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Journée du paludisme : mais en fait, où en est la France du retour des moustiques infectés avec le réchauffement climatique ?

Pour la première fois depuis trois ans le paludisme est en recrudescence. Un danger pour l'Afrique, où la maladie prolifère essentiellement, mais également pour d'autres pays.

Journée mondiale de lutte contre paludisme

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Journée du paludisme : mais en fait, où en est la France du retour des moustiques infectés avec le réchauffement climatique ?

 

Atlantico : En 2016, on a dénombré 216 millions nouveaux cas de paludisme selon l'OMS, ayant causé 445 000.décès. Si cette maladie touche essentiellement l'Afrique aujourd'hui, quel est le risque qu'elle réapparaisse dans les pays du Nord, et notamment en France ?

Stéphane Gayet : Le paludisme fait partie des maladies à vecteur ou vectorielles. Son agent infectieux est un parasite microscopique unicellulaire, le plasmodium ; son vecteur est un moustique, l'anophèle. Avec les maladies à vecteur, nous avons affaire à un mode de transmission bien particulier, étant donné que les agents infectieux utilisent un arthropode (un insecte ou un arachnide) pour assurer leur transmission d’un individu à un autre. En règle générale, le vecteur est à la fois indispensable et spécifique, ne pouvant être substitué.

Beaucoup de ces maladies infectieuses, qu’elles soient humaines ou animales, concernent des pays tropicaux, mais plusieurs d'entre elles sont peu ou prou présentes en Europe occidentale (infection à virus West Nile, encéphalite à tique, fièvres à phlébotome, leishmanioses, fièvre catarrhale ovine, rickettsioses, babésioses, maladie de Lyme, dengue, chikungunya...).

Sur le plan épidémiologique (fréquence et répartition des maladies), les systèmes vectoriels sont constitués de trois principaux éléments biologiques (l’agent infectieux, le vecteur et le vertébré hôte) qui ont des relations étroites entre eux ainsi qu'avec l’environnement. Ce sont de ce fait des systèmes épidémiologiques complexes, dont le fonctionnement demeure incomplètement connu. On comprend qu’ils soient sensibles aux changements de l'environnement, en particulier aux variations climatiques. Une modification durable du climat peut théoriquement affecter chacun des trois composants du système vectoriel, soit de façon directe, soit indirectement par action sur l’écosystème au sein duquel ils vivent.

De nombreuses régions d’Europe étaient autrefois impaludées, cela depuis le néolithique (période préhistorique la plus récente de l'âge de pierre). L’endémie européenne de paludisme a été éradiquée au début du XXe siècle, sans pour autant qu'il y ait eu une disparition du vecteur. L’élimination du paludisme en Europe n'a pas été liée non plus à des modifications climatiques, mais aux progrès accomplis dans les domaines socioéconomique et sanitaire. Il faut insister sur ce point : les anophèles sont bien présents en Europe. Mais il manque trois facteurs clé pour qu'une endémie palustre puisse s'y réinstaller. En premier, une population suffisante de personnes impaludées, auprès desquelles les anophèles femelles pourraient s'infester par un "repas sanguin". En deuxième, la présence de nombreux réservoirs d'eau douce stagnante près des habitations. En troisième, une température ambiante favorable au développement rapide des anophèles à partir des œufs pondus dans l'eau. Les deux premiers facteurs sont indépendants du climat, mais sont liés à l'état sanitaire et à la salubrité de la région concernée. Le troisième est proprement climatique. C'est lorsque les trois conditions sont remplies que l'on observe une forte endémie, telle qu'en Afrique subsaharienne et dans plusieurs pays d'Asie du Sud-Est.

 
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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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