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John l’égorgeur islamiste, Adriano le pollueur, Jens le banquier, etc... Et le titre de pire monstre de la planète 2014 est attribué à…

L'année écoulée a été marquée par de nombreux événements, souvent sanglants, inquiétants voire terrifiants. Rétrospective de 2014 à travers quelques personnages et faits sélectionnés par Atlantico particulièrement odieux, crapuleux... et parfois ingénieux.

Ça a saigné !

Publié le - Mis à jour le 2 Janvier 2015
John l’égorgeur islamiste, Adriano le pollueur, Jens le banquier, etc... Et le titre de pire monstre de la planète 2014 est attribué à…

Celui que l'on surnomme "Jihadi John" Crédit Capture

1) Djihadi John dans la catégorie des égorgeurs islamistes

Alain Rodier : L'année 2014 a été marquée par la proclamation du Califat Islamique par Abou Bakr al-Baghdadi. Ce mouvement qui est l'héritier de l’État Islamique d'Irak (EII) né en 2006 à la mort d'Abou Moussab al-Zarqaoui qui en reste le "maître à penser". Déjà, sa folie meurtrière avait été remarquée et même réprouvée par Al-Qaida central. Le mouvement, fortement étrillé en 2008 par les Américains s'était mis en relatif sommeil. La rébellion syrienne lui a permis de renaître de ses cendres, le combat étant porté en Syrie. L'EII est alors devenu l'Etat Islamique d'Irak et du Levant (EIIL). A la fin 2013, le combat a été porté à nouveau en Irak avec la conquête d'une partie de la province d'al-Anbar sans que la communauté internationale ne s'en émeuve outre mesure. Ce n'est que lorsque Daech (traduction de l'acronyme de "Etat Islamique" en langue arabe) a porté le fer vers le Kurdistan et Bagdad que l'Occident s'est réveillé.

De plus, ce mouvement qui s'en était pris aux populations civiles en Syrie et en Irak massacrant des centaines de civils, s'est attaqué aux otages occidentaux qu'il détenait. La spécificité de ces horreurs est que Daech les a médiatisées dans une volonté de propagande. Il s'agissait de terrifier ses adversaires, d'asservir les populations et d'attirer un certain nombre de volontaires. Parmi eux, de nombreux combattants étrangers ont rejoint cette terre de djihad, majoritairement des Maghrébins, des Saoudiens, des Caucasiens et des Européens. C'est parmi ces derniers qui étaient généralement affectés à des tâches subalternes qu'il a été décidé d'en transformer un certain nombre en geôliers pour les otages occidentaux. Au début, il s'agissait de se faire comprendre de ces malheureux qui, pour la plupart, ne parlaient pas l'arabe. Cela facilitait la vie au quotidien. Puis l'ordre a été donné de les assassiner froidement les uns après les autres en diffusant largement ces abominations. Le but était de "punir" les Américains puis les Britanniques de leur entrée en guerre contre Daech. 

L'idée a alors été de mettre en scène un exécuteur en chef qui soit un Occidental. Et c'est ainsi qu'est apparu "Jihad John" aussi appelé "John le geôlier". Pourquoi lui puisqu'il y avait d'autres Occidentaux dont des Français parmi eux ? Les victimes étant anglo-saxonnes, il a vraisemblablement évalué que le message serait plus porteur, et comme Daech n'avait pas d'Américain sous la main, le Britannique qui semblait le plus décidé a été désigné. Il y avait un groupe surnommé les "Beatles" ce qui veut dire qu'il y en avait donc au moins trois autres. Les médias britanniques ont bien donné une identité à ce tueur mais celle-ci n'est pas confirmée par les autorités. Dans la dernière vidéo montrant l'égorgement puis la décapitation de 18 militaires syriens ayant eu lieu en novembre, Jihad John apparaît même en "maître de cérémonie" vêtu de son uniforme noir, encagoulé comme un bourreau alors que les autres assassins (qui portent tous le même uniforme impeccable) agissent à visage découvert (parmi eux, il y a au moins un Français). Pour Jihad John, c'est la consécration de "chef boucher". Les motivations de ce triste individu ne pourront être connues que s'il est arrêté dans l'avenir. Ce qui semble certain, c'est que la thèse de la folie pourra être difficilement défendue dans son cas. Il semble en effet agir par conviction et quant à l'horreur de ses actes, "il n'y a que le premier qui compte". Après, il y a un phénomène d'accoutumance. Son cas peut être comparé à ces jeunes enfants enlevés par les cartels mexicains qui sont décérébrés par leurs geôliers. Ces derniers les maltraitent et les obligent à assassiner de la manière la plus abjecte qui soit des personnes prises au hasard. Ensuite, pour ces jeunes sicarios, torturer, pendre, décapiter, démembrer, sont des actes naturels.

Le cas de Boko Haram est un peu différent. Les abominations que les activistes commettent sont moins médiatisées que celles de Daech. Peut-être un manque de moyens de communications ? L'enlèvement des écolières (qui a été suivi par la campagne "bring back our girls") qui a été suivi par beaucoup d'autres (moins médiatisés) a un objectif précis : donner de la "chair fraîche" aux jeunes combattants qui s'enrôlent sous la bannière de Boko Haram. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à des centaines de femmes yazidi en Irak. Pour les chefs jihadistes, cela participe à la motivation des troupes. C'est vraiment le "retour aux origines" prôné par les salafistes-jihadistes : l'esclavage.

2) Le soldat inconnu dans la catégorie conflits

Autre grand événement marquant de 2014, le vol MH17 de la Malaysia Airlines qui a été abattu en Ukraine en juillet...

Alain Rodier : Seule certitude : l'appareil a été abattu. Tout le monde est suspendu aux conclusions des différentes commissions d'enquête qui, curieusement, se font attendre. Pour quelles raisons ? Lorsqu'il y a un crime, car c'est bien un crime, les enquêteurs se posent toujours la question : "à qui profite l'assassinat ?". Je retourne la question : "à qui ne profite pas cet assassinat de masse ?" . La réponse me semble évidente : à la Russie qui n'avait aucun intérêt à donner un argument supplémentaire à l'Occident pour la mettre au ban des nations. En deuxième, Kiev pouvait vouloir faire accuser les indépendantistes de cette horreur, mais les dirigeants ukrainiens sont-ils aussi tordus ? Quant aux rebelles, ils n'avaient pas vraiment d'intérêt non plus à commettre ce forfait. Seuls ceux qui ont tiré ont la réponse et bien sûr, ils ne s'en vantent pas.

J'ai peur que ce ne soit qu'une tragique "bavure" venant d'un côté ou de l'autre. Or, les rebelles n'ont pas d'aviation donc les forces légalistes n'avaient pas de raisons de tirer un missile sol-air. Ce ne serait pas la première fois dans l'Histoire. Il suffit de rappeler aux Américains la destruction du vol 655 d'Iran Air par l'USS Vincennes le 3 juillet 1988. Il n'y a jamais eu de sanctions officielles (bien au contraire).

3) Les jeunes tueurs ivres du père de famille assassiné à Roubaix alors qu'il se plaignait de tapage nocturne dans la catégorie sauvagerie

En France, cette fois, plusieurs faits divers ont ébranlé le pays, comme l'assassinat début août d'Ahmed Boudaoud, un père de famille poignardé à Roubaix (Nord) car il se plaignait de tapage nocturne, l'homme qui a été poussé dans le métro à Marseille en juillet ou encore le viol d'une jeune femme de 18 ans en région parisienne en avril. D'autres événements, comme les propos antisémites entendus lors des manifestations pro-palestiennes à Paris en juillet ou la séquestration à caractère antisémite d'un couple à Créteil début décembre ont eux aussi marqué une année qui a vu la recrudescence des faits de séquestrations, qui ont augmenté de 25 % en un an. 

Patrice Ribeiro : On constate une hausse des violences acquisitives, c’est-à-dire dans le but de prédation comme lors des séquestrations et des actes de home jacking. Les voyous s’adaptent au terrain comme le font les militaires. Les établissements bancaires, les commerces de proximité et les domiciles des particuliers sont de plus en plus sanctuarisés et bunkérisés. Les malfaiteurs s’attaquent du coup à des choses plus faciles et s’en prennent à ce qu’il y a de plus faible en nous : l’aspect humain. Il n’est pas difficile de faire peur quand on s’attaque à ses proches, à ses enfants… Le home-jacking et la séquestration permettent de tirer un bénéfice immédiat de quelqu’un en déverrouillant l’acquisition : le code d’un coffre, d’une carte bleu, les bijoux…

 
Commentaires

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  • Par winnie - 31/12/2014 - 09:37 - Signaler un abus et....

    Joe le taxi ?

  • Par assougoudrel - 31/12/2014 - 09:39 - Signaler un abus Ne pas oublier aussi une mention spéciale pour

    un chef d'Etat qui laisse son pays s'enfoncer dans la merde jusqu'aux yeux; qui ne pense qu'à sa réélection et qui traite les pauvres de "sans dent".

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en physique appliquée, Professeur à la Paris School of Business et spécialiste des risques énergétiques. Il est membre de la chaire des risques énergétiques de PSB et anime le blog Risk Energy.

Il est le co-auteur de Gaz naturel : la nouvelle donne ? à paraître en février chez PUF.

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Patrice Ribeiro

Patrice Ribeiro est secrétaire général de Synergie-Officiers

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Gil Mihaely

Gil Mihaely est historien et journaliste. Il est actuellement éditeur et directeur de Causeur.

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