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L'incroyable impact que les bons enseignants ont sur les revenus futurs de leurs élèves

1,4 million de dollars, c'est la différence de revenus par classe qu'engendrerait la différence entre un bon et un mauvais professeur, selon des économistes américains. Multipliez cela par le nombre de classes que chaque enseignant dirige au cours d'une carrière et vous avez un impact économique de premier ordre directement lié à la qualité de l'enseignement.

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L'incroyable impact que les bons enseignants ont sur les revenus futurs de leurs élèves

La qualité des profs explique 20% des disparités de résultats entre élèves. Crédit Reuters

Atlantico : Une étude américaine (voir ici) a permis d’évaluer à environ 1,4 millions de dollars par classe, l’impact financier de l'enseignement d'un "bon professeur" par rapport à un autre moins bon sur les revenus futurs des élèves qui la composent. A-t-on conscience de ce phénomène en France ?

Corinne Prost : Cette étude propose une analyse très fouillée, à partir de données très riches portant sur des élèves et des enseignants. Les auteurs peuvent notamment suivre les élèves jusqu'au début de l'âge adulte, et, grâce à des données fiscales, connaître les revenus de ces jeunes lorsqu'ils sont sur le marché du travail. Cela permet d'évaluer l'impact de la "qualité" de l'enseignant directement en termes salariaux. Ils évaluent alors à 1,4 million de dollars par classe le fait d'avoir un enseignant "moyen" plutôt qu'un des enseignants parmi les 5 % moins bons.

Néanmoins, ce 1,4 million est un gain cumulé sur l'ensemble d'une vie active, ce chiffre n'a pas beaucoup de sens en soi. Il reflète une hausse de salaire pour chaque élève de 1,6 %, ce qui, vous en conviendrez, est déjà moins impressionnant. Ce que disent les auteurs, c'est que ce salaire plus élevé de 1,6 %, reçu sur l'ensemble d'une carrière, représente une somme importante.

 

Marc Gurgand : En France, il y a beaucoup de littérature sur "l'effet prof". Il est acquis (parmi les chercheurs) que c'est un déterminant important et qu'il y a beaucoup de disparités (on estime que la qualité des profs explique 20% des disparités de résultats entre élèves). Mais ça n'a jamais été quantifié en euros ou en dollars, même à l'étranger, à ma connaissance, c'est la première fois.

Comment expliquer économiquement ce montant extrêmement élevé lorsqu’il est multiplié par le nombre de classe d’un bon professeur sur l’ensemble de sa carrière ?

Corinne Prost : Un des mécanismes mis en évidence par l'étude repose simplement sur les résultats scolaires : les élèves qui bénéficient d'un bon enseignement obtiennent des meilleures notes à la fin de l'année. C'est un avantage qu'ils conservent et qu'ils peuvent ensuite valoriser par de meilleurs diplômes. Notamment, l'étude montre que ces élèves vont plus souvent entrer à l'université et obtenir un diplôme du supérieur. En outre, on peut penser que ces élèves acquièrent une plus grande confiance en eux, ce qui se traduit également dans les comportements sociaux. Les économistes ont montré que les salaires dépendent pour partie des diplômes mais aussi pour une grande partie des compétences dites non-cognitives, c'est-à-dire des facultés relationnelles.

Marc Gurgand : Imaginez qu'un américain moyen gagne 68,000 dollars par an (à peu près le PIB par tête). Si on veut avoir une idée de ce que rapporte l'éducation, on peut mesurer ce que rapporte (en moyenne) d'avoir une année d'étude supplémentaire : il y a une énorme littérature économique là-dessus, mais il y a un consensus sur le fait que ça représente une augmentation salariale de 6 à 10% selon les gens, les niveaux, etc.; donc entre 4,000 et 6,800 dollars par an. En imaginant que vous travaillez 40 ans et en faisant abstraction des pensions de retraite pour simplifier (et de l'actualisation), vous voyez que le gain d'une année d'éducation pour une personne est typiquement de 160,000 à 272,000. Si vous avez une classe de 30 élèves que vous poussez à étudier une année de plus, tout compris, cela représente un accroissement des salaires perçus par ce groupe de 4,800,000 à 8,160,000 dollars. 

Maintenant, on parle dans cet article d'autre chose, mais qui a des conséquences sur ce que les gens apprennent (et qu'ils peuvent valoriser sur le marché du travail), et indirectement sur les études qu'il poursuivent (parce qu'ils sont mieux préparés). Le 1.4 million que les auteurs calculent correspond à quelque chose d'un peu abstrait : l'effet de passer d'un des professeurs les plus médiocres de la distribution à un professeur moyen. On ne sait pas bien ce que ça veut dire, mais on peut imaginer que les professeurs dans le bas de la distribution dans leur données (qui proviennent d'une ville américaine qui n'est pas connue) forment leurs élèves particulièrement mal. En tous cas, vous voyez que ce 1.4 million représente entre 30% et 17% du gain d'une année d'étude supplémentaire. Ça veut dire, par exemple, qu'éviter un très mauvais enseignant peut permettre à un élève sur 5 de poursuivre ses études une année de plus (ou à un élève sur 10 de poursuivre ses études 2 ans de plus, etc.).

 

Il ne fait aucun doute que ce sont des effets très importants. Mais si vous les rapportez au gain salarial d'une année d'étude pour une classe entière, on voit aussi que l'ordre de grandeur n'est pas aberrant. Et il faut savoir aussi que ces chiffres sont toujours des estimations statistiques, qui ont une certaine imprécision : la vraie valeur peut être plus faible, on n'a ici qu'une estimation. 

 

Quels enseignements doit-on en tirer ? Cela remet-il en cause la vision que les économistes ont des enseignants ?

Corinne Prost : L'enseignant compte évidemment et certains enseignants réussissent mieux que d'autres à faire progresser les élèves. Tout parent d'élève le sait et les chefs d'établissement le savent également. Les économistes ont tenté de relier cette "qualité" des enseignants à certaines caractéristiques, telles que "âge" et "diplôme". Il n'y a pas de réponse claire ; les jeunes enseignants sont un peu moins bons car c'est un métier qui s'apprend ; et les compétences académiques semblent jouer un rôle également. Toutefois, les plus grandes différences viennent de caractéristiques individuelles des enseignants, leur faculté à maîtriser une classe, leur sens de la pédagogie, leur envie. Il ne semble donc pas possible de repérer à l'avance les plus compétents ; c'est sur le terrain que les différences se dessinent. Néanmoins, il ne faut pas avoir une vision trop mécaniste : les personnes évoluent au fur et à mesure de leur carrière. En outre, un enseignant n'est pas seul, il s'agit d'une interaction entre une classe et lui. Il peut réussir un peu moins bien face à certaines dynamiques de classe.

L'étude ne remet pas en cause la vision des économistes sur les enseignants. Elle permet de préciser l'ampleur du phénomène et de montrer que les effets sont notables à long terme. Il y a un débat entre certains économistes de l'éducation qui pensent que les meilleurs leviers sont du côté des moyens budgétaires, par exemple la taille de la classe ; et d'autres économistes qui pensent que les enseignants influent bien davantage sur la réussite scolaire. Cette étude donne des arguments de poids à ces derniers économistes. Néanmoins, les moyens d'action ne sont pas encore très clairs. 

 
Commentaires

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  • Par Salaudepatron - 15/10/2013 - 10:19 - Signaler un abus C’est sans doute pour ça,

    Que la majorité des Français sont fauchés...

  • Par celajun - 15/10/2013 - 10:38 - Signaler un abus Ça s'apprend mais...

    "les jeunes enseignants sont un peu moins bons car c'est un métier qui s'apprend ; et les compétences académiques semblent jouer un rôle également." Ça s'apprend certes mais, contrairement à ce que les adeptes du pédagogisme veulent faire croire, ça s'apprend essentiellement sur le terrain et on ne devient bon que lorsqu'on a la personnalité et le charisme pour ça. Comme on ne fera jamais d'un âne un cheval de course, on ne fera jamais d'un individu terne et effacé un bon enseignant. Il faut, effectivement, aussi de solides connaissances académiques mais adaptées au niveau où on enseigne. Même si on n'en sait jamais trop, quelqu'un de très brillant académiquement risque fort de ne pas s'épanouir en collège (voire même aujourd'hui au lycée qui est ce qu'était le collège il y a 20 ans). J'ai été chef d'établissement et en zone difficile et j'ai vu -ils sont malheureusement très minoritaires- des jeunes enseignants absolument remarquables et ceux-là, sauf très marginalement et de manière exceptionnelle, n'avaient jamais aucun problème de discipline -cela va sans dire- et faisaient preuve d'une rigueur et d'une exigence sans faille à tous les niveaux. C'est cela le secret.

  • Par yavekapa - 15/10/2013 - 10:42 - Signaler un abus Et quel est le niveau des profs

    pour produire (non pas enseigner, surtout pas, pas de gros mot) des élèves qui crouleront sous les dettes. Et quelle spécialité pour produire les futurs parasites. Allez Peillon au turf, du boulot t'attend, pour une fois. Dis-nous tout. Fais comme les obus à tête chercheuse; peine perdue, avec une charge creuse. En attendant, on se peille bien ta tête.

  • Par celajun - 15/10/2013 - 10:46 - Signaler un abus Suite

    J'ajouterais qu'on ne peut pas récompenser leur professionalisme, égalitarisme syndical oblige qui est la pire dissuasion de l'excellence. On y arrive par la marge et avec l'aide des inspections disciplinaires qui, le plus souvent, savent reconnaître leurs mérites (mais essaient surtout de les utiliser, certes avec reconnaissance financière). Et qu'il s'agissait de jeunes enseignants qui avaient eu là leur premier poste. Le jeune âge (il y a parfois des exceptions) rend moins difficile le contact avec les populations adolescentes mais tout manquement à la reigueur ne pardonne pas car est reçu comme une marque de mépris. L'exécrable film "La Classe" montrait très exactement ce qu'il ne faut pas faire avec ce personnage imbu de lui-même en représentation constante qui faisait de la démagogie à chaque instant.

  • Par pemmore - 15/10/2013 - 11:02 - Signaler un abus J'ai remercié l'institutrice de mon fils ainé il y a peu,

    la grande majorité de sa classe ont de bons diplômes de bons boulots, rien à dire. Lui est en passe de devenir cadre. Les deux autres sont tombés sur bien moins bien et abonnés à pôle emploi. What else?

  • Par HerveLE - 15/10/2013 - 13:48 - Signaler un abus dommage

    que dans notre pays, ils n'en récupèrent pas un seul centime, quelle que soit la peine qu'ils se donnent... il faut dissoudre l'éducation nationale

  • Par prochain - 15/10/2013 - 19:13 - Signaler un abus l'Incroyable impact des mauvais enseignants

    en 35 - 40 ans de carrière est irréparable.

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Corinne Prost - Marc Gurgand

Corinne Prost est économiste, ses domaines de recherche sont l'économie de l'éducation et le marché du travail. Elle a mené des évaluations de la politique d'éducation prioritaire ainsi que des analyses de la mobilité des enseignants en France.

Marc Gurgand est membre associé de la Paris School of Economics et directeur de recherche au CNRS spécialiste de l'économie de l'éducation.

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