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Humour grinçant, non-sens, et profondeur

Atlanti-Culture

Publié le
Humour grinçant, non-sens, et profondeur

THEATRE

Le Défunt

de René de Obaldia.

Mise en scène : Patrick Rouzaud.

Avec : Patrick Rouzaud (madame de Crampon), Mahmoud Ktari (Julie).

INFORMATIONS

 La Croisée des Chemins 

43, rue Mathurin Régnier 75015

les jeudis et samedis à 20h, jusqu' au 3 novembre

Réservations : 01 42 19 93 63 – www.theatrelacroiseedeschemins.com

RECOMMANDATION

           BON

THEME

Deux femmes éplorées se retrouvent pour évoquer Victor, dont l’une (Julie) est la veuve et l’autre (madame de Crampon) fut la maîtresse. Leur discussion permet de découvrir que l’homme aimé par elles s’avère un prédateur sexuel de première catégorie, tour à tour violeur de CRS, de grand-mère, de collègue de travail... 

Passée la surprise de leurs révélations croisées, elles ne semblent pas s’en formaliser outre mesure ; à croire que Victor n’existe pas, ou alors seulement dans l’esprit troublé de ces dames…

POINTS FORTS

- Le Défunt explore certains des ressorts fondamentaux du comique - la surprise et le contraste – en s’inspirant d’Exercices de style.

La première partie de la pièce joue du décalage entre un tragique appuyé et la révélation des abus insensés de Victor, alors que la seconde partie passe les mêmes texte, les mêmes personnages et le même catalogue d’horreurs à la moulinette d’interlocutrices aussi désinvoltes et inconscientes que stupides.

- La pièce procède donc habilement en décrochages, impromptus, et se prête remarquablement à des registres interprétatifs variés. René de Obaldia glisse avec un talent et un bonheur réjouissants du nonsense à l’humour noir sans crier gare. Il est servi par la mise en scène dynamique de Patrick Rouzaud et son jeu expressif et contrasté.

POINTS FAIBLES

- On peut déplorer l’exiguïté de la scène, qui contraint les mouvements et condamne le décor au minimalisme, quoique cela suffise. 

- Julie manque un peu de subtilité, tant en veuve tragique qu’en péronelle écervelée.

EN DEUX MOTS

Omniprésent, le comique ouvre grand les vannes du rire, mais nous fait aussi percevoir la souffrance, la culpabilité, voire la folie et la pénitence engendrées par la perte et le deuil.

UN EXTRAIT

 Ou plutôt deux:

- Julie : « Victor adorait les oiseaux. La première fois qu’il viola un CRS, je lui dis très doucement, pour ne pas le froisser : “Pourquoi as-tu fait cela ?“. “Parce qu’il ressemblait à un petit oiseau !“. C’était un poète, mon Victor ! ».

- Madame de Crampon : "Toutes les femmes aiment un Victor. Il faut bien un monstre pour donner prétexte à leur propre labyrinthe." 

L’AUTEUR

René de Obaldia, né en 1918 à Hong Kong, est un auteur prolifique : on lui doit des romans (Tamerlan des cœurs, 1955), des poèmes (de Midi en 1949 au recueil Sur le ventre des veuves en 1996) et de nombreux textes adaptés au théâtre (dont Génousie, au TNP par Jean Vilar en 1960 ;  Monsieur Klebs et Rosalie en 1975 et 1993). Depuis La Passion d’Émile (1956), beaucoup de ses récits témoignent d’une appétence certaine pour l’humour, surtout quand il est noir, et c’est dans cette veine que s’inscrit Le Défunt.

 
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Jean Ruhlmann

Jean Ruhlmann est historien et maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Lille III et à Sciences Po Paris. Il est également l'auteur de Ni bourgeois Ni prolétaires. La Défense des classes moyennes en France au XXe siècle (Seuil, 2001).

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