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Pourquoi la nouvelle police de l’alimentation ne protégera pas mieux les consommateurs

La commission d'enquête parlementaire chargée de l'affaire Lactalis a rendu ses conclusions. La création d'une autorité unique de sécurité alimentaire est notamment envisagée. Quel serait l'effet d'une telle mesure ? Existe-t-il des carences en matière de sécurité alimentaire ? Le scandale Lactalis aurait-il pu être évité ?

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Pourquoi la nouvelle police de l’alimentation ne protégera pas mieux les consommateurs

 Crédit DAMIEN MEYER / AFP

Atlantico : La commission d'enquête parlementaire chargée de l'affaire Lactalis a rendu ses conclusions : elle prône notamment la création d'une autorité unique de sécurité alimentaire. Quel serait l'effet d'une telle mesure ?

Bruno Parmentier : En matière de sécurité alimentaire, nous avons actuellement trois intervenants, qui sont supposés se compléter, avec des logiques différentes, mais qui inévitablement se marchent sur les pieds : la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, qui dépend du Ministère de l’économie, la Direction générale de la santé, qui dépend du Ministère de la santé, et la Direction générale de l’alimentation, qui dépend du Ministère de l’agriculture. On peut donc comprendre l’idée de la Commission d’enquête parlementaire de la création d’une police unique de l’alimentation.

Si on la met sur pied, quel est le Ministre qui va commander, et donc quelle est la logique qui sera prioritaire ? De plus, les crises sanitaires ne sont pas uniquement le fait de l’alimentation : si on réalise une telle évolution, qui s’occupera d’une crise liée à un shampooing ou un produit d’entretien ?

Et n’oublions pas que derrière les commissions et les administrations, il y a des hommes et des femmes, qui ont toujours une marge d’appréciation, de négligence ou d’erreur. Prenons par exemple le cas de l’œuf au Fipronil Belge. On est devant un cas de fraude caractérisée d’une petite entreprise hollandaise qui a été achetée ce produit tout à fait légalement en Roumanie (il est autorisé en Europe pour les chiens et les chats) pour l’insérer illégalement dans un désinfectant destiné aux poulaillers belges. Quand les contrôleurs belges s’aperçoivent qu’il y a des traces infimes de Fibronil dans des œufs belges (ce qui, soit dit en passant, est une véritable performance), ils savent que les risques pour la santé du consommateur sont quasiment nuls mais que le scandale qu’ils produiront en dénonçant publiquement et brutalement les faits risque de ruiner la filière avicole de leur pays, qui est très exportatrice. Ils préfèrent donc régler discrètement le problème avec les élevages belges, ce qui rend furieux les Allemands qui, eux, sont fortement importateurs d’œufs Belges. Rien n’est simple. Et rappelons néanmoins que, malgré l’émotion internationale que cet incident a provoquée, il n’y a pas eu une seule hospitalisation liée à ce scandale, ni a fortiori de décès, justifiant a posteriori quelque peu la prudence médiatique des contrôleurs belges...

Bref, il faudra voir à l’usage et il n’est absolument pas sûr qu’une seule police de l’alimentation soit plus efficace que trois !

En fait, comme le dit la Commission d’enquête, la question est d’abord culturelle, il faut « contrôler les contrôleurs et contrôler les contrôles » ! On apprend incidemment au passage que le laboratoire qui contrôlait Lactalis effectue 90 % de son chiffre d’affaires avec cette seule entreprise ; son indépendance ne peut être que très relative et ce fut donc une faute de ne pas le contrôler lui-même plus régulièrement et plus efficacement. Et très probablement, comme dans le cas du Fipronil ou de la lasagne, c’est parce que l’opinion publique, en particulier à travers les médias, s’est passionné pour la question que l’ensemble de la chaîne a été fortement secouée.

 
Commentaires

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  • Par moneo - 19/07/2018 - 10:53 - Signaler un abus excellent article

    qui remet les pendules à l'heure... ce qui pourrait faire l'objet de recherche, c'est la création d étiquettes informatiques qui pourraient afficher à distance un message style stop ne plus manger. en cas de nécessité Il y a là un marché de milliards de milliards d' 'etiquettes...

  • Par DANIEL74000 - 19/07/2018 - 11:11 - Signaler un abus DROIT DIVIN

    Encore une commission, des enquêtes poubelles et des Administrations et autres Autorités en dessus des Lois. La prison punit le contribuable mais non le criminel et n'indemnise pas la victime.La Loi Napoléon était bien faite, le criminel devait payer et la responsabilité de sa famille était engagée jusqu'à la 6 ème génération. Mais cela avant les juges rouges et l'ENM !! Pollueur/payeur.

  • Par gerint - 19/07/2018 - 11:20 - Signaler un abus Et les médicaments ?

    Pas tellement ceux prescrits pour des maladies graves qui doivent faire accepter les risques mais ceux parfois majeurs qui sont distribués pour des maladies bénignes mais qui exposent à des risques statistiquement ténus mais sans doute bien plus élevés que les aliments, par exemple l’Aspirine (saignements)

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Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéroManger tous et bien et Nourrir l’humanité. Aujourd’hui, il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

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