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Implosion du système scolaire : il est urgent de passer les principes pédagogiques français au kärcher

Le pédago-bashing est probablement le sport le plus salutaire pour l'avenir de la société. Et si l'on admet l'hypothèse que le corps enseignant du vingt-et-unième siècle a repris toutes les fonctions (et les vices) du clergé français du dix-huitième siècle, il devient aussi vital pour la société française de pratiquer le pédago-bashing pour retrouver la voie de la prospérité collective, qu'il était indispensable sous Louis XVI d'être libertin et de bouffer du curé pour accéder aux Lumières.

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Implosion du système scolaire : il est urgent de passer les principes pédagogiques français au kärcher

La grande implosion scolaire française

Dans le déluge de mauvaises nouvelles qui s'abat sur la société française, un seul diagnostic terrifiant mériterait d'être emmené avec nous sur une île déserte: celui de l'implosion du système scolaire français, dont les vices sont non seulement évidents pour tous, mais désormais (à de nombreux égards contre la volonté de l'institution scolaire elle-même) parfaitement documentés par des études détaillées. La pédagogie à l'oeuvre en France, et les choix obsolètes en matière d'organisation du système scolaire (centralisation excessive, opacité du fonctionnement, co-gestion syndicale, égalitarisme salarial) sont au coeur d'un ratage collectif très impressionnant.

Jamais on n'a vu une organisation aussi peu performante avec un budget aussi considérable (près de 60 milliards d'euros). Pour l'ensemble de la société française, à long terme, la rupture dans la transmission des savoirs à laquelle nous assistons constitue un danger majeur.

Le pédago-bashing contre le déni des évidences

Les seuls à ne pas manifestement mesurer le poids de leur responsabilité dans la construction collective sont les enseignants eux-mêmes, qui refusent tout examen de leur performance pédagogique et résument la visée de l'Education Nationale à la satisfaction de ses personnels pédagogiques.

Là encore, tous ceux qui connaissent des enseignants savent que l'enjeu majeur de cette armée d'un million de personnes est, à une très large majorité, fondé sur l'idée que le système éducatif doit être au service de l'enseignant et non l'inverse. Dans cette espèce d'admiration narcissique, les enseignants se battent mordicus sur une ligne de défense fondamentale: le seul problème de l'Education Nationale, c'est le manque de moyens. L'évidente obsolescence de la pédagogie ne peut pas être interrogée.

Le pédago-bashing contre le refus de l'innovation

Mais je reprendrai volontiers quelques témoignages sur le site Néoprofs pour étayer cette affirmation, écrits notamment à l'occasion du livre de Céline Alvarez sur la méthode Montessori.

Ces témoignages sont assez effrayants, car ils montrent comment l'enseignant ordinaire peut déborder de haine et de mépris pour tous ceux qui cherchent à rénover la pédagogie et à faire réussir leur élèves sans éternellement geindre sur le manque de moyens et le manque de reconnaissance des enseignants. Ils me rappellent des cas que j'ai observés lorsque j'oeuvrais à l'Education Nationale de jeunes enseignants décidés à faire réussir leurs élèves et littéralement harcelés par leurs collègues, singulièrement par les syndicalistes d'ailleurs, pour que rien ne bouge.

Voilà comment toute proposition d'innovation formulée à un enseignant est vécue comme une marque de mépris, et même comme une insulte. Avec un corps enseignant aussi nul, on ne s'étonnera pas de voir les élèves, à l'âge adulte, marquer une préférence pour la sclérose et l'encroûtement. Disons-le clairement: nos jeunes qui aiment l'innovation sont des héros qui ont survécu à 15 ans de lavage de cerveau sur le mode du "toute nouveauté est dangereuse, prétentieuse et inutile".

Pour ne pas tuer la capacité à innover en France, il est indispensable de consacrer au moins un quart d'heure chaque jour à un pédago-bashing public!

Le pédago-bashing contre le harcèlement au travail

Je continue ici les témoignages de Néoprofs sur Céline Alvarez:

Lorsqu'un enseignant essaie de promouvoir les bienfaits de l'innovation en remettant en cause l'équation absurde: proposer d'innover, c'est nous soupçonner d'être ringards, donc c'est nous insulter, on trouve toujours les arguments mentionnés ci-dessus pour le tacler:

1° l'institution (qu'aucun enseignant ne manque de conspuer quand il y trouve intérêt, bien entendu) a bien dit que l'innovation était nulle,

2° l'innovateur (en l'espèce Céline Alvarez) a probablement des choses à cacher, puisqu'elle ne nous a pas convaincus. En l'espèce, elle n'a pas accepté de prêcher pendant dix ou vingt ans dans le désert sous nos quolibets. C'est bien la preuve…

3° d'ailleurs, elle fait des caprices d'enfants, elle ne mérite pas d'être écoutée,

4° preuve est donc faite qu'elle nous méprise.

Si, si! des "cadres" qui ont en moyenne fait cinq ans d'études après le baccalauréat sont capables d'écrire des conneries pareilles, en s'estimant par ailleurs beaucoup plus intelligents que les autres. Et c'est à eux que vous confiez vos enfants!

Si le Code du Travail s'appliquait à l'Education Nationale, on serait d'ailleurs étonné de la floraison de cas de harcèlements au travail: la communauté éducative est tellement impitoyable avec tous ceux qui cherchent la réussite des enfants et la rupture avec la musique de fond syndicale sur "on n'est pas aimés par des parents débiles qui ne comprennent rien à rien".

 
Commentaires

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  • Par cloette - 02/10/2016 - 10:39 - Signaler un abus la pédagogie est un don

    On l'a où on ne l'a pas .

  • Par Leucate - 02/10/2016 - 16:40 - Signaler un abus La vraie pédagogie et la pédagogie Educnat

    Il existe une pédagogie qui marche, c'est celle des formateurs et une autre qui marche pas parce que trop universitaire, c'est celle de l'Educnat. Le formateur a une contrainte, c'est de former de jeunes "généralistes" capables d'assumer, le plus tôt possible, les tâches et les rôles de son métier à son niveau du premier grade fixé par son niveau de recrutement et de régler les problèmes courants qu'il pourrait normalement rencontrer. Le formateur a un "client", le ministère ou l'entreprise qui lui fournit des jeunes à former, client qui le juge à la qualité des jeunes qui arrivent en "unité de travail" à la sortie de leur "scolarité". Cela n'est pas le cas des enseignants qui sont rarement évalués à la qualité des élèves qu'ils instruisent. Comme toute discipline, la pédagogie s'apprend, c'est une boite à outils nécessaire pour qu'un homme, qu'on appellera l"émetteur" fasse passer un message à un public qu'on appellera "le récepteur" sans trop de déperditions - "ce qu'il a entendu, ce qu'il a écouté, ce qu'il a compris et ce qu'il a retenu". Encore faut-il que le professionnel sache se servir de ses outils.

  • Par Leucate - 02/10/2016 - 16:56 - Signaler un abus @cloette - Non

    la pédagogie n'est pas un don. Certes, nous sommes tous inégaux et il y en a qui ont de la "présence" et d'autres pas. Il y en a qui ont de la "tchatche" et d'autre qui sont invertis et ont du mal à s'exprimer. Les cours de formation de formateurs, dans leur toute première partie, ont pour objectif (un maître mot en formation) de faire en sorte que le "tchatcheur" maîtrise et discipline son expression vocale et que l'inverti apprenne à s'extérioriser et à s'exprimer devant un public. Une fois l'aisance trouvée pour les deux types, la formation de formateur concerne alors bien d'autres sujets, la préparation du cours, les différentes évaluations, les attitudes face à plusieurs situations et enfin les différentes méthodes pédagogique à ma^triser et à utiliser en fonction du type de cours que le formateur à à faire passer. Une formation de formateur fait au moins un mois de stage pour un premier niveau, deux pour une formation complète qui n'est pas absolument nécessaire pour un formateur de "Formation initiale" mais l'est pour un formateur de "Formation continue" qui a affaire a des professionnels de tous âges et de tous grades volontaires pour suivre un stage proposé.

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 02/10/2016 - 23:02 - Signaler un abus alors les sachants : réactions ?

    Il est bien vrai qu'il devrait s'agir d'éducation nationale des élèves et non de l'aménagement du temps de travail d'un employé a tiers temps. Des enfants de 11 ans qui ont 8 h de cours le lundi et mardi pour que le prof ai son mercredi et son vendredi :ça existe ! malheureusement . Et comment se fait-il que cette technostructure ne se soit pas interrogée sur son "absence" éducative dans la malheureuse multiplication des fichés S cotoyés pendant 15 ans pour la plupart .

  • Par vangog - 03/10/2016 - 21:50 - Signaler un abus Oui...et les solutions?

    cette affaissement de notre système éducatif est le résultat de cinquante années ( grosso modo depuis 1968) d'entrisme trotskyste et de travail de sape d'un système éducatif qui fonctionnait bien, avant...bon ben...la solution est de virer ces pedagogistes Trotskystes et de restaurer ce qui fonctionnait bien, avant la casse syndicale de ce service public. Tous les profs atterrés par ce saccage le disent: il faut restaurer l'autorité des profs, car la transmission des savoirs se nourrit d'exemplarité. Et puis...il faut restaurer les disciplines de base à l'école. Ah oui! Et puis, il faut bien voter, car si vous remettez au pouvoir ceux qui sont responsables de ce saccage, depuis cinquante ans, c'est mort!

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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