Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 02 Juillet 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

“Iran-Israël : Jeux de guerre”, le roman d’espionnage où tout est vrai

Les années entre 1950 et 1978 témoignent des liens très forts qui existaient entre Israël et l'Iran. Que ce soit en termes de coopération énergétique ou sécuritaire, le dernier livre de Ramin Parham nous rappelle, à travers son dernier ouvrage, sur les rapports aujourd'hui étonnants, mais qui renseigne sur les issues possibles d'un contexte régional favorables à de nouvelles alliances.

Alliés historiques

Publié le
“Iran-Israël : Jeux de guerre”, le roman d’espionnage où tout est vrai

Un sous-marin iranien. Crédit Reuters

Tandis que la ville kurde de Kobané rejoint le cortège des villes martyres de Daesh sous l’œil cynique de la composante néo-ottomane de l’OTAN ; tandis que la guerre des religions fait rage au Moyen-Orient ; que la crise nucléaire iranienne traîne de palabre en parlote ; que le Vice-président de la première puissance mondiale s’épanche dans des excuses en cascade ; que Tsahal peaufine ses plans en vue de sa prochaine confrontation avec le Hezbollah, création iranienne au nord de la Galilée… Tandis que l’Histoire que l’on croyait finie recommence à nos portes, le Moyen-Orient se redessine sur les décombres d’une architecture géopolitique obsolète dessinée par Gertrude Bell, une anglaise de la préhistoire du XXIe siècle que l’australienne Nicole Kidman s’apprête à incarner pour l’allemand Werner Herzog.

Mais il en faudrait plus qu’un film pour comprendre cet âge westphalien moyen-oriental. C’est pour cela que le nouveau livre de l’écrivain iranien Ramin Parham tombe à pic.

Iran-Israël : Jeux de guerre, paru chez Dhow Editions, nous apporte des clefs de compréhension rarement, sinon jamais évoquées jusque-là. Un livre major qu’il faut lire et relire. Et pour cause…

Iran et Israël… Deux nations majeures aux antipodes géopolitiques de la région la mieux achalandée du monde en états faillis, en convertis psychotiques et en égorgeurs patentés. Ceux qui ont traité leurs relations Iran-Israël sont rares. Ceux qui s’y sont attelés en français sont inexistants. C’est dire combien l’ouvrage de Ramin Parham était attendu.

Ce récit haletant et remarquablement bien écrit embarque le lecteur dans les méandres de l’énigme judéo-perse, deux cultures historiquement jumelles, deux nations longtemps alliées, deux pays aujourd’hui au bord de la crise de nerf atomique. Noyés dans une vaste et antique contrée peuplée d’Arabes, Iran et Israël en ont pourtant été, de longues années durant, ses deux piliers économiques et sécuritaires.

Particulièrement bien documenté, Iran-Israël : Jeux de guerre se lit comme un roman d’espionnage. Sauf que là, tout est vrai !

Piochant dans les archives israéliennes et américaines jusque-là secrètes, Parham balaie de sa plume cynique les niaiseries des VRP d’un certain postmodernisme, pour redonner la parole aux vrais acteurs de l’Histoire : les disciples de Machiavel, des icebergs bipèdes dotés d’un remarquable cerveau. Parmi les personnages étonnants dont il brosse le portrait, on trouve par exemple le brigadier-général Itzhak Segev, le dernier attaché militaire de Tsahal à Téhéran sous la monarchie des Pahlavi. L’épopée des "33 derniers Israéliens d’Iran", ceux qui ne quitteront l’Iran que le 19 février 1979, soit une bonne semaine après le renversement de la monarchie, est digne des meilleurs thrillers hollywoodiens. Autre personnage clé de cet incroyable récit, Uri Lubrani. Avant-dernier ambassadeur israélien en poste à Téhéran, monument vivant de la diplomatie de l’Etat juif, Lubrani est, ni plus ni moins, le "doyen des serviteurs de l’Etat d’Israël". Ses rencontres surréalistes avec le puissant et dernier monarque perse, au faîte de sa puissance en 1975 puis seul au bord des abysses en 78, sont décrites là avec une saisissante théâtralité, celle de l’Histoire vue comme elle est : une tragédie.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes et est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment auteur des livres Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l'islamisme (Editions Dhow 2014), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (Editions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (Editions du Toucan).

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€