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Inégalités en France : comment les jeunes sont devenus les premières victimes de la pauvreté

L'Observatoire des inégalités publiait son rapport sur la pauvreté ce 11 octobre, alors que l'INSEE révélait en début de semaine la stabilité de ce taux à 14% entre 2016 et 2017.

Fléau

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Inégalités en France : comment les jeunes sont devenus les premières victimes de la pauvreté

 Crédit OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

Atlantico : Quelles sont les populations proportionnellement les plus touchées par un phénomène, qui, comme l'écrivez, ne "frappe pas au hasard" ?

 
Noam Leandri : Nous sortons ce premier rapport sur le taux de la pauvreté en France parce qu'il n'existe malheureusement pas de portrait général de cette question en dehors des statistiques publiées régulièrement par l'INSEE. Qui est concerné ? Comment la pauvreté évolue dans le temps ? sont des questions qui ne sont pas traitées par une vision "annuelle" des statistiques. Or, nous savons très bien que les commentaires relatifs à l'évolution de la pauvreté d'une année sur l'autre ne peuvent révéler des changements plus fondamentaux sur le long terme.
Comme le fait que,, depuis 10 ans, le nombre de personnes pauvres vivant avec un revenu inférieur à 50% du revenu médian, soit 855 euros, a augmenté de plus d'un demi-million. C'est un phénomène beaucoup plus parlant que le fait de dire que le taux de pauvreté stagne d'une année sur l'autre, comme vient de le faire l'INSEE.
 
Le portrait type de la personne pauvre en France est quelqu'un qui a peu ou pas de diplômes. 64% des personnes pauvres ont au plus un CAP. Ce sont aussi des personnes qui vivent dans des grandes villes ou dans leurs banlieues, pour 67% d'entre elles. C'est donc principalement en ville que l'on trouve les personnes pauvres et non pas majoritairement à la campagne. Le phénomène marquant est que ce sont beaucoup des jeunes de moins de 20 ans, soit 35% des personnes pauvres. Un quart des pauvres vivent dans une famille monoparentale. Nous avons dressé ce panorama qui montre que si nous voulons cibler des politiques contre la pauvreté, c'est vers ces profils là qu'il faut viser.   
 
Le déterminisme social est réel. Ce sont en général des personnes qui sont elles-mêmes issues d'un milieu modeste, dont les parents étaient également pauvres ou modestes, c'est également ce que montrait le dernier rapport de l'OCDE sur la question de l'ascenseur social. Il faut également noter l'influence de phénomènes sociaux comme la question des familles monoparentales qui sont  souvent des femmes qui élèvent seules leurs enfants, qui sont touchées par la pauvreté de façon disproportionnée.
 
Ce qui doit nous alerter, c'est que le regain d'activité et la baisse du chômage connus depuis 2015 n'a pas permis une baisse du niveau de la pauvreté. Depuis 20 ans nous sommes dans une phase de stagnation avec une hausse sur 10 ans après la crise économique et financière. La France s'est stabilisée avec un niveau élevé du taux de pauvreté qui n'arrive plus à être endigué par le retour à l'emploi.
 
 

Vous signalez notamment la surreprésentation des jeunes dans ces statistiques avec un taux de 19.8% pour les moins de 18 ans, représentant un tiers du total des 5 millions de pauvres vivant avec moins de 855 euros par mois (50% du revenu médian). En quoi cette réalité de la pauvreté des enfants est-elle particulière, et en quoi est-elle minorée dans notre représentation ? 

 
Cela n'est pas vraiment une nouveauté…les enfants pauvres vivent dans des familles pauvres. Cela est la conséquence du fait qu'il y a de plus en plus de familles pauvres, notamment monoparentales, ce qui est un phénomène relativement nouveau à l'échelle de la société française. Lorsqu'une mère célibataire parvient à décrocher un mi-temps au SMIC, cela fait 600 euros par mois, ce qui est bien en dessous du seuil de pauvreté et même si elle peut obtenir des revenus complémentaires, du type RSA, cela ne suffit pas à sortir ces familles de la pauvreté. Le RSA est de 550 euros par mois alors que le seuil de pauvreté utilisé par le gouvernement est de 1000 euros par mois pour une personne seule.
 
Ce qui est préoccupant, c'est que lorsque nous naissez pauvre, vous risquez de rester pauvre longtemps au cours de votre vie, et vos enfants auront une probabilité plus élevée d'être pauvre. C'est cette reproduction sociale qui est inquiétante. Ce qu'a dit le président de la République est juste à ce propos, c'est ici que l'accent doit être mis , mais il ne faut pas oublier que cela n'est pas en donnant des petits déjeuners gratuits à l'école qu'on va résoudre la situation de leurs parents qui sont eux-mêmes pauvres. C'est en sortant leurs parents de la pauvreté que les enfants ne le seront plus.
 

 

Comment évaluer la réponse gouvernementale à cette pauvreté des jeunes, que ceux-ci soient des enfants, des adolescents, que de jeunes adultes ?

 
 
Il est important de traiter le problème de la pauvreté pour les plus jeunes  mais cela n'est pas uniquement en ciblant ces catégories que nous arriverons à résoudre leurs problèmes. C'est donc un traitement d'ensemble de la pauvreté qui doit être mis en place, en touchant les adultes et les plus jeunes. Cependant, en considérant cette problématique des jeunes, il faut relever le double discours qui consiste à évoquer la pauvreté des jeunes tout en les excluant d'un revenu minimum, le RSA aujourd'hui ouvert qu'à partir de 25 ans. Il y une expérience qui est menée actuellement, qui est réservée à quelques dizaines de milliers de personnes de moins de 25 ans dans une situation de précarité très préoccupante, mais cela n'est pas généralisé. Il y a une forme de majorité au revenu minimum qui paraît aujourd'hui assez étrange alors que le discours politique désigne la pauvreté des jeunes comme une priorité. Le gouvernement qui abaissera ce seuil à 18 ans marquera l'histoire sociale du pays. 
 
Commentaires

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  • Par gilbert perrin - 12/10/2018 - 09:20 - Signaler un abus se baser sur les chiffrse INSEE est une connerie ...

    comme toutes les données officielles, c'est aménagé pour le pouvoir ???? CROYONS en notre pragmatisme à la "papa"... expérience plutôt que "diplomes"...

  • Par gilbert perrin - 12/10/2018 - 09:22 - Signaler un abus comment les entreprises donnent elel leurs statistiques ???

    si vous êtes gentil, je vous donnerai mon expérience ????

  • Par DANIEL74000 - 12/10/2018 - 09:43 - Signaler un abus causes ?

    La France et particulièrement les jeunes et les vieux sont empoisonnés par les deux mamelles qui devraient nourrir le pays : l'Education Nationale (nourrir l'esprit) La Sécurité Sociale (nourrir le corps par les soins) L'Etat par son dirigisme a tué la France en ne voyant que leurs élections et le confort de leur armée de ponctionnaires

  • Par vangog - 12/10/2018 - 09:58 - Signaler un abus Un parcours typique d’apparatchik socialiste, ce Noam Leandri!

    Mis au monde par tonton en 1981, IEP Paris, Ensai, il a débuté à l'Insee puis à la direction du budget à Bercy et à l'OCDE, avant de devenir, en 2009, auditeur à l'inspection générale de la Banque de France et à l'Autorité de contrôle prudentiel et, en 2012, adjoint de direction à la Banque de France, économiste en relations internationales à la direction générale "études et relations internationales". En 2014, il est nommé conseiller budgétaire et social au cabinet de Sylvia Pinel, ministre du Logement. Dernièrement il était conseiller budgétaire, finance verte, prix du carbone au cabinet de la ministre de l'Environnement Ségolène Royal et, parallèlement, conseiller budgétaire au cabinet de Barbara Pompili, ADEME puis Président d’Observatoire des résultats de la politique gauchiste...ce mec va finir Ministre, à force d’observer les échecs de la politique gauchiste..

  • Par ajm - 12/10/2018 - 14:28 - Signaler un abus Ambiguïté sur ce qu'on nomme jeune.

    Cette histoire de pauvreté des jeunes est ambiguë. De quoi parle-t-on ? Des très jeunes qui sont encore étudiants et à la charge de leurs parents? De jeunes travailleurs ? De jeunes non étudiants et au chômage ? Au nom de quoi des étudiants devraient-ils recevoir de droit des revenus importants de la collectivité ? S'agissant de jeunes travailleur, ils gagnent en général moins que ceux, de même formation et de même métier, ont plus d'expérience et de responsabilité, c'est assez naturel. Par ailleurs, l'article élude la question de la jeunesse immigrée, surtout Africaine, qui pour des tas de raisons, sort souvent de l'ecole sans formation , sans un bagage culturel minimum et qui tire vers le bas les moyennes de revenus ( hors revenus de trafics et d'origine illicites ).

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 15:05 - Signaler un abus Solution Miracle !

    Il existe un moyen très simple, pour les jeunes, d'échapper à la pauvreté ! Il suffit d'entreprendre des études d'ingénieur ! Dès votre troisième année d'étude, la pénurie de ce genre de diplômés est telle, que vous vous verrez offrir un emploi, correctement rémunéré, qui sera aménagé de telle façon que obtiendrez ''en même temps'' votre diplôme, sans allongement de la durée des études ! Seule condition, impérative : avoir la ''bosse des maths'', ce qui est très loin d'être donné à tout le monde ! Petite méthode de rattrapage : si vous avez du charme, épouser un ou une ingénieur ! Avec le divorce, surtout si vous êtes une femme et que vous aimez les enfants, une bonne pension alimentaire vous sera assurée !

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 15:09 - Signaler un abus Du travail sur simple demande, tout de suite !

    Mais pour les autres, la grande majorité, qui a horreur des maths, que faire ? J'ai l'habitude d'écrire sur ce site pour défendre le Revenu Universel, mais désormais, j'insiste aussi sur l'obligation pour nos sociétés contemporaines d'imaginer des professions qui permettent, au minimum, de proposer un ''rôle dans l'existence'', une ''raison de vivre'' à tout citoyen qui en fera la demande. Et, cela, très rapidement et pour un salaire correct ! Je pense d'ailleurs aussi, qu'il s'agit de la seule méthode efficace pour lutter contre l'Islamisation de nos banlieues !

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 15:14 - Signaler un abus La Compétition ''hyper-libérale'' !

    Mais, en pratique, comment atteindre ce but ? Si j'avais trouvé une solution ''miracle''détaillée, je lancerais dans une carrière politique ! Ce que je peux seulement vous affirmer, c'est une condition indispensable : sortir le plus rapidement possible de la société de compétition ''hyper-libérale'', qui enfonce les populations occidentales dans une misère de plus en plus intolérable depuis quarante ans !

  • Par walchp - 12/10/2018 - 15:30 - Signaler un abus La société hyperliberale que dénonce Ganesha

    C’est une société où on doit être capable de faire quelque chose pour gagner sa vie, une société où on doit se donner le mal d’apprendre un métier. Quel scandale !!! Et quand un mec plaque sa femme non qualifiée après lui avoir fait 3 gosses et lui refuse toute aide matérielle, ça fait une famille pauvre, bien entendu victime du libéralisme !!

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 16:20 - Signaler un abus Walchp

    Au moins sur ce sujet, contrairement à votre commentaire de 10h20, vous n'êtes pas complètement ''hors-sujet'' ! Apparemment, vous ne connaissez pas cette ''spécialité juridique'', qui n'existe qu'en France, et qui s'appelle ''prestation compensatoire''. Vous devriez y goûter !

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 16:23 - Signaler un abus Une Tyrannie totalitaire au bord de l'Explosion !

    Il y a sur ce site quelques fervents défenseurs du Libéralisme Reagano-Thatchérien, cette ''Revanche des Riches sur les Pauvres'', ce ''Robin des Bois Inversé'', cette ''Loi de Jungle sans pitié'', qui est la politique qui nous a mené à la situation actuelle : nous sommes au bord de l'explosion sociale et financière ! Alors, nous avons ici quelques ''privilégiés du système'' qui viennent, égoïstement, sans la moindre pudeur, nous présenter leurs misérables arguments, dans l'espoir de ''sauver leur beefsteak'' ! Mais, ce n'est pas très convaincant !

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 16:26 - Signaler un abus Pourquoi avez-vous si peur ?

    En fait, vous ne devriez pas avoir peur ! Pour l'instant, que ce soit en Italie, en Autriche, en Flandre belge, en Hongrie, en Pologne, et quelques autres pays, il ne filtre aucune information comme quoi des ''pogroms'' seraient organisés pour maltraiter les ''bourgeois retraités aisés'' ! Il semble même que ceux-ci sont nettement mieux traités que leurs équivalents français, sous Macron !

  • Par Ganesha - 12/10/2018 - 16:28 - Signaler un abus Le Traître en Blouson Rouge !

    Évidemment, si votre idole, c'est le berger auvergnat en blouson rouge qui proclame en permanence être opposé au ''grand remplacement'', mais qui a généreusement attribué en 2017 90 mille euros à l'association Cosi, qui vient en aide aux immigrants illégaux, et 150 mille euros à la Licra, lobby spécialisé dans les poursuites judiciaires débiles pour des déclarations racistes imaginaires ! === http://www.forumrefugies.org/missions/missions-aupres-des-demandeurs-d-asile/premier-accueil

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Noam Leandri

Noam Leandri est président de l'Observatoire des inégalités.

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