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De l'Irak au Mali : pourquoi Al-Qaïda est beaucoup plus vive que morte 12 ans après le début de la guerre contre la terreur

D'après Alain Rodier, du Centre français de recherche sur le renseignement, Al-Qaïda aurait bien infiltré les mouvements islamiques en Syrie. Le "coordinateur" de la nébuleuse n'appartiendrait pourtant pas au Front al-Nosra, officiellement rattaché à Al-Qaïda.

Résurgence

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De l'Irak au Mali : pourquoi Al-Qaïda est beaucoup plus vive que morte 12 ans après le début de la guerre contre la terreur

Une sculpture de Oussama Ben Laden mort créée par les artistes cubains Manolo Castro, Julio Lorente et Alberto Lorente. Crédit Reuters

Atlantico : Le groupe terroriste est-il solidement implanté dans le pays et dans les régions alentours, ou bien la non appartenance directe de l'un de ses cadres témoigne-t-elle de son émiettement ? Se trouve-t-on encore loin des "grandes heures" de l'ère Ben Laden ?

Alain Chouet : Il faudrait d’abord savoir de quoi on parle. Depuis douze ans les impératifs de la « guerre globale à la terreur » voulue par l’administration Bush, la volonté de simplification pas toujours très pertinente des grands médias occidentaux et le désir de notoriété de certains pseudo-experts ont très largement pollué le concept « Al-Qaïda ».

Après les attentats du 11 septembre, l’Amérique a voulu voir dans Al-Qaïda qui l’avait durement frappée l’ennemi ultime, absolu et permanent.

Dans ce sillage, les médias internationaux ont entrepris d’attribuer tout acte de violence politique commis par des musulmans à l’organisation mythique. Et bien évidemment, tout contestataire violent s’appuyant sur l’Islam a bien compris qu’il devait se réclamer du drapeau de cette organisation s’il voulait être pris au sérieux. De même tous les gouvernements des pays musulmans ont bien compris qu’ils devaient coller l’étiquette « Al-Qaïda » sur leurs opposants s’ils voulaient pouvoir les réprimer tranquillement et au besoin avec l’assistance de l’Occident.

C’est ainsi qu’on invoque aujourd’hui à tort et à travers le nom d’Al-Qaïda dans toutes les violences du monde musulman et des communautés musulmanes émigrées alors qu’on est partout bien loin du modèle, de la stratégie et de la composition de cette organisation.

Aujourd'hui l'organisation Al-Qaïda stricto sensu est-elle si importante en taille et en influence que cela ? Est-elle plus proche de la disparition, ou au contraire du regain de puissance ?

L’organisation Al-Qaïda avec à sa tête Ayman Zawahiri et Oussama Ben Laden qui a commis les attentats du 11 septembre 2001 et bien d’autres avant a été détruite sur le plan opérationnel en 2002 et dispersée lors de l’offensive occidentale en Afghanistan. Ses principaux responsables idéologiques et opérationnels - y compris Ben Laden -, condamnés à l’isolement et la clandestinité, ont été progressivement « revendus » aux Américains par les autorités pakistanaises en échange d’indulgences et de générosités diverses.

De cette organisation qui avait privilégié la lutte contre l’Occident pour le dissuader de soutenir les régimes musulmans en place considérés comme impies et illégitimes, il ne reste aujourd’hui que quelques activistes dispersés et isolés, même s’ils sont actifs sur le plan de la propagande comme l’était au Yémen l’américain d’origine locale Anwar Awlaqi, fondateur de la revue « Inspire » qui est l’un des phares sur l’internet de la nébuleuse activiste salafiste en particulier en Occident.

Et il reste aussi, bien sûr, Ayman Zawahiri, authentique Frère musulman d’Égypte, idéologue et tête pensante de l’organisation. Isolé, privé de moyens opérationnels, de ressources financières et de possibilités efficaces de communications, il assure sa survie politique en édictant des directives incantatoires, en accordant ou non le label de l’organisation mythique à ceux qui veulent s’en réclamer, en distribuant les bons et les mauvais points aux exécutants de la violence islamiste. Il s’est transformé en une sorte de Max Havelaar du djihadisme. Il est une référence mais pas un acteur.

 
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  • Par Glop Glop - 03/02/2014 - 21:45 - Signaler un abus Pourquoi...

    ... elle est plus vive? Simplement parce que l'on manque de volonté pour les abattre, eux , et leurs soutiens de part le monde... notamment ceux implantés en Occident. Tant que le ménage ne sera pas fait en masse, le problème perdurera, ils se reproduisent plus vite qu'on ne les élimine.

  • Par ignace - 03/02/2014 - 23:04 - Signaler un abus article interessant

    @glopglop je pense que vous avez raté une partie de l'article, qui a l'avantage de préciser ce que sont devenus les nouveaux extrémistes et ou ils agissent

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Alain Chouet

Alain Chouet est un ancien officier de renseignement français.

Il a été chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE de 2000 à 2002.

Alain Chouet est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et le terrorisme. Son dernier livre, "Au coeur des services spéciaux : La menace islamiste : Fausses pistes et vrais dangers", est paru chez La Decouverte en 2011.

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