare ? Comment se manifestent les difficultés ?

Jessica Gratuze : Il est très compliqué de justifier un trou dans un CV. Un jour, un recruteur me contacte pour me proposer un poste sans que je n’ai postulé. La conversation commence et elle me dit " je dois vous dire que de toute façon, un trou dans un CV, dans l’hôtellerie à Paris est très mal vu.  Dans ma société, on ne comprend pas ça". Je souhaite à cette personne de conserver son emploi et de ne pas se retrouver au chômage. Je suis encore sans emploi, parce que je n’ai pas trouvé le poste qui me correspond. Je refuse de perdre espoir et de devoir prendre un job alimentaire. Je veux y croire encore. Mais il va falloir être réaliste…

Que doivent faire ces jeunes diplômés pour "se vendre" efficacement sur le marché du travail après plusieurs années de chômage ? Leur est-il conseillé de partir à l’étranger ?

Olivier Galland : La proportion de ceux qui ont connu plusieurs années de chômage après leurs études ne représentent pas la situation moyenne des jeunes diplômés du supérieur. La situation moyenne est plutôt d’avoir un certain nombre de CDD qui s’enchaînent et qui finissent par déboucher sur une stabilisation.

 
Commentaires

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  • Par un_lecteur - 25/02/2014 - 07:15 - Signaler un abus Article bien leger

    Dans ce genre d'enquête, il est nécessaire de prendre en compte le type de formation. Entre un BTS "fluides energie environnement" Et un bac + 5 licence en sociologie a nanterre, il n'y a rien de commun. http://m.gralon.net/articles/commerce-et-societe/artisanat/le-plombier-metier-et-formation-3587.html Sociologie "pas de débouché clairement identifie" http://www.aeres-evaluation.fr/content/download/20934/321441/file/D2014-EV-0921204J-S3LI140007231-004286-RD.pdf Il vaut mieux travailler sur des éviers bouches que choisir des filières bouchées.

  • Par groumpf - 25/02/2014 - 08:01 - Signaler un abus ben

    Toujours pas compris ce besoin impérieux de CDI. Il s'agit d'un besoin impérieux d'être rassuré, de limiter les risques, c'est symptomatique d'un pays qui ne veut pas prendre de risques et cherche la sécurité à tout prix. Tout ceci à un coût. Et finalement boulet premier représente l'élu idéal des français à la recherche de la sécurité ultime qui leur permettra de traverser la vie sans risques.

  • Par tubixray - 25/02/2014 - 11:02 - Signaler un abus CDI = obsolète ?

    Choix judicieux que donner la parole à une jeune femme diplomée et sans emploi dont la situation illustre le sujet de façon magistrale. Nous allons parvenir à un constat implacable: à part la fonction publique et les entreprises d'état, le nombre de CDI dans le secteur privé devient dérisoire (20% des contrats de travail il me semble). Il va falloir que notre société arrête de se référencer à un marqueur en voie de disparition (emprunts) sinon il n'y aura plus que les fonctionnaires et assimilés qui pourront se loger ou acheter un véhicule à crédit. C'est clair l'ascenseur social dégringole pire qu'à la tour infernale de Disney Studios !

  • Par Ravidelacreche - 25/02/2014 - 12:32 - Signaler un abus Parmi les métiers les plus exposés

    - Branleur de dindons - Comportementaliste canin - Voix de la SNCF - Feutier - Journaliste Et surtout gardiens de phare ils ont un grand horizon mais pas d'avenir.

  • Par pemmore - 25/02/2014 - 14:01 - Signaler un abus Il n'y a pas d'ajustement de l'offre et la demande, c'est tout,

    on sait qu'il n'y aura pas de place à prévoir dans le professorat, mais on charge la bourrique, l'EN est une machine folle, par contre on manque de dentistes, d'ophtalmos et autres spécialistes. Pour la R&D les entreprises, et c'est suicidaire, n'investissent plus, quand aux places de cadres, les entreprises se rendent compte que c'est contreproductif de chercher à l'extérieur du personnel qui ne sera jamais intégré et ont intérêt à faire de la formation interne. Et tous ces gens formés qui coûtent une fortune à la société, il vaut mieux ne pas les former du tout et les limiter aux métiers qui recherchent comme soudeurs, le recyclage, la charcuterie, la poissonnerie, les abattoirs,l'agroalimentaire.etc

  • Par Anemone - 25/02/2014 - 15:08 - Signaler un abus rebof

    En effet, deuxième article qui me fait écrire "bof". Mais je suis peut être minoritaire. . Je ne supporte pas d'être en CDI : au bout de quelques années (le + que j'ai fait est 7 ans! un record!), je démissionne. . Comment peut on avoir pour finalité d'une vie, un seul et unique boulot toute la vie? . Il faut changer, expérimenter, créer, inventer, VIVRE quoi! . Un échec permet de rebondir et de se remettre en question. Et parfois un échec permet une revalorisation et une réussite de sa vie. . Il est vrai que c'était plus facile il y a quelques années, maintenant c'est plus difficile, surtout depuis 2 ans. Mais ça motive!

  • Par Ory-Nick - 25/02/2014 - 17:18 - Signaler un abus Titulaire d'un BTS MAI...

    ... et sortie de l'école en juillet 2011, j'ai étais débauché par l'un des plus gros employeur de ma région. En septembre, je commençais un CDI en technico-commercial, à 10min de chez moi, confortable, interessant, passionnant, sans routine. Bref, du tout bon, qui correspondait pile à mes envies. Ce qui ne m'empèche pas, si l'envie me prend, de changer plus tard, fort de cette expérience et des compétences acquises de façon sereine (sans avoir peur de la précarité). - Je fais ce que j'aime, et j'aime ce que je fais. - A ceux qui critiquent vertement les CDI, sachez qu'il s'agit d'une clé d'importance. En effet, j'ai acquérir mon propre véhicule, économiser pour m'offrir la vie que j'espère (et dont je ne ferais aps plus étalage), et vivre exactement comme je le souhaite, avec horaires variables, vacancs, une équipe qui déchire, etc... - Alors oui, le CDI représente une sécurité, mais c'est quasiment indispensable pour entreprendre certains projets.

  • Par jerem - 25/02/2014 - 19:19 - Signaler un abus et c'est reparti pour un tour

    "Les diplômes sont en quelque sorte "dévalorisés" par le marché du travail que ce soit au niveau des compétences mais aussi du salaire. Cette situation est d’autant plus catastrophique qu’elle pousse les jeunes à quitter la France pour l’étranger, où ils seront reconnus à leur juste valeur." oui en attendant les chomeurs de moins de 25 ans en Grande Bretagne représentent 12% de leur classe d'age (les 15-24 ans - actifs et non actifs) contre 9% en france . Et c'est sur qu'avec seulement 55% de jeunes encore scolarisés a 18 ans les britanniques font tres fort dans la connaissance au sens Barosso et Europe de niceet de lisbonne (l'europe de la connaissance) .... quand la france a encore 77% et l'allemagne 80% de ses jeunes de 18 ans encore scolarisés et pas seulement pour faire des filieres en archéologie ou en psy

  • Par G6K - 25/02/2014 - 20:11 - Signaler un abus La critique est facile

    La critique est facile quand on a un salaire bien confortable qui tombe sur son compte en banque le 28 de chaque mois, qu'on a pu louer un logement grace a son cdi, obtenir un credit pour s'acheter son bel appart et sa voiture, qu'on peut partir en vacances tous les 3 mois et se faire plaisir quand on en a envie... Ah oui, la critique est facile. En attendant, je ne souhaite à personne de se retrouver sans emploi même si ca remettrait les pendules à l'heure à certains. Quand au fait du CDI, quand comme l'intéressée, on a fait les saisons, arrive un moment ou on a envie de se construire une vie, une famille, avoir un appartement et arreter de déménager tous les 5 mois, se construire une vie sociale.... Mais ça on ne peut pas comprendre quand on ne l'a pas vécu. Il est facile de parler, de commenter et de critiquer. Encore faut-il savoir de quoi l'on parle.

  • Par Satan - 25/02/2014 - 20:54 - Signaler un abus ça critique les fonctionnaires mais ça veut du CDI

    quelle belle bande de bouffons ces Français!

  • Par Ory-Nick - 26/02/2014 - 11:57 - Signaler un abus @G6K

    Un des gros problème est ce besoin bien français de se doter de moutles diplomes... En oubliant que de nombreuses entreprises permettent de bonnes perspectives d'avenir... Beaucoup de jeunes sont surdiplomé ! La preuve ? Je ne sais pas si s'en est une, mais tout mes camarades de BTS qui se sont lancé vers des études plus hautes sont en inactivité la plus totale. Pourquoi ? Principale raison : ils sont surdiplomés. Autre raison ? Ils se sont trop spécialisé, ou dans un domaine qui n'est pas porteur. Rien que c'est deux points peuvent disqualifier beaucoup de prétendants... Quand je pense que les profs m'ont poussé vers un master.. franchement, j'ai bien fais de suivre mon propre avis.

  • Par Ory-Nick - 26/02/2014 - 12:03 - Signaler un abus @Satan

    Allons, allons ! Un fonctionnaire a une sécurité de l'emploi que n'aura JAMAIS un salarié du privé sous CDI. Le fonctionnaire n'a aucune obligation de résultats. Il n'y a qu'à voir la façon dont son traité les bénéficiaires.

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Olivier Galland - Jessica Gratuze

Olivier Galland est sociologue et directeur de recherche au CNRS. Il est spécialiste des questions sur la jeunesse.

Jessica Gratuze est une stéphanoise de 29 ans. Diplômée en 2007 d’un Master 2 en Management du Tourisme, elle est entrée sur le marché du travail. Ne trouvant pas d'emploi, elle est partie en Espagne pendant 1 an faire de l'animation. A son retour en France, elle a fait des saisons dans le domaine de l’hôtellerie. En 2010, elle a voulu se stabiliser professionnellement. Elle a trouvé un emploi jusqu'en juin 2012. 1 an et 8 mois après, elle est toujours inscrite au Pôle Emploi.


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