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Loi de renseignement : défendre la République, oui mais en défendant les libertés

Une tribune d'Edouard Philippe, membre de l'UMP, député de la 7e circonscription de la Seine-Maritime, maire du Havre et président de la communauté de l'agglomération havraise et porte-parole d'Alain Juppé.

Tribune

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Loi de renseignement : défendre la République, oui mais en défendant les libertés

Un buste de Marianne.  Crédit Reuters

Après les évènements de janvier et le récent attentat de Tunis, il existe en France un consensus sur la nécessité de lutter contre le terrorisme et de s’en donner les moyens.

Il est heureux que cette unité nationale existe. Il est compréhensible que le gouvernement veuille en profiter pour, le plus rapidement possible, faire adopter les mesures auxquelles il croit.

Il n’est pas absolument certain que la meilleure réponse soit une loi supplémentaire votée dans l’urgence mais enfin, dans un monde d’émotions, où l’immédiateté de la réaction est souvent confondue avec l’action elle-même, pourquoi pas ?

Mais ce consensus ne doit pas être un unanimisme qui priverait de toute lucidité, et empêcherait toute réflexion. Il ne doit pas rendre sourd aux critiques et aux nombreuses interrogations que soulève le projet de loi sur le renseignement, non seulement chez les défenseurs des droits de l’Homme mais également au sein de l’opposition républicaine et jusque chez les éditorialistes de la presse étrangère.

Ce texte présente certes un intérêt : celui de fournir une ébauche de « loi cadre » pour les services de renseignement. Il y avait eu une première tentative de Michel Rocard en 1990 et, en 2007, la création d’une Délégation parlementaire au Renseignement par Nicolas Sarkozy. Définir leurs objectifs et admettre le rôle essentiel qui est le leur dans la défense de nos valeurs et de nos intérêts primordiaux est une excellente chose. Reconnaître l’existence d’une communauté du renseignement  rassemblant les services des ministères de la Défense, de l’Intérieur et de l’Économie et des Finances appelés à mettre en œuvre des techniques « extra-ordinaires » de collecte et d’exploitation en est une autre, qui ne peut que favoriser le partage des informations et l’émergence d’une culture du renseignement qui a longtemps fait défaut en France. Le Renseignement est une politique publique qu’une démocratie sûre d’elle-même et de ses valeurs se doit d’assurer et d’assumer.

Celle loi a aussi une ambition : faire face à la menace globale que constitue « le terrorisme » et assurer la sécurité des Français en renforçant l'arsenal juridique déjà existant et plus particulièrement les moyens d'action des services de renseignement. Passons sur le côté irritant du discours actuel qui consiste à viser une technique opératoire : le terrorisme, plutôt qu’à désigner un ennemi : le djihadisme politico-militaire. Car, à ne pas nommer les menaces, on se condamne à les comprendre mal. Ce texte nous permet-t-il d’être mieux armés face à cette menace globale ? Croit-on réellement que l’instrumentalisation des hébergeurs et des prestataires de cryptologie, que le blocage des sites et la surveillance systématique des données personnelles – pardon, il ne s’agirait que des données de connexion ! - suffiront à réduire un adversaire qui dispose dorénavant de bases territoriales étendues, de moyens financiers significatifs et de solidarités nombreuses et actives ? Non, il y faudra une action diplomatique de tous les instants, des actions militaires d’envergure et d’autres plus ciblées relevant des opérations spéciales. Pense-t-on au moins qu’ils permettront de déceler des menaces imminentes et de prévoir des passages à l’acte sur notre territoire ? Les dispositifs actuels le font déjà, même s’ils n’ont empêché ni Toulouse, ni Bruxelles, ni Paris. L’équipée sanglante des frères Kouachi et d’Amédy Coulibaly appelle sans doute à améliorer encore notre dispositif policier et nos réponses répressives, mais elle pose surtout à la société française la question urgente de son « réarmement moral » et de la réaffirmation de valeurs et d’un patriotisme auxquels tous les Français, quelles que soient leurs origines, doivent pouvoir adhérer sans réserves.

 
Commentaires

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  • Par Pig - 08/04/2015 - 19:38 - Signaler un abus J'adhère des quatre mains

    C'est comme si en mai 40 nous avions dit : les tanks, voilà notre ennemi, il nous faut une loi tank !

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Édouard Philippe

Édouard Philippe est membre de l'UMP. Il est député de la 7e circonscription de la Seine-Maritime, maire du Havre, président de la communauté de l'agglomération havraise et porte-parole d'Alain Juppé.

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