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Lettre à tous les twittophobes qui méprisent le plaisir de twitter

Twitter rendrait "stupide" ou favoriserait la "décrépitude de la pensée" : les critiques contre les réseaux sociaux se multiplient. Le magistrat Philippe Bilger les défend ardemment, savourant son plaisir de twitter.

Geek-philo

Publié le

Depuis quelque temps, il est devenu de bon ton de dénoncer la prolifération des blogs, de se demander "lequel rend le plus idiot, Facebook ou Twitter" et de déplorer, à cause de ces modes de communication d'aujourd'hui, "la décrépitude de la pensée" (Marianne, Le Monde).

A vrai dire, je n'aurais pas eu envie de m'aventurer sur ce terrain si dans un portrait sulpicien de Christiane Taubira par Agathe Logeart (Le Nouvel Observateur), celle-ci bizarrement ne m'avait pas traité de "blogueur compulsif" comme pour me punir de ne pas avoir été un inconditionnel de cette ministre cependant estimée. Compulsif parce qu'écrivant un billet seulement tous les deux jours ? Apparemment je sais ne pas succomber durant un certain temps, sans trop d'angoisse, à cette force prétendue irrésistible.

Mais derrière ce qualificatif qui vise le blogueur, n'est-ce pas plutôt l'exercice du blog qui est incriminé, ce genre étrange où des citoyens se piquent de vouloir écrire sur des sujets réservés aux journalistes et qui, outrage suprême, dament le pion parfois à ceux-ci ?

Je ne suis pas sur Facebook et je n'ai aucune envie de m'y trouver. Je m'adonne aux tweets depuis quelques mois seulement mais j'avoue y prendre un plaisir infini. Je ressens comme une agréable et honorable dépendance. Quant au blog, je le tiens avec le plus de régularité possible depuis le mois de novembre 2005 et au mois d'octobre 2011 j'ai eu le droit de l'élargir à tout ce que ma condition de magistrat m'interdisait.

Je devine que ces procès qui s'en prennent à ce qu'on donne l'impression de ne plus maîtriser sont inévitables.

Il y a eu l'offensive à l'encontre d'Internet avec cette tendance de l'esprit humain paresseux, faute de savoir combattre le pire, de prétendre aussi engloutir, dans le néant, le meilleur. Alors qu'il suffisait et qu'il suffit toujours de prendre ce que la modernité pointue offre et d'en faire un usage lucide et responsable. Ce n'est pas Internet qui est coupable mais les faibles qui s'en rendent victimes.

Pour Twitter, il en est de même.

Immédiatement, sans que j'aie eu même besoin de réfléchir à ce partage, j'ai perçu que le blog s'attacherait non pas forcément à du sérieux et à du grave mais en tout cas à ce qui pour être exposé et discuté exigerait de la place et du temps. Le dérisoire et le futile peuvent avoir droit de cité mais ils ne seront pas obligatoirement traités à la légère. Le blog exige une tenue, une cohérence, une argumentation et s'il s'abandonne aux paradoxes, il ne se défera pas pourtant d'une logique qui tentera de donner du prix à ses foucades. Le blog permet beaucoup mais n'autorise pas tout.
Entre le silence et le blog, Twitter est venu miraculeusement s'intercaler.

En 140 signes - quelle belle ascèse pour les gens qui comme moi n'ont jamais eu le temps pour faire court !-, la pensée (mais oui, elle peut exister), la saillie, la dérision, la moquerie, le sarcasme, l'acidité, l'interrogation, le compliment, la critique, l'analyse (mais sommaire !), l'éloge, la reconnaissance, la nostalgie, l'estime, l'admiration, la détestation, la contradiction, l'information de première main ou reprise sont susceptibles de s'exprimer, se présentent sans fard ni apprêt car la densité obligatoire de la forme contraint le fond à se structurer avec économie mais précision. Ils passent si vite, ces 140 signes, et rien de plus exaltant que d'enlever, de retirer parce que, sans cette opération qui n'est pas un arrachement mais une volupté, cette fragile communication à laquelle on a la faiblesse de tenir ne verrait pas le jour.

 
Commentaires

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  • Par sam84 - 05/08/2012 - 11:18 - Signaler un abus C'est dans les yeux des autres

    Que nous existons en tant qu'individus singulier Le tweet,n'est pas un mode de communication,mais une mode de la com a diffusion des anonymes en mal de réel communication La perversité fictive de cette activité de com (pub) renforce l'isolement et l'individualisme

  • Par Ravidelacreche - 05/08/2012 - 11:38 - Signaler un abus le plaisir de twitter

    Cancaner sur les autres est certainement un défaut, mais c’est une vertu quand c’est appliqué à soi-même. Nelson Mandela Source : Cancaner sur les autres est certainement un défaut, mais c’est une vertu quand c’est appliqué à soi-même. | Blog Dicocitations - Dico citationsSource

  • Par phoenix - 06/08/2012 - 09:43 - Signaler un abus si seulement certains pouvait comprendre

    et la je pense plutot a un grand nombre qui se contente de twitter des truc sans suite dans les idées. twitter est malheuresement est un tres bon revelateur de l´absence de pensée de certains (ancienne ministres ?). je ne m´y interesse aucunement, mais apres tout, la liberté d´expression s´applique aussi a exposé sa stupidité. si certains arrivent a en sortir des choses positives, felicitations

  • Par Vincennes - 06/08/2012 - 19:47 - Signaler un abus @Phoenix....vous êtes dur lorsque vous écrivez :

    "que le tweet est,malheureusement, un très bon révélateur de l'absence de pensée"......avez vous oublié que, récemment, la compagne de m.petites blagues avait fait un tweet qui restera dans les annales?

  • Par Vincennes - 06/08/2012 - 22:53 - Signaler un abus "twittophobent" qui en +, mépriseraient le plaisir de twitter!!

    Que de mots excessifs car, perso, ce n'est pas parce que je n'éprouve pas le besoin de twitter que je n'existe pas!! et, comme vous, je communique, j'écris, je parle mais d'une façon différente......chacun étant libre de twitter ou non et libre de ses pensées,également. Franchement, je vous préfèrais dans votre ex/fonction et j'aurais "souhaité" que vous donniez votre avis, quant à la situation du Juge Courroye "déplacé" par le Gouvernement Ayrault/Hollande, qui prônait portant l'indépendance de la Justice sans pour cela hésiter, afin de récupérer Nanterre. Bonne soirée

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Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il est l'auteur de " la France en miettes" aux éditions Fayard.

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