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Interpeller un terroriste vivant : le dangereux défi qui aurait pu coûter la vie aux hommes du RAID dans l’appartement où s’était retranché Mohamed Merah

En 1998, Christophe Baroche, psychologue, intègre le RAID, l’unité d’élite de la police nationale, une première. Avec les premiers négociateurs du RAID, il va établir des profils de forcenés et preneurs d’otages. Il est devenu le "souffleur", une position qu’il a tenue 16 ans durant au RAID. Il livre un témoignage écrit avec Danielle Thiéry. Extrait de "Le souffleur - Dans l'ombre des négociateurs du RAID" de Christophe Baroche, aux éditions Louis Mareuil 2/2

Bonnes feuilles

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Interpeller un terroriste vivant : le dangereux défi qui aurait pu coûter la vie aux hommes du RAID dans l’appartement où s’était retranché Mohamed Merah

Avertissement de l'auteurCe livre est le témoignage vécu de nombreuses affaires qui ont, au cours des quinze dernières années, pour certaines en tout cas, défrayé la chronique. C’est délibérément que le nom des auteurs de ces faits criminels ne figurent pas in extenso et sont remplacés par une lettre alors qu’ils sont pour certains largement connus et utilisés dans les articles de presse et autres ouvrages littéraires. Christophe Baroche a souhaité qu’il en soit ainsi afin de ne pas donner à ces personnes une visibilité inconvenante tandis que les noms de leurs victimes restent dans l’ombre et parfois dans l’oubli.

Pendant l’écriture de ce livre sont survenus les attentats contre le journal Charlie Hebdo et l’Hypercasher de Vincennes, puis les actes terroristes du vendredi 13 novembre 2015. Compte tenu de l’importance du nombre des victimes, les auteurs ont choisi de ne citer aucun de leurs noms afin de ne pas créer une hiérarchie entre elles. Cette décision a été prise également par égard pour les familles qui ne souhaitent pas forcément que les noms de leurs proches soient cités, même dans le but de leur rendre hommage. Pour la même raison, les lieux et dates de certains faits ont été modifiés afin de garantir l’anonymat de leurs acteurs.

À partir de 18 heures, au fur et à mesure que nous approchons de l’heure fixée comme ultimatum pour sa reddition, les échanges sont de plus en plus courts et les temps de pause de plus en plus longs. X. n’a plus grand-chose à livrer et il semble vouloir se reposer. Il veut prier aussi car il n’a pas eu l’occasion de le faire depuis le début de la journée. Ce n’est pas très bon signe. Juste avant mon arrivée, il a déjà demandé ce qui allait se passer s’il reculait l’heure de sa reddition. Pierre lui a répondu que cela ne serait pas du meilleur effet sur les autorités et que cela le mettrait, lui, négociateur, en porte-à-faux.

Je propose que l’on n’attende pas l’heure de l’ultimatum pour jouer cartes sur table et lui faire savoir que certains d’entre nous pensent qu’il ne va pas sortir à 23 heures, comme annoncé. Cette option n’est pas retenue. Les responsables craignent que cela ne lui fournisse un prétexte pour changer d’avis ou installer le doute dans son esprit.

Lors des contacts suivants, nous tentons cependant d’en savoir plus sur la manière dont il perçoit sa sortie. Il reste évasif. Pour lui, c’est encore loin, c’est dans 5 heures... Et il répète chaque fois " Inch Allah ". Les deux négociateurs s’emploient à mettre à jour ce qui fait qu’il n’est pas encore prêt, ce qui lui pose problème. À chaque fois, c’est flou, la réponse n’est pas claire.

Subitement, X. demande à Pierre s’il était à Roubaix en 1996. Le négociateur est surpris par la question et répond que non, il n’y était pas. Pourquoi veut-il savoir cela ? Et moi je me dis : " Nous y voilà ! "

Cette allusion n’est pas lancée au hasard. X. prend Roubaix en référence. Une affaire à l’issue de laquelle des terroristes assiégés par le RAID ont décidé de mourir plutôt que de se rendre. Le négociateur lui répond que pratiquement tout le monde a oublié cette affaire. Que les morts de Roubaix sont tombés dans l’oubli. À l’inverse, que Carlos, lui, est passé en procès et qu’on s’en souvient... Oui... mais non, X. ne connaît pas Carlos... Pierre essaie de lui expliquer qui il est, mais cela n’a aucun impact sur lui, Carlos, ça ne lui dit rien du tout. En revanche, X. enchaîne sur Mesrine qui, lui, est mort sans se rendre. Il n’y a pas eu de procès et on en parle encore, il y a même eu un film...

Cela ne s’annonce pas très bien, je crois de plus en plus à un baroud d’honneur... Surtout, je ne peux m’empêcher de penser au syndrome d’Erostrate qui avait été mis en exergue lors de l’affaire de la maternelle de Neuilly. Dans l’Antiquité, Erostrate manquait de reconnaissance et n’arrivait à rien de significatif pour se faire connaître. Il avait donc décidé de commettre un acte terrible qui le rendrait célèbre. Il avait brûlé le temple d’Artémis à Éphèse, l’une des sept merveilles du monde. Bien qu’il s’en défende, je comprends que notre homme se place dans cette démarche.

À 20 heures, il maintient qu’il va sortir, il n’a pas changé d’avis et il se repose en attendant. Il ponctue toujours ses phrases par " Inch Allah "...

Pierre ne veut pas qu’il se repose trop longtemps, aussi le relance-t-il régulièrement.

X. prétend ensuite qu’il n’est pas encore prêt psychologiquement. Il a besoin de temps, il demande des nouvelles de sa sœur et de sa mère, il veut savoir où elles se trouvent. H. le rassure et lui demande ce qui le gêne. X. répond qu’il lui est nécessaire de prendre du recul, il veut se rendre le plus tard possible.

Il exige de plus en plus de temps de pause, il a de moins en moins de choses à dire. Comme un leitmotiv, les négociateurs lui demandent s’il a des questions pour la suite. A-t-il des craintes particulières ? Non, aucune, il se prépare pour la sortie...

À 21 heures, X. dit qu’il a réfléchi, il a fait le tour de la question avec les négociateurs, il commence à être prêt. Pierre lui demande si tout est OK pour lui dans ce qui est prévu, si rien ne lui pose de problème. Non, pas de problème... Il veut juste un peu de temps, il doit faire sa dernière prière.

À 22 heures, H. le recontacte. X. dit qu’il n’a toujours pas fait sa prière. Or, il veut la faire, juste avant de sortir, et là, il se repose. Il parle un moment avec H. mais rien de particulier n’est évoqué. Juste avant que la communication ne soit coupée, j’insiste auprès de H. pour qu’il lui demande comment il se voit demain. X. ne comprend pas la question, ou fait mine de ne pas la comprendre. H. insiste : comment se projette-t-il demain ? Est-ce qu’il y arrive ?

X. répond par une pirouette : « Ben, on n’a pas le choix... »

À ce moment là, je pense qu’il n’y a pas vraiment de demain dans son esprit. Il dit à H. : « À tout à l’heure pour la sortie ».

 

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 27/03/2016 - 16:36 - Signaler un abus non sans rire, un gars qui abat froidement des soldats

    français et des enfants aurait fait du mal à des policiers "Kouffars" Nooon à peine croyable!

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Christophe Baroche

Christophe Baroche est psychologue clinicien. Il totalise 18 ans de pratique dans la police dont 16 années au RAID au cours desquelles il est intervenu sur plus de 250 affaires de négociation (individus retranchés et prises d’otages…). Dans Le souffleur il livre un témoignage, écrit avec Danielle Thiéry. 

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