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La logique derrière la brutalité assumée par Bachar El Assad

Bachar El Assad est une nouvelle fois accusé d'avoir mené une attaque à l'arme chimique sur sa population. Des agissements condamnés comme toujours par la communauté internationale, mais le président syrien semble bel et bien intouchable. Une riposte de la part de l'Occident semble en effet improbable.

Immobilisme occidental

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La logique derrière la brutalité assumée par Bachar El Assad

 Crédit Reuters

Atlantico : Alors que le régime Syrien est accusé d'avoir conduit une nouvelle fois une attaque chimique sur sa population, une riposte conjointe de la France et des États-Unis pourrait voir le jour, en raison de ce nouveau franchissement de la "ligne rouge". Cependant, et comme le suggère Thanassis Cambanis dans un article de The Atlantic, une telle attaque chimique aurait sa propre logique pour Bachar El Assad; la probabilité qu'une riposte d'ampleur puisse voir le jour étant aujourd'hui faible, le résultat serait ainsi de démontrer aux opposants la réalité de leur isolement, et de leur défaite annoncée.

Peut-on réellement considérer qu'une telle attaque, si celle ci est confirmée, pourrait avoir été conduite délibérément à cette fin ?

Alain Rodier : Tout d’abord, quitte à faire hurler tous les "va-t’en guerre" politiques et médiatiques qui appellent à des bombardements massifs contre le régime syrien, il conviendrait que l’information de "frappe chimique" sur la Douma soit confirmée. Même le célèbre Observatoire syrien des Droits de l’Homme qui, selon la presse, "entretient un vaste réseau d’observateurs" en Syrie, s’est dit incapable de confirmer la réalité de la nature chimique de la frappe gouvernementale syrienne.

Il est facile d’appeler à une action guerrière quand cela n’engage que les autres : ceux qui la mènent et les victimes provoquées dans le camp d’en face. Une petite visite aux blessés de guerre français pourrait peut-être éclairer si cela est encore possible (et l’auteur en doute) certains "intellectuels" français belliqueux. Il faut reconnaître que le président Macron l’a fait tout au début de son mandat … avant de virer le chef d’Etat-major des Armées, mais pour d'autres raisons !

La responsabilité du décideur politique est immense : il a droit de vie et de mort (et de blessures entraînant des handicaps à vie) sur ses compatriotes qu’il envoie au combat et sur l’adversaire désigné - pertes collatérales comprises -. Alors, si l’on décide de risquer la vie de ses administrés et de neutraliser l'ennemi (en clair de tuer "proprement", c’est-à-dire en n’employant pas des moyens prohibés comme les bombes à sous-munitions, les mines anti-personnels, etc. - que les US, les Russes, les Chinois, les Indiens, les Israéliens, les Iraniens, etc. s'autorisent), encore faut-il le faire pour de bonnes raisons vérifiées et pas sur des "on dit" repris en choeur par les intellectuels prédateurs. Un petit rappel aux dirigeants politiques dont le premier (et seul ?) souci est d’être réélu : dans l’Histoire, les vainqueurs militaires n’ont jamais été récompensés ensuite par leurs électeurs. Ils ont généralement été mis à l’écart avant de pouvoir revenir pour des raisons intérieures purement (Churchill, de Gaulle, etc.). Aujourd’hui, les citoyens sont surtout intéressés - à juste titre - par leur situation personnelle, par l’avenir de leurs enfants et pas par les aventures militaires extérieures.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 10/04/2018 - 09:22 - Signaler un abus Questionnement légitime:

    « les explosions chimiques proviennent-elles des projectiles lancés, ou des stocks entassés par les islamistes au milieu des civils? » la réponse à cette question changerait foncièrement la façon d’appréhender le problème Syrien, non? Mais les bisounours occidentaux pratiquent tellement l’enfumage médiatique, qu’ils se font prendre à leur propre enfumage...ils ne sont plus écoutés! Encore moins suivis...

  • Par cagnotte - 10/04/2018 - 09:32 - Signaler un abus Pour la Chine, c'est encore un mensonge sous faux drapeau!

    D'abord cette citation de l'art de la guerre du général chinois des royaumes combattants Sun Tzu: « La guerre a le mensonge pour fondement et le profit pour ressort. » Ensuite , ce que pensent les chinois actuels de toute cette furie qui justifient toujours des guerres basées sur des mensonges! Extrait de "Global Times": Les accusations que les pays occidentaux ont lancées contre la Russie sont basées sur des arrière-pensées, tout comme les Chinois utilisent l’expression ‘cela pourrait bien être vrai’ pour saisir une bonne occasion. D’un point de vue neutre, les principes et la logique diplomatique qui sous-tendent ces efforts draconiens sont bancals, sans parler du fait que cette expulsion quasi simultanée de diplomates russes est une forme grossière de comportement. De telles actions ont peu d’impact, si ce n’est augmenter l’hostilité et la haine entre la Russie et ses homologues occidentaux. (…) Le fait que les grandes puissances occidentales puissent se regrouper et ‘condamner’ un pays étranger sans suivre les procédures que les autres pays − respectueux des principes fondamentaux du droit international − suivent, est effrayant.

  • Par cagnotte - 10/04/2018 - 09:49 - Signaler un abus Il faut attaquer Macron sur sa politique étrangère!

    Chirac a été le dernier président français dignede ce nom en politique étrangère! Il n'a pas cru aux mensonges de CPowells avec sa petite fiole de poison et ses photos truquées ar la CIA! Il a tenté d’arrêter ctte guerre désastreuses d'Irak conte les USA et la perfide Albion !Le rapport Chilcot lui a donné raison et a montré les crimes de guerre du gouvernement britannique de Blair Depuis nos 3 derniers présidents se sont couchés devant la boite à mensonges de la CIA et le MI6 :l'OTAN Macron nous engage dangereusement dans des actions très proches des américains, contre nos propres intérêts. Comme Hollande , notre petite armée lui permet de se glorifier vis à vis des anglo saxons. Mais il se trompe. Il n'est qu'un petit à exploiter

  • Par Philippe1024 - 10/04/2018 - 10:04 - Signaler un abus ancien haut diplomate européen?

    C'est qui cet homme cité? J'ai peur qu'il ait raison, même si je réduirait au niveau inconscient cette envie des responsables politiques actuels de vouloir la guerre pour redistribuer les cartes. Je ne pense pas que ce soit le cas de Macron, mais je perçois chez lui un léger côté "va t'en guerre" qui peut aboutir au final au même résultat.

  • Par Geolion - 10/04/2018 - 11:08 - Signaler un abus Sondage Figaro

    Selon le FIgaro, 72% des farnçais sont ou seraient opposés à une frappe en Syrie. Par le résultat de ce vote il apparait qu'un certain nombre de citoyens français cautionnerait le gazage de populations civiles par Assad et est serait près de se soumettre à la dictature syrienne et pourquoi pas à la dictature "religieuse" qui nous pose problème ! C'est scandaleux et inadmissible !

  • Par WhiteWalker - 10/04/2018 - 11:41 - Signaler un abus Merci à Alain Rodier

    qui connait bien son sujet, de renvoyer dans leurs buts les "intellectuels prédateurs" va-t-en guerre. Les allégations d'attaques chimiques sont plus que douteuses. Ne faisons pas les guerres des autres.

  • Par LouisArmandCremet - 10/04/2018 - 12:03 - Signaler un abus Sous-munitions

    Nous n'utilisons pas de bombes à sous munitions mais on a quand même rasé Mossoul ouest, et il restent encore les corps de milliers de civils sous les gravats. Je ne dis pas qu'il ne fallait pas le faire, mais je dis qu'on ne fait pas mieux que syriens, russes ou iraniens.et qu'on est mal placé pour jouer les chevaliers blancs et donner des leçons !

  • Par Citoyen-libre - 10/04/2018 - 13:32 - Signaler un abus Et les Citoyens ?

    Quand l'intégrité du pays n'est pas menacé, les citoyens devraient être consultés, sur le bien fondé à aller bombarder un autre pays. Décidément nous serons toujours les larbins des américains.

  • Par 2bout - 10/04/2018 - 14:50 - Signaler un abus Il y a toujours un début, de bonnes raisons, ...

    Au commencement de l'opération Barkhane (juillet 2014), les effectifs engagés sont les suivants : 3 000 militaires, 200 véhicules logistiques, 200 blindés, 4 drones, 6 avions de combat, une dizaine d’avions de transport et une vingtaine d’hélicoptères. Le nombre des effectifs augmente par la suite : début 2018, 4 500 militaires sont mobilisés … et quelques pertes collatérales.

  • Par ajm - 10/04/2018 - 15:21 - Signaler un abus Rien à faire de la Syrie.

    Assad est une ordure qui combat d'autres ordures locales. La France n'a aucun intérêt stratégique ou même simplement significatif en Syrie , pays sous-développé et de surcroît, en ruine. Si les Russes ont envie de depenser leur argent ( qui est directement lié au cours du brut et du gaz) et leurs soldats dans ce bourbier grand bien leur fasse.

  • Par JonSnow - 10/04/2018 - 15:45 - Signaler un abus Titre et questions très orientés!

    Face à l'attitude du journaliste qui ne doute pas un instant - sans preuves - de la responsabilité d'Assad dans l'attaque présumée à l'arme chimique, M. Rodier, vrai spécialiste répond par la prudence du bon sens! Le raisonnement cité de The Atlantic est tordu à souhait et simplement ridicule! Le montage de djihadistes en perdition est le plus probable dans cette affaire!

  • Par JonSnow - 10/04/2018 - 15:52 - Signaler un abus @geolion

    Désolé, vous n'avez rien compris. Si 72% des Français (en tous cas les lecteurs du Figaro) n'approuvent pas les frappes aériennes, ce n'est pas forcément parce qu'ils se fichent de la Syrie, c'est aussi parce que beaucoup, à lire les commentaires, doutent que ce soit le régime qui soit responsable des dernières attaques chimiques. Cela sent le montage a plein nez, comme l'année dernière. A qui profite le crime? Certainement pas à Assad qui était sur le point de gagner complètement la bataille de la Ghouta. Or, cette attaque sert les djihadistes, en leur faisant espérer un bombardement massif des US. Il faut réfléchir un peu et ne pas avaler la propagande de nos médias mainstream nourris par la CIA et le MI6. Allez voir ce que Alain Juillet en pense.

  • Par 2bout - 10/04/2018 - 18:01 - Signaler un abus Le feu au Moyen-Orient,

    que les raisons soient bonnes ou mauvaises, et le Pétrole flambe. Et finissent par tirer les marrons du feu, les russes, les pétromonarchies et bien sur, les USA.

  • Par vingttroisavril - 10/04/2018 - 18:23 - Signaler un abus manipulations et fausses nouvelles

    sans tomber dans le complotisme on sent bien que les anglo-saxons aux ordres des"pétro-dollars" n'arrivent plus à maitriser le monde alors on essaye n'importe quoi pour ressouder leur pré-carré mais c'est "foutu" alors pourquoi E.Macron se croit obligé de suivre ,quelques pétro-dollars à récupérer sans doute.

  • Par cloette - 10/04/2018 - 18:25 - Signaler un abus assad est une ordure mais

    certains commentaires font allusion à un montage , (JonSnow) , tout est possible en ce monde de brutes

  • Par Deudeuche - 10/04/2018 - 19:53 - Signaler un abus @jonsnow

    Merci de rappeler l’évidence à Geolion.

  • Par cloette - 10/04/2018 - 20:07 - Signaler un abus pas logique

    Assad était en train de gagner sa guerre contre Goutha, quel besoin d'aller faire cela, ça ne tient pas debout . Guerre froide, et envie de guerre contre Poutine, ils en crèvent tous d'envie ! Il y a eu le gros mensonge des armes chimiques pour l'Irak , et quand on entend Bernard Guetta ....no comment !

  • Par ajm - 10/04/2018 - 22:25 - Signaler un abus Situation de toute façon explosive.

    Assad gagne uniquement, et c'est pas mal pour lui, la survie de son régime et du clan Alaouite qui le soutient . Mais il ne contrôlera jamais la totalité de son pays . Par ailleurs, la Syrie est ruinée, soumise à de multiples embargos et ce n'est pas la Russie qui voudra et pourra faire quoique que ce soit sur ce plan. A moins que la Chine y trouve un intérêt, mais cela est douteux car cette dernière cherche à developper une route à travers l'Asie Centrale vers l'Europe , la Syrie est excentrée et sous embargo, donc inutilisable. Par ailleurs, tous ces plans font l"impasse sur l'Iran, très présent maintenant dans ce pays et voulant peut-être en découdre avec Israël. La paix n'est pas pour demain.

  • Par ajm - 10/04/2018 - 22:45 - Signaler un abus Poudrière.

    Vingttroisavril: vous ne voulez pas tomber dans le complotisme mais néanmoins vos histoires de pétrodollars font partie du manuel élémentaire de complotisme A vrai dire, s'il y a un pays qui a intérêt à maintenir de très bons rapports avec les pays producteurs du golfe et d'Arabie ( la Syrie ne compte pratiquemenr pas sur ce plan, en plus ses ressources se trouvent dans les zones en conflit) c'est bien la Russie dont l'essentiel des exportations repose sur les exportations de pétrole et de gaz. Hors la question du cours du brut est vital pour elle. Pour l'instant, l'Arabie Saoudite a intérêt au maintien d'un cours correct, ce qui arrange bien les producteurs US de gaz de schiste mais un trop grand soutien Russe à l'axe Chiite , à travers l'Iran, pourrait remettre en cause cette politique, l'Arabie Saoudite poussant volontairement la production de l'Aramco pour faire chuter les cours, comme elle l'a fait il y a quelques années. La Russie est engagée dans un jeu très compliquée avec des parties prenantes aux intérêts opposées qui pourrait lui exploser à la figure. Poutine le sait bien et n'a pas envie d'aller trop loin dans cette poudrière mais il est déjà dedans

  • Par Christophe Cordonnier - 11/04/2018 - 08:43 - Signaler un abus Humboldt

    Je suis un "intellectuel" français travaillant depuis plus de vingt ans dans les pays de l'ex-URSS et contemplant la réalité française de loin, mais trop souvent avec amertume. Nos intellectu-aillons hexagonaux semblent trop souvent ne guère dépasser la limite du périphérique de Paris dans leurs analyses internationales. Quel bonheur de savourer les vôtres monsieur Rodier et de voir qu'il existe en France encore un champ pour ce qui pourrait être une vraie logique alternative, celle qui positionnerait la France à la croisée des chemins entre les puissances dominantes mais déclinantes et celles qui émergent. Dans ce grand re-balancement du monde, où tous les coups sont joués pour mettre les opinions publiques de tel ou tel côté, les risques d'embrasement planétaires semblent croître de jour en jour. La France doit retrouver sa place au-dessus de la mêlée.

  • Par jurgio - 11/04/2018 - 12:36 - Signaler un abus Et si on se disait qu'en Syrie

    ce ne sont pas nos affaires ?

  • Par moneo - 11/04/2018 - 16:51 - Signaler un abus Merci Monsieur Rodier

    Qu'allons nous faire dans cette galère?un ersatz Napoléonien?

  • Par Alain Rousseau - 11/04/2018 - 18:35 - Signaler un abus Alain Rousseau

    Merci monsieur Rodier votre analyse met à mal les messages belliqueux et stupides des médias décérébrés

  • Par Gré - 11/04/2018 - 20:53 - Signaler un abus A quoi bon mentir ?

    Pourquoi nos dirigeants se donnent-ils tant de mal pour justifier leurs décisions belliqueuses ? On sait très bien que seuls leurs intérêts et ceux de leurs sponsors comptent. On sait très bien que leurs grandes indignations droits-de-l'hommistes ne sont que parade. Si nos potentats nous jettent dans la guerre, qu'ils sachent au moins que nous n'étions pas dupes.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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