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Laïcité à la Macron : quelques arguments pour l’applaudir

Jeudi dernier, le président Emmanuel Macron adressait ses voeux aux cultes. Il a prononcé un discours sur la responsabilité de l'Etat dans la cohésion et le suivi des cultes et a demandé à "chacun de respecter constamment et absolument toutes les règles de la République".

Voeux aux cultes

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Laïcité à la Macron : quelques arguments pour l’applaudir

Atlantico : « Je ne demanderai jamais à quelque citoyen français que ce soit d’être modérément dans sa religion ou de croire modérément ou comme il faudrait  en son Dieu. Ça n’aurait que peu de sens. Mais je demanderai à chacun de respecter constamment et absolument toutes les règles de la République ». Au regard de ces vœux adressés aux cultes  par Emmanuel Macron, à quoi ressemblera son quinquennat sur le plan de la laïcité ? 

Bertrand Vergely : Cette déclaration d’Emmanuel Maxron appelle trois remarques. 

     1) Il y a quelque chose de juste dans cette déclaration  à savoir l’idée que la notion de religion modérée et de foi modérée est inepte.  Quand on croit en Dieu on ne croit pas en lui parce que l’on croit modérément mais parce qu’on y croit.

Ayons modérément foi en Dieu. Cela revient à dire qu’on n’y croit pas. D’où l’ineptie des medias quand, croyant bien faire, ceux-ci distinguent parmi les musulmans les musulmans modérés des autres, les fanatiques, avec l’idée qu’un bon musulman est un musulman modéré qui ne croit pas trop ou plus trop,  un musulman inquiétant ou dangereux étant un musulmans qui croit vraiment. À consommer avec modération, disent les publicités pour l’alcool. Que l’on sache l’Islam n’est pas un alcool, celui-ci étant interdit. Or, dans l’expression musulman modéré = bon  musulman, de fait le bon Islam est traité comme un alcool. Sans le vouloir, les medias sont islamophobes. Ce qui n’est pas le cas d’Emmanul Macron ;

 C’est voltaire, avec son obsession du fanatisme,  qui a instillé l’idée que la bonne religion est une religion modérée qui ne croit pas trop.   Ironie de Voltaire.  Justesse en revanche d’Emmanuel Macron. Paradoxe cependant aussi. Voltaire étant le père de la laïcité avec son idée de religion modérée, en allant contre cette idée, force est de constater qu’Emmanuel Macron adopte une position qui, religieusement correcte, est inacceptable sur le plan de la laïcité. 

     2) Les religions peuvent être religieuses et vraiment croire, dit Emmanuel Macron. À une condition toutefois : qu’elles observent absolument et constamment les règles de la République. Cette phrase sonne curieusement. Pourquoi ce besoin de dire qu’il faut observer absolument et constamment les règles de la République ? Les observer suffit. A quoi bon rajouter de l’absolu dans cette obéissance ? La République n’est pas une religion que l’on sache. Or, ici elle est traitée comme telle. Ce rajout ressemble furieusement au besoin de se faire pardonner, un besoin se formulant ainsi : « Je permets à la religion d’être religieuse, ce qui est religieusement correct mais inacceptable pour la laïcité, mais pour me faire pardonner je demande à la religion religieuse de faire de la République une religion. Et, avec de l’absolu mis partout, dans la religion comme dans la politiquer, je réconcilie tout le monde. En conséquence de quoi, par la République vécue comme un absolu je redeviens laïc, l’absolu de la religion ne pouvant avoir lieu que dans l’absolu de la République ». Emmanuel Macron n’est pas, comme Vincent Peillon, désireux de faire de la laïcité une religion. Il n’en demeure pas moins que son propos reprend ce que la République a toujours utilisé pour bâtir une République laïque à savoir la République et la laïcité vécues comme religion. 

 
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  • Par GP13 - 12/01/2018 - 11:32 - Signaler un abus Excellent

    1905 marque le succès de l'athéisme de l’État. C'est un peu comme si la réponse au pourquoi de l'existence de l'homme avait été trouvée, comme si l'homme était lui même son créateur et donc la source unique du droit, de la justice, de la morale..... Cette thèse a été largement diffusée au vingtième siècle avec les résultats terribles qui restent gravés dans nos mémoires.

  • Par Deudeuche - 12/01/2018 - 13:39 - Signaler un abus @GP13

    Tout à fait, ayant grandi dans la petite URSS qu’etaIt la petite couronne parisienne avant qu’elle ne devienne un Califat informel, la laïcité telle qu’elle est « pratiquée «  est une religion d’atheisme d’Etat résolument anti chrétienne et plus prosaïque vis à vis d’autres religion. Elle ne tolère aucun dissident et ses agents de l’EN veille à l’orthodoxie. Si vous avez le malheur de faire un « coming out » Chrétien vous pouvez être sur d’etre mis au ban de votre famille du groupe et de la société. Le siège de cet état d’esprit se situe à Paris où les loges et autres cercles de pouvoir veillent à rendre notre société en marche vers les lendemains societaux qui chantent. La promenade aura un terme....inch Allah.

  • Par cloette - 12/01/2018 - 21:18 - Signaler un abus Il faut dire messieurs

    que le clergé se terre, ou ne sait qu'affirmer et sa fidélité en la laïcité et ce qui est contradictoire son amour pour l'Islam via les migrants .

  • Par Deudeuche - 13/01/2018 - 08:18 - Signaler un abus @cloette

    Le christianisme ce n’est pas un clergé mais des chrétiens. Le catholicisme non chrétien alias non pratiquant nous a mené ou nous en sommes. Structurellement on s’en tape de ce que dit fait ou pas le clergé quelque soit la dénomination chrétienne.

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Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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