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Inquiétudes en Allemagne : Angela Merkel pourrait-elle perdre le pouvoir avant la fin de la législature en cours ?

Suite aux agressions de Cologne et à la crise des migrants, Angela Merkel est affaiblie plus que jamais. Elle doit faire face à une fronde politique venant de toute part - y compris de son propre parti, la CDU - et à la chute de sa cote de popularité.

Migrants, 2ème effet kiss kool

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Inquiétudes en Allemagne : Angela Merkel pourrait-elle perdre le pouvoir avant la fin de la législature en cours ?

La chancelière allemande, Angela Merkel. Crédit Reuters

Atlantico : Selon un dernier sondage, environ 40 % des Allemands souhaitent que la chancelière démissionne. Une quarantaine de députés de la CDU ont signé pour la première fois noir sur blanc un appel « urgent à revenir sur l'actuelle politique d'immigration » D'un point de vue institutionnel, la Chancelière est-elle menacée ?

Lothar Ruhl : Les prochaines semaines seront décisives pour Angela Merkel et son gouvernement. Mais en ce qui concerne les derniers sondages d’opinion, il ne faut pas dramatiser la situation outre mesure. Il y a encore une majorité dans l’électorat qui soutient la chancelière allemande. L'opinion n'a pas encore basculé, elle est à «cinquante-cinquante». Ce soutien dans l’opinion, même s’il a été affaibli avec les derniers évènements à Cologne, est toujours présent et explique qu’il n’y ait pas de candidat officiel à sa succession.

Certes, notre constitution prévoit  la possibilité d’avoir recours à un vote de défiance constructif en cas de trop grande défiance vis-à-vis du chancelier. Il faut qu’au sein du gouvernement fédéral un candidat se présente et s’oppose au chancelier ou à la chancelière et obtienne une majorité absolue. Mais la situation actuelle n’offre pas encore cette occasion.

 

Angela Merkel n’est pas menacée pour le moment. Le parti chrétien démocrate va se rassembler autour d’elle pour affronter les élections régionales dans le sud-ouest et le centre de l’Allemagne. Mais à plus long terme, tout est possible. Si l’afflux des migrants continue au-delà du printemps prochain, sa situation pourrait être critique et le gouvernement pourrait affronter une crise politique. Pour Angela Merkel, le parti chrétien démocrate doit absolument résister à des pressions extérieures, notamment celle du parti social chrétien de Bavière. Si la CSU devait sortir du gouvernement, Angela serait très exposée et son autorité encore plus diminuée.  

Qui sont les personnalités susceptibles représenter une réelle menace pour Angela Merkel, aussi bien dans son propre parti que dans l'opposition ? Wolfgang Schäuble, emblématique figure de la droite allemande, représente-il une alternative aux yeux de la population ?

Wolfgang Schauble, le ministre des Finances, est un homme politique du centre qui a été longtemps ministre sous Helmut Kohl, président du groupe parlementaire CDU-CSU - il est resté très influent et  très apprécié par la population. Il a toujours défendu une position frontale contre les nombreuses concessions faites en matière de politique migratoire. Sa contestation est d’ailleurs partagée par Thomas de Maizière, le ministre de l’Intérieur, d’autres ministres de l’union chrétienne démocrate et les chrétiens sociaux de Bavière.  Mais personne ne veut s’opposer à la Chancelière autrement que par des critiques constructives. Pour l’instant, je ne pense pas qu’il pourrait y avoir un candidat au sein de la coalition gouvernementale qui se présenterait pour prendre la succession d'Angela Merkel. Ni Horst Seehofer, le chef de la CSU bavaroise, ni les hommes politiques influents de la CDU ne sont prêts pour le moment à s’exposer en posant leur candidature à la succession de Angela Merkel.

Quels sont les moyens dont dispose Angela Merkel pour asseoir son pouvoir jusqu’au prochaines élections ?

Angela Merkel ne peut pas faire machine arrière. Si elle devait admettre ses erreurs et revenir sur ses prévisions et ses mesures, elle serait sans doute obligée de démissionner. Elle n’a aucun intérêt à jouer cette carte-là, qui serait un aveu d’échec et une concession à l’opposition au sein de son propre parti, la CDU, ou à la CSU bavaroise. Elle n’obtiendrait aucun soutien si elle revenait sur ses positions prises en public.

Pour rester au pouvoir, elle n’a pas d’autre choix que de continuer cette fuite en avant. Et c’est ce qu’elle fait, comme le montrent ses promesses peu réalisables, comme celle de réduire le nombre des demandeurs d’asile, celle d’obtenir de la part des partenaires européens qu’ils acceptent un quota plus important de migrants ou encore celle de renforcer le contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne et de l'espace Schengen pour dissuader les migrants de venir en Allemagne.

Mme Merkel joue avec ces promesses qui sont illusoires. Mais elle n’a pas le choix : il faut qu’elle tienne sur sa position et gagne du temps. Elle espère limiter les dégâts aux prochaines élections régionales qui auront lieu le 13 mars dans trois länder (en Bade-Wurtemberg, en Rhénanie-Palatinat et en Saxe-Anhalt) où les deux partenaires de sa coalition gouvernementale, l'Union démocrate chrétienne (CDU/CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) sont en difficulté, le parti xénophobe Alternative pour l’Allemagne (AfD) étant crédité d’au moins 10% des voix.

Angela Merkel  va s’engager pleinement dans la campagne des régionales. Ce sera l’occasion pour elle de défendre ses postions, de renouveler ses promesses, d’expliquer que le peuple allemand doit être patient, que la situation va s’améliorer. La chancelière allemande parie sur la coopération turque avec le plan négocié fin novembre 2015 entre Ankara et Bruxelles qui prévoit que la Turquie bloque le flux de réfugiés en provenance de Syrie. Elle compte également sur les pressions exercées par l’Europe sur la Grèce, sur la possible dissuasion que provoqueraient des contrôles plus effectifs à la frontière allemande. Elle ne peut qu’espérer car elle ne peut pas fermer les frontières pour des raisons économiques. Tout ne joue pas contre Angela Merkel. Mais les scrutins des élections régionales seront décisifs pour elle et son partenaire social-démocrate avant les élections fédérales de septembre 2017. 

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 31/01/2016 - 11:25 - Signaler un abus Angela Merkel a fait la connerie politique de sa vie

    Autant sa présence en Europe ou en Allemagne à ete bénéfique jusque là, autant sa décision d'accepter l'immigration massive en Allemagne à été une erreur politique énorme. L'Allemagne n'imaginait pas que beaucoup etaient des sauvages prêts à voler, violer et pas seulement Cologne . Ce qui s'est passé à Cologne s'est aussi passé dans 12 landers sur 16.

  • Par Gordion - 31/01/2016 - 11:26 - Signaler un abus fuite en avant

    ....elle sait parfaitement qu'elle a ouvert la boîte de Pandore et que les conséquences seront gérées par les autres pays au principe de solidarité. La saisine de la Cour Constitutionnelle par des juristes allemands n'a hélas aucune chance d'être adoptée. Verräterin !

  • Par Gordion - 31/01/2016 - 11:31 - Signaler un abus @Anguerrand

    ...connerie. Je souhaiterais que vous ayiez raison sur ce mot. Je n'en suis hélas pas si sûr

  • Par vangog - 31/01/2016 - 13:02 - Signaler un abus Le parti Aletrnativ fur Deutschland n'est pas xénophobe...

    il est anti-europeiste, et anti-immigration, nuance! Lorsqu'on lit ce type de journaleuse, biberonnée à la pensée unique, qui nous affirme, sans aucun argument, que Merkel est encore à "cinquante-cinquante", on s'aperçoit de l'inanité du journalisme, depuis qu'il a été formaté par la gauche, dans de nombreux pays... Les Polonais et les Bulgares ont bien raison de s'opposer à cette dictature de la pensée unique, qui a envahi le monde occidental comme une lèpre...

  • Par cloette - 31/01/2016 - 14:28 - Signaler un abus Quelle mouche la piquée ?

    A t elle fait une énorme connerie ou est ce autre chose de plus retors , ou quelque chose qui lui a été imposé ? Ce n'est pas clair ! Mais ce qu'elle dit est sans doute vrai : besoin de main d'œuvre, démographie ..... Si c'est pour la démographie , une politique nataliste aurait été préférable ainsi que des crèches pour que les femmes puissent travailler ( main d'œuvre en plus ! ) , mais décidément ce n'est pas clair ( un sentiment de culpabilité en rapport avec leur passé nazi ? , je n'y crois pas trop )

  • Par cloette - 31/01/2016 - 14:29 - Signaler un abus quelle mouche l'a piquée et

    quelle mouche l'a piquée et non la

  • Par cloette - 31/01/2016 - 14:38 - Signaler un abus Essayons d'imaginer

    Hollande à la même époque claironnant de sa voix haute qu'on allait nous aussi accueillir un million de " réfugiés " , Valls renchérir de sa voix basse que oui car " nous avons des valeurs ", CTaubira se chargeant des discours lyriques , y aurait il eu de gigantesques manifs pour tous , ou aurions nous filer doux comme les Allemands ?

  • Par Gré - 31/01/2016 - 14:46 - Signaler un abus le Titanic coule, et l

    le Titanic coule, et l'équipage se dispute pour savoir le menu du lendemain et le protocole à suivre pour la disposition des tables. La seule chose qui importe à ces politiciens devenus nuisibles est leur réélection et leur part du gâteau.

  • Par Atlantica75000 - 31/01/2016 - 17:16 - Signaler un abus Que Merkel assume

    Il est curieux que personne n'ait remarqué l'impulsivité de cette dame (arrêt du nucléaire pour complaire aux Verts versus charbon) alors que sa bonne image reposait sur un aspect rationnel. En tout cas, on peut "féliciter" le NYT qui l'a couronnée; les media en-deça ou au-delà de l'Atlantique fonctionnent tous à l'émotionnel Braào aussi aux "infos" estivales qui nous annonçaient des super diplômés alors que seuls 10% le sont. Sans compter les bagarres entre communautés dans les camps. Sans compter les 600 000 sur un million qui ont disparu des radars allemands selon une annonce officielle

  • Par Lafayette 68 - 31/01/2016 - 17:39 - Signaler un abus @cloette

    Vous avez raison : un peu des deux,le sentiment de culpabilité encore présent, la démographie faible compensée par les migrants (forte natalité ,idée encore marquée par le nazisme ),et le souvenir du mur et de son ouverture à l'ouest en 89 ,elle qui vient de RDA ... Il est temps d'avoir des dirigeants allemands des nouvelles générations.

  • Par Aldebaran45 - 01/02/2016 - 01:07 - Signaler un abus Criminels

    Une nouvelle sur LCI, 10,000 enfants de migrants auraient "disparu" et seraient exploités par les mafias dans la prostitution notamment. Le Bien ne peut pas émerger d'un tel chaos, nos politiques ont du sang sur les mains : si la cause des migrants était si importante et vitale, pourquoi ne pas leur avoir délivré des visas et les laisser par les moyens légaux? Cela aurait évité ainsi d'engraisser les mafias qui veulent que ce "cirque" continue aussi longtemps que possible. Quand l'inaction et la politique des bras ballants sont érigées en vertu...

  • Par joke ka - 12/02/2016 - 10:18 - Signaler un abus Merkel

    Merkel a déçu beaucoup de monde : elle a commis une lourde erreur qui mène l'Europe au chaos ..on la pensait intègre et uniquement motivée par l'intérêt de son pays et de l'Europe .si elle était vraiment honnête ,elle reconnaîtrait ses fautes et démissionnerait qu lieu d'aller magouiller en Turquie avec un islamiste autoritaire pour conserver le pouvoir

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Lothar Ruhl

Lothar Ruhl est un journaliste et politlogue allemand.

Il est notamment l'auteur de "l'Empire du Bien" (Klett-Cotta, Stuttgart 2005)

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