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Langues, marchés, mariages : qu'est-ce qui unit encore la société française d'aujourd'hui ?

Conflits, affrontements polémiques... Notre quotidien se noie sous les informations de ce qui nous divise, sous les constats de nos désunions.Au point de faire parfois oublier l'autre versant, tout aussi immense, celui de nos attachements, de nos retrouvailles, de nos solidarités. De quelle nature est donc ce lien humain, qui se tient à l'arrière-plan des déchirures ? Est-il inné ? Pluriel ? Spontané ? Sans cesse à construire ? Extrait de "Qu'est-ce qui nous unit ?", de Roger-Pol Droit, publié chez Plon (2/2).

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Langues, marchés, mariages : qu'est-ce qui unit encore la société française d'aujourd'hui ?

Avant qu’il y ait des grammaires, des langues mises en forme, des linguistes pour les étudier, il existe un circuit des échanges de phrases. Dans ce circuit, des gens parlent, s’échangent des questions et des réponses, des alertes, des ordres, des suppliques, des récits, des éloges… peu importe.

La langue est bien un outil utilisé par des gens qui souhaitent se transmettre des données, mais pas seulement ! L’approche utilitariste n’est pas totalement fausse, mais elle ne correspond qu’à une strate superficielle. Au lieu de penser que des « locuteurs » – préexistants, interchangeables – s’emparent de tel ou tel idiome, mieux vaudrait s’exercer à penser qu’ils n’existent comme locuteurs qu’en raison de la langue qu’ils parlent. La langue génère l’ensemble des circuits, elle délimite les places de ceux qui parlent, elle organise la configuration des échanges verbaux ou écrits.

Il en va de même des marchés. Ce qui nous unit, de manière fondatrice, ce sont aussi des circuits d’échanges de biens, de marchandises, de flux financiers. Leurs formes ont considérablement varié au cours de l’histoire – du troc primitif au marché financier mondialisé, en passant par les foires des sociétés agricoles, l’import-export des sociétés industrialisées, les places boursières du monde capitaliste. L’impact de cette diversité est décisif, mais le point central ne doit pas être oublié : le marché organise les échanges, il découpe les places de chacun avant que les sujets ne s’y insèrent.

Dire que cette configuration préalable constitue une matrice où les individus et leurs actes vont prendre place n’implique pas que tout se trouve pré- établi, contenu en germe dans cet agencement. Un rôle important revient aux décisions des acteurs, à leurs émotions et leurs raisonnements. Mais l’ensemble se développe au sein d’une relation préalable, qui rend possibles, et pour une part délimite, les processus d’échanges. Ce qui nous unit se tient aussi dans ce circuit préexistant.

Un renversement de perspective du même type s’applique également à la famille. Il existe toujours un circuit antérieur. Avant le « nous » de la famille d’aujourd’hui, avant ses échanges actuels, avant le « je » de chacun de ses membres, il existe un réseau d’événements anciens, de paroles oubliées ou masquées, de fantasmes souterrains. Au fil des générations, s’y sont échangés récits et souvenirs, désirs et rancœurs, ressentiments et admirations, vengeances et secrets. Son impact est crucial. Lui non plus ne conditionne pas le « nous » du présent de manière implacable et rigide, mais il contribue à le configurer. Ce qui nous unit est constitué de ces échanges anciens et enfouis.

A une autre échelle, l’anthropologie contemporaine a établi comment toutes les formes de familles humaines étaient fondées sur des échanges de membres, organisés par les différentes modalités de prohibition de l’inceste et par les règles de parenté et de mariage qu’elles permettent d’élaborer. Un circuit des échanges humains est la condition nécessaire de l’existence des familles, quelles que soient la civilisation ou l’époque considérées. Là encore, cet échange ne prescrit nullement, dans son détail, la forme de la famille, encore moins son histoire.

 
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  • Par vangog - 30/08/2015 - 22:14 - Signaler un abus Verbeux, inutile et prétentieux...

    ...un science-pipoteur, quoi!

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Roger-Pol Droit

Ecrivain, philosophe, chercheur au CNRS, enseignant à Sciences-Po, Roger-Pol Droit est l'auteur d'une vingtaine de livres, dont plusieurs traduits dans le monde entier. Il écrit régulièrement dans Le Monde, Le Point et Les Echos. Avec Petites expériences de Philosophie entre amis (Plon, 2012), il retrouve la veine des 101 expériences de philosophie quotidienne, best-seller mondial traduit en 23 langues, l'alliance d'écriture limpide, tantôt poétique tantôt drôle, d'imagination débordante qui a fait son succès. (Voir www.rpdroit.com)

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