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La France souffre
d'anosognosie collective !

Anosognosie : c'est la maladie "en vogue", celle de Jacques Chirac et de Liliane Bettencourt. A cause d'elle on oublie le mal dont on souffre. A bien y regarder, l'ensemble de notre société semble concernée...

Petits oublis entre amis

Publié le

Après Jacques Chirac, voilà donc, avec Liliane Bettencourt, une deuxième victime célèbre de la dernière maladie à la mode : l'anosognosie ou perte de conscience de la pathologie dont on souffre.

On se gardera, naturellement, d'ironiser sur un sujet aussi grave. En revanche, on peut légitimement se demander si cette notion n'est pas un tantinet dangereuse et, à l'opposé, si les Français, voire les Occidentaux en général, ne seraient pas atteints d'anosognosie collective.

Il existe en effet un parallèle historique étrange entre les maladies du corps économique et les maux qui accablent et vont jusqu'à terrasser les individus. Prenons la crise cardiaque.

Ce fut la grand' peur des années 1930, au moment où l'économie capitaliste fut confrontée à une attaque brutale qui faillit la mettre à bas. Dans les années 1960 et 1970, le mal de l'époque s'appelait cancer, qui détraquait le bon fonctionnement des organes vitaux. On le soignait par de la cortisone qui faisait boursoufler. Tout cela faisait un peu penser à l'inflation. Au milieu des années 1980 et durant toutes les années 1990 sévit le Sida. Précisément le moment où les politiques publiques contra-cycliques perdaient leur efficacité face au chômage. Le corps économique et le corps individuel étaient privés de leurs défenses naturelles.

Toutes ces maladies, personnelles ou sociales, subsistent. Aucune n'est éradiquée, elles se cumulent mais ont perdu leur caractère incontrôlé, leur sauvagerie. Leur propagation est canalisée. Elles font en quelque sorte partie du patrimoine pathologique collectif.

Aujourd'hui, avec Alzheimer, un nouveau démon menace les peuples. Il frappe, il inquiète, il coûte cher, on ne sait comment l'arrêter. Pour se rassurer, on a donné un nom technique à une de ses manifestations les plus spectaculaires : l'anosognosie. Elle consiste à ne plus réaliser qu'on est atteint d'une maladie. La victime n'a plus conscience de son désarroi.

On pourrait concevoir cet état comme un soulagement. Après tout, est-on vraiment malade si l'on n'en est pas conscient ? Cela renvoie à des débats très subtils sur le réel et sa perception.

Mais passons ... Pour surtout s'inquiéter d'une notion qui repose sur le fait qu’autrui vous déclare malade alors que vous-même vous estimez bien portant. On en voit l'illustration avec les dénégations de Madame Bettencourt, prête à quitter le pays qui la considère comme atteinte d'un mal la privant de ses pleines facultés intellectuelles. Elle ne voit pas les choses de la même manière que l'État et ses agents (juges et psychiatres). Mais ces derniers auront le dernier mot.

On sent bien que tout ceci peut tourner au cauchemar, renvoyer à quelque "vol au-dessus d'un nid de coucous", à des pratiques totalitaires où le dissident est considéré comme un malade. Il fallait être fou pour ne pas reconnaître les mérites du communisme, n'est-ce pas ? Qui fait le sage, qui fait l'insensé ?

En tout cas, si l'on veut bien accorder du crédit à notre parallèle entre l'individuel et le collectif, il sera aisé d'admettre que la France est atteinte d'anosognosie collective.

Prenons la primaire socialiste. Son vainqueur, François Hollande - aujourd'hui la personne la mieux placée pour devenir Président de la République ! - tient un discours où la crise économique paraît étrangement absente. Il n’est plus question de l’ankylose de l'État, de la désindustrialisation, des déficits en tout genre. Les maux dont souffre la France viennent de ce qu'elle n'est pas dirigée par la bonne personne, résume-t-il hardiment. Il assume : Sarkozy écarté, tout s'arrangera ; c'est la réalité ré-enchantée, le retour du rêve français, dit-il en amplifiant d’ailleurs une thématique déjà présente dans le discours du président sortant.

On ne peut être accusé de mensonge puisqu'on avoue faire rêver. C'est la quadrature de l'abdication, l'anosognosie collective : la France ne saura plus qu'elle est malade. Du reste, cette incantation, cet appel aux pouvoirs magiques du rêve a également cours dans le discours d'Obama. Puisque les mystères de la crise nous échappent, feignons d'en être les metteurs en scène ! Point n'est besoin d'être devin pour prédire des réveils douloureux …

 
Commentaires

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  • Par ZOEDUBATO - 19/10/2011 - 08:22 - Signaler un abus C'est exact et une des causes est le pouvoir et l'argent

    Pour garder un pouvoir obtenu par défaut la Gauche depuis 1981 divise pour régner et renforce les égoïsme des communautés et clans structurés. D'où l'explosion de demandes égoïstes et des pouvoirs de nuisances capables d'empêcher toute remise en ligne de ces revendications partisanes avec l'intérêt général. Alors pour faire croire à une maîtrise du système les politiques ont légalisé ces égoïsmes

  • Par Cap2006 - 19/10/2011 - 08:33 - Signaler un abus titre prometteur... pour une analyse partisane

    L'auteur décrit d'une façon originale les maux de nos sociétés modernes... Il a hélas lui même oublié que le pays est gouverné depuis 10ans par la même équipe...et depuis 2007, par un volontarisme capable de tout surmonter, d'aller chercher la croissance avec les dents...etc... La France a surtout oublié qu'elle a la capacité à imposer sa petite musique dans ce vaste monde... tous ensemble.

  • Par Duluoz - 19/10/2011 - 10:37 - Signaler un abus La Crise ?

    La crise c'est la crise des banques, des financiers, des voeleurs en col blanc, et c'est eux qui paieront, pas nous ! La dette, c'est pas ma dette, c'est pas la nôtre, qu'ils se débrouillent avec leurs dettes : il faut fermer la bourse et renvoyer les agences de notations à la niche !

  • Par ZOEDUBATO - 19/10/2011 - 11:57 - Signaler un abus La crise c'est trop d'Etat avec trop de moyens

    , trop de dépenses sans compter, trop de personnel, d'avantages, de privilèges, de juge et partie dans la shère d'Etat, . Pas assez de soutien au privé pour des postes créant des richesses, pas assez de banques, d'entrepreneurs, d'investisseurs, de manufactures. La crise c'est les fonctionnaires qui se croient propriétaires de toutes les richesses et des revenus du travail des privés

  • Par Ravidelacreche - 19/10/2011 - 12:24 - Signaler un abus Propagation ou...

    vecteur Tout organisme qui permet la transmission d'un agent infectieux : l'anophèle est le vecteur du paludisme, la puce celui de la peste.Celui de l'anosognosie la presse etc...

  • Par ropib - 19/10/2011 - 12:50 - Signaler un abus la maladie

    C'est de ne pas voir toutes les opportunités qui s'offrent à nous, à droite ou à gacueh, c'est de ne pas vouloir le changement, ou de ne le concevoir que comme un retour au 19è siècle. Le matérialisme est mort, maintenant autant à l'ouest qu'à l'est, il faut savoir sortir des révolutions, la Révolution industrielle n'est pas une exception. Cessons de fantasmer sur un monde qui n'est plus là.

  • Par laurentso - 19/10/2011 - 14:10 - Signaler un abus François Hollande tient un discours où la crise est absente ?

    Ah bon.

  • Par alankin - 19/10/2011 - 15:08 - Signaler un abus il a raison

    Car prétendre "éradiquer" la dérive parce que l'on change de parti et de personne est une imposture. on ne sait trop si ce sont des rêves électoraux, une inconscience ou une incompétence. cela se traduit en disant : la france n'a pas de problèmes à régler, juste le changement de présidence suffira..

  • Par alankin - 19/10/2011 - 15:10 - Signaler un abus bien entendu...

    faire croire que la hausse d'impôt est l'unique solution revient à dire que, à part cela, la France n'a aucuns problèmes.. Or, tout le monde sait bien que les problèmes sont ailleurs.

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Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.

Il est l'auteur du livre L'Enfumeur, (Ixelles Editions, 2013) et de Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, (Ixelles Editions, 2014).

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