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Journée de l'Europe : ces réussites qu'on ne voit plus et qui pourraient pourtant servir de modèle pour relancer l'Union (si, si elles existent vraiment)

Lundi 9 mai est le jour de la fête de l'Europe... mais aussi le jour où l'Eurogroupe se rencontre pour discuter du cas grec, sa plus grosse défaite depuis la fondation de la Communauté. Si l'on voit de plus en plus l'Europe comme un échec, c'est aussi parce qu'on ne regarde pas assez ce qui marche. Et il se pourrait que la solution à la situation de crise actuelle se trouve précisément dans ce qui fonctionne.

Points forts

Publié le - Mis à jour le 13 Mai 2016
Journée de l'Europe : ces réussites qu'on ne voit plus et qui pourraient pourtant servir de modèle pour relancer l'Union (si, si elles existent vraiment)

Atlantico : Cette année, la journée de l'Europe coïncide avec une réunion de l'Eurogroupe visant à trouver une solution à ce qui est, peut-être, son plus grand échec, la crise grecque. A l'inverse, quelles sont les grandes réussites les plus concrètes de l'Union européenne ?

Jean-Paul Betbeze : Commençons par parler de la crise grecque, aujourd’hui plus aigüe que jamais. Elle vient du fait que le pays a été admis dans la zone euro pour des raisons historiques et culturelles certes, mais surtout géopolitiques (par rapport à la Russie et à la Turquie, pour être présent sur cette diagonale). Il n’a pas vu non plus ses comptes audités, chaque pays étant supposé "responsable", encore une fois pour des raisons politiques.

Surtout, la zone euro pâtit de ne pas avoir suffisamment travaillé sur sa stratégie, autrement dit sur sa politique au sens le plus général du terme, et sur les moyens qu’il fallait pour la mettre en œuvre, et les risques à ne pas le faire.

Dans ce contexte, la grande réussite de l’Union européenne est d’avoir donné naissance à la zone euro, autrement dit à la deuxième monnaie du monde, en l’espace de quelques années. Cette zone, on le voit, a subi beaucoup de crises, crises internes mais aussi et surtout crises venant de la crise mondiale. Reconnaissons que, jusqu’à maintenant, elle a bien résisté, même dans notre univers de plus en plus complexe, même avec nos tensions internes. Le fait qu’elle a résisté prouve que les liens entre ses membres l’emportent sur les dissensions qui peuvent naître entre eux. Mais il ne faudrait pas continuer sans avancées.

Aujourd’hui, avec la Grèce, le Brexit, les problèmes politiques qu’on voit en Espagne, au Portugal, en Allemagne ou en France, il est clair qu’il faut aller au-delà de la logique en cours. Si l’euro est le point fédéral de la zone, il doit être complété par un budget plus important, lui-même fédéral. Bien sûr, ceci voudra dire qu’il devra y avoir de nouvelles négociations et de nouveaux partages de responsabilités entre membres. L’idée n’est pas d’aller vers une voie fédérale uniformisée, mais de travailler vers une zone euro où des parties seraient plus fédérales, par exemple pour la recherche ou la défense, d’autres plus nationales et d’autres plus régionales et inter-régionales. 

Sylvie Goulard : J’en citerais trois. La première ce sont les programmes Erasmus  / Erasmus + qui rapprochent les jeunes Européens. Leur succès prouve une envie partagée de faire vivre l’Europe.

La deuxième, c’est l’accompagnement des pays d’Europe centrale et orientale, asservis par l’URSS, vers la démocratie. La situation tragique de l’Ukraine montre ce qui aurait pu se produire si nous avions laissé cette partie du continent sans perspectives. Naturellement, l’Etat de droit et la démocratie ne sont jamais acquis, comme on le voit en Hongrie ou en Pologne. Mais, dans ce contexte, l’Union européenne est une référence précieuse pour les forces démocratiques. Les manifestations contre le gouvernement ultra-conservateur polonais ce week-end l’ont encore prouvé par exemple.

Troisièmement, l’euro a su, en quelques années, asseoir sa crédibilité comme devise mondiale. C’est pourquoi le commentaire sur la Grèce est trop lapidaire. La zone euro est inachevée, des erreurs ont été commises au niveau européen comme au FMI, c’est vrai, et en Grèce, la population a énormément souffert. La situation n’est pas encore stabilisée. Il est toutefois injuste d’attribuer toutes les défaillances à l’Europe alors que, dans la zone euro, la responsabilité des politiques économiques et sociales reste largement nationale. Si, avant la crise, le pays n’avait pas cédé à la facilité des hausses de salaires et du crédit, s’il s’était doté d’une administration fiscale moderne en mesure de traquer la fraude et la corruption, s’il s’était conformé aux engagements pris, il n’y aurait pas eu de plans de secours, ni d’austérité. Il serait temps d’attribuer avec plus de discernement les mérites ou les blâmes. Si en France, l’école ou la formation professionnelle sont défaillantes, si le logement est cher, ce n’est pas "la faute à l’Europe" non plus mais aux gouvernements qui ont mal géré le pays depuis une trentaine d’années.

 
Commentaires

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  • Par Lafayette 68 - 09/05/2016 - 10:06 - Signaler un abus Démocratie

    Sylvie Goulard a une conception particulière de la démocratie :" les forces démocratiques défilent en Pologne contre le gouvernement ultra conservateur " : qui a mis ce gouvernement en Pologne , le peuple , par la démocratie . Défiler dans la rue pour elle , c'est démocratique mais le vote non ! Curieuse conception de la démocratie. Idem en Hongrie non assimilée à un Etat de droit et démocratique ( Le grand chancelier Kohl a reçu récemment chez lui en ami Victor Orban...Sans commentaire.) . Je préfère le groupe de Visegrad à l'UE technocratique et non démocratique : à chacun sa démocratie ! A chacun son Europe mais pas celle de Madame Goulard. Elle reste à construire sur des bases démocratiques.

  • Par cloette - 09/05/2016 - 10:23 - Signaler un abus Lafayette68

    D'accord avec ce que vous dites

  • Par J'accuse - 09/05/2016 - 11:07 - Signaler un abus Tabula rasa

    Toutes les "réussites" citées auraient pu exister -en mieux- sans l'UE, c'est-à-dire sans la Commission, sans le Parlement, sans ces directives supranationales et ces volontés fédéralistes qu'aucun peuple européen n'a jamais voulu. Lancer des projets industriels, technologiques et universitaires communs, rapprocher les économies et les fiscalités, créer une monnaie commune bien protégée, fonder la puissance agricole européenne sur l'adéquation aux marchés et pas sur des subventions, se doter de frontières sures pour permettre une libre circulation intérieure, et pas faire la seconde en oubliant la première, etc. le tout dans un cadre souple où la participation d'un État à un projet dépend de la volonté éclairée de son peuple, voilà l'Europe qu'on espérait, voilà le véritable rêve européen. Pas ce monstre administratif et totalitaire digne de l'URSS. Les politiciens ont détourné la construction européenne pour en faire un instrument de pouvoir et de privilèges à leur usage. Il faut tout remettre à plat, et placer l'auto-détermination des peuples au-dessus des volontés politiciennes.

  • Par Michel Prieu - 09/05/2016 - 14:21 - Signaler un abus Français, nous sommes responsables de ce fait!

    Le fonctionnement de l'Europe c'est nous qui l'avons fait et nos politiques ne font que se défiler. Facile de se cacher pour obtenir des votes après avoir négligé ses responsabilités. L'Europe n'est pour rien dans tous les errements français et je pourrais prouver combien elle nous a rapporté. Il faut du courage pour se réformer et nous n'avons rien fait. La volonté du pouvoir personnel a pris en otage le pas sur le bien commun de la communauté. Robert Schumann doit en être bien fâché. Pour avancer dans le monde d'aujourd'hui il faut avoir des idées et les expérimenter. Plutôt que de critiquer ceux qui d'entre nous gagnent sur les marchés face à la concurrence mondiale mieux vaudrait les aider à trouver des idées pour continuer à nous faire avancer. L'Europe a bon dos mais nous amené où nous nous trouvons. Sans elle, nous sommes un timbre poste sur l'échiquier mondial et depuis 40 ans, le manque de courage de nos dirigeants à fait pâlir notre rayonnement. Nous avons des atouts mais ne travaillons pas face au concert mondial. C'est chacun chez soi qui est responsable d'avoir choisi des dirigeants qui n'ont pas d'idées et sont incompétents. Nous avons ce que nous méritons.

  • Par marie06 - 09/05/2016 - 17:38 - Signaler un abus @ Michel Prieu Qui est responsable ?

    Dirigeants politiques incompétents ? Ah oui à qui vous le dites : depuis les années Pompidou je ne vois que des nuls à la tête de mon pays. Et oui nous en sommes là à cause de leurs inconséquences et de leur courte vue de leur tendance à suivre la mode et à oublier de réfléchir aux conséquences de leurs décision : Par exemple la désindustrialisation des années 80/90 au nom du « tout service » et dont certains notamment capitaine d’industrie ose aujourd’hui avouer l’erreur. Egalement l’ouverture des marchés et la mise en place de l’euro en mettant la charrue avant les bœufs. Bien sûr ils font leur mea culpa en prétendant que le monde change et qu’il faut s’adapter, mais en fait le monde change en fonction de leurs décisions inappropriées et pendant que le peuple paie le prix de leurs erreurs eux se pavanent dans une bulle. Quant au déficit de la France non ce n’est pas la faute de l’Europe si nos dirigeants n’ont pas été courageux, de même qu’ils n’ont pas le courage de dire que depuis l’euro ils ne peuvent faire autrement que d’appliquer la politique des traités qu’ils ont signés et donc qu’ils ne sont plus libre d’agir mais doivent appliquer les directives de Bruxelles.

  • Par GP13 - 16/05/2016 - 17:28 - Signaler un abus L'alliance plus féconde que l'union

    Ce qui a bien fonctionné (la CECA), ce qui fonctionne ( Aerospatiale) ressortent de l'alliance de plusieurs pays en vue d'un but. Le problème de l'Union européenne est que l'union est devenue un but en soi. Il serait très utile de sortir de l'union, afin d'approfondir les alliances et donc permettre à chaque pays d'Europe d'engager sa souveraineté dans les alliances de son choix, plutôt que d'y renoncer au profit d'une union sans but.

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Sylvie Goulard

Sylvie Goulard est députée européenne, membre du groupe ADLE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe) au Parlement européen, et membre du Groupe Eiffel Europe (www.groupe-eiffel.eu)

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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