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IVG : ce qui explique vraiment la difficulté grandissante à trouver des médecins

À la suite des propos de Bertrand Rochambeau, président d'un syndicat de gynécologie, Agnès Buzyn a déclaré sur BFM TV, mardi soir : "Je veux m'assurer qu'il n'y a pas une augmentation du nombre de médecins qui font valoir la clause de conscience" pour refuser de pratiquer l'IVG. Elle a ajouté vouloir un "état des lieux" de l'IVG en France.

Clause de conscience

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IVG : ce qui explique vraiment la difficulté grandissante à trouver des médecins

 Crédit ERIC FEFERBERG / AFP

Atlantico : Quel est justement cet état des lieux ? Les gynécologues français refusent-ils de plus en plus de pratiquer cet acte ?

 
Christian Jamin : Il faut d'abord savoir qu'il y a deux types d'IVG. Il y a d'abord celles qui sont faites en ville, les IVG médicamenteuses et qui peuvent être faites en ville jusqu'à sept semaines sans règles, c'est-à-dire cinq semaines de grossesse. Pour celles-ci, les gynécologues en ville peuvent être, ou non, volontaires. D'autre part, il y a les IVG à l'hôpital ou en clinique, qui peuvent être soit médicamenteuses, soit par aspiration. Celles-ci, essentiellement pour celles faites par aspiration, sont praticables jusqu'à quatorze semaines. 
 
Les IVG médicamenteuses en ville ne cessent d'augmenter en proportion, parce que c'est beaucoup plus simple pour les femmes, il n'y a pas besoin d'aller à l'hôpital, on peut faire cela chez soi.
Il faut en revanche que les gynécologues de ville s'y intéressent et c'est vrai qu'il y a peu de gynécologues qui sont enclins à faire ce genre d'actes pour des raisons diverses et variées. 
 
En ce qui concerne les cliniques, on est un peu dans le même état d'esprit, car ce sont des libéraux. Les hôpitaux, en revanche, ont l'obligation de mettre à disposition des moyens de faire les IVG. Mais il n'y a pas des gynécologues partout, et ils sont souvent débordés.
 

Pourquoi l'accès à l'IVG devient-il de plus en plus compliqué en France ? Est-ce dû à des raisons religieuses ? Quels autres facteurs entrent en compte ?

 
Je ne dirais pas que certains médecins refusent de pratiquer des IVG, parce que le refus est quelque chose d'actif. En l'occurrence, il s'agit du droit de conscience. Et ça, je ne crois pas du tout que cela augmente. En revanche, il y a beaucoup de gynécologues que ça intéresse peut et, pour ma part, j'ai fait, à un moment donné, une campagne en France pour informer les médecins sur comment on pouvait faire des IVG, et c'est vrai qu'on n'a pas eu beaucoup de succès. Manifestement, ça ne passionne pas les médecins. Plus qu'un refus, je dirais que c'est un manque d'intérêt. Il serait peut-être bon de faire que les médecins soient plus enclins à participer mais pour cela il faudrait les informer et les pouvoirs publics ne font rien. Et par ailleurs, il faudrait que ce soit plus rémunérateur. 
 
 
Commentaires

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  • Par MIMINE 95 - 20/09/2018 - 09:44 - Signaler un abus POURQUOI UN GYNECOLOGUE ?

    Dans les années 80 , l'une de mes amies, jeune médecin généraliste et l'une de ses amies qui préparait alors sa spécialité de médecin anesthésiste, toutes deux, militantes du planning familial et médecin d'un planning familial de Lille, pratiquaient de façon parfaitement légale des IVG. Ce planning était dirigé par un médecin généraliste et deux autres médecin généraliste y travaillait également. Le manque de gynéco "multifonctions" m'explique pas tout , par contre il est vrai que la rémunération de l'acte n'est pas à la hauteur.

  • Par vangog - 20/09/2018 - 11:24 - Signaler un abus Des gynécologues débordés?...

    Oh ben c’est sûr! Avec six millions et demi de chômeurs et une population vieillissante, depuis le socialisme à tous les étages de la technostructure , il était parfaitement intelligent d’instaurer un très bête numerus closus , et un accès aux spécialités médicales par points (et non par vocation)! Le socialaud-macronisme s’est mordu la queue, et il sera très difficile de revenir à une médecine intelligente, telle qu’on l’a connaissait avant socialisme... Le numerus-closus n’est qu’une des khommeries du socialisme, et le découragement des jeunes médecins à poursuivre des études longues et juridiquement dangereuses (car le risque juridique est partie prenante de cette faiblesse de pratique des IVG) est tel qu’il faudra plusieurs décennies pour réparer le système cassé par la gauche...ou l’arrivée rapide des patriotes RN, réparateurs d’urgence des casses gauchistes...

  • Par JG - 20/09/2018 - 12:59 - Signaler un abus @vangog

    Le numerus clausus, contrairement à beaucoup d'autre conneries réalisées par les socialistes, a été instauré en 1977 et donc son origine n'est pas socialiste. Et c'est Juppé qui a fortement insisté pour diminuer le nombre de médecins et donc laisser le numérus clausus très bas dans les années 1990, pensant que les courbes démographiques médicales et des dépenses de santé étaient correlées (et montrant à ce stade sa nullité sur le plan de la connaissance statistique, ce à quoi l'on pouvait s'attendre de la part d'un politicard professionnel). Il a fallu l'apparition des phénomènes de "déserts médicaux" pour que le politique s'apercoive de quelque chose et augmente le numérus clausus. Mais il faut entre 9 et 11 ans pour former un gynéco...donc le temps que les vagues plus nombreuses arrivent et s'installent dans les postes vacants, il va se passer encore 10 ans....

  • Par Podoclaste - 20/09/2018 - 13:51 - Signaler un abus Héritage

    Il aura fallu pour la question (simple en fait) de l'IVG que des Juifs (Badinter, Veil) légifèrent courageusement pour que la France s'engage enfin sur le chemin de la civilisation. Reste l'influence rampante du pape et de ses laquais qui, et on imagine pourquoi, ne comprendront jamais ce qu'est la détresse d'une femme qui porte un enfant qu'elle sait ne pas pouvoir élever. La loi Veil-Badinter a fait chuter le nombre d'infanticides : avant cette loi, les médecins avaient à signer des actes de décès pour des bébés nés la veille et noyés tête en bas dans les toilettes / jetés dans la poubelle / jetés dans la rivière... Ne régressons pas.

  • Par vangog - 20/09/2018 - 19:31 - Signaler un abus @JG Juppé n’etait pas socialiste en 1977?...

    Ah! alors, pourquoi a-t-il pris des mesures typiquement socialistes? ...Qui ont, d’ailleurs, été poursuivies et aggravées par les gouvernements socialaud-ecolo-cocos qui ont suivis...une hécatombe sur la santé dont on commence simplement à voir les prémices...selon le corps médical, il manque une génération de médecins, soit 30 à 35 ans de pénurie médicale! Et ça, simplement si ils recommencent à former médecins et spécialistes, ce qui n’est pas gagné pour un macroniste inversé du bulbe!

  • Par Gré - 21/09/2018 - 00:34 - Signaler un abus @ Podoclaste

    Légiférer sur l'IVG engage sur le chemin de la civilisation ? Certainement, mais laquelle ?

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Christian Jamin

Christian Jamin est gynécologue et endocrinologue. Il exerce actuellement à Paris. Spécialiste de la régulation du traitement hormonal chez la femme, il participe activement aux recherches de nouvelles méthodes de contraception. Il s'implique également dans la prévention de l'IVG.

Il a co-écrit Une nouvelle vie pour la femme, aux éditions Jacob-Duvernet, 2006.

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