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Hongrie : "L’Europe court à sa perte si elle laisse l'un de ses membres bafouer ses valeurs"

Le Premier ministre conservateur hongrois, Viktor Orbán, devant le Parlement européen ce mercredi. Il défendra la position de son gouvernement jugée trop autoritaire et nationaliste par les autres membres de l'UE.

Orban mise au ban

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Les conservateurs hongrois "bon teint" (voir par exemple la Fondation Lajos Batthyány qui vient de produire une analyse en quatre pages sur les vertus de l’actuel gouvernement) expliquent, comme l’a fait dans Le Monde András Lánczi, que la politique actuelle du gouvernement Orbán s’explique par la nécessaire revanche contre l’internationalisme communisme, et l’enrichissement des élites issues du communisme.

L’affaire serait donc simple... Face aux puissances étrangères de l’argent et à celles du mal politique (nationales), il faut plonger le pays dans une profonde instabilité institutionnelle et juridique, tout en utilisant l’État national pour contrôler l’économie au nom du peuple.

Le patriarcat orthodoxe de Moscou ne disait pas mieux (bien sûr sans évoquer la dimension anti-communiste) dans son communiqué du 3 janvier 2012, plein d’empathie pour le héros hongrois attaqué par les Occidentaux.

La création d’une classe moyenne nationale comme horizon absolu est donc ouvertement présentée comme le but ultime de la politique conservatrice, et pas seulement en Hongrie. Seulement voilà, dans ce pays comme dans d’autres en Europe, c’est la précarisation qui est la question sociale majeure, et la solidarité tant socio-économique que civique qui est l’enjeu premier.

Or, avec une taxation homogène à 16 % sur l'ensemble des revenus (riches et pauvres), avec des droits d'inscription prohibitifs pour conduire des études supérieures à partir de l’an prochain, avec la suppression de toute autonomie des médias publics (et des pressions accrues sur tous les autres), en quoi répond-on à ces défis majeurs ? En rien. La fameuse classe moyenne ne peut alors exister que sous forme de "clientèle politique", puisque les institutions sont déstabilisées. Quant à la population, elle est priée de vivre dans la peur des non-Hongrois, et se doit de faire allégeance au parti dirigeant. Pour l'exemple, Viktor Orbán n'a pas hésité à comparer (mars 2011) la ville de Bruxelles à Moscou, quand celle-ci imposait son système à la Hongrie.

Il est clair que la démocratie ne prendra son essor que si droite et gauche sont suffisamment éclairées pour interagir dans le respect, même en cas de fort désaccord, et que l’Europe court à sa perte si elle laisse un de ses membres bafouer ses institutions et ses valeurs.

Après les élargissements successifs et la mise en place de l'euro, la crise hongroise doit permettre à l’UE d'engager une dynamique nouvelle, celle du civisme européen. L’Europe vit en ce jour à Strasbourg son heure de vérité, et il est à espérer qu'Angela Merkel maintienne ses positions de lundi sur la Hongrie, et qu’aux tristes "ersatz de poujadisme" qui se font jour partout en Europe réponde une ferme volonté démocratique.

 
Commentaires

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  • Par Olivierguy - 18/01/2012 - 20:23 - Signaler un abus Balayer devant sa porte

    Avant de critiquer le Hongrie, regardons comment notre hongrois malmène les droits de l'homme en France (Roms, musulmans etc..)

  • Par texarkana - 19/01/2012 - 09:37 - Signaler un abus "une ferme volonté démocratique" mon oeil!

    Je constate que la Pologne, dont le Président pourtant n'est pas un conservateur, vient de voler au secours de la Hongrie. Le cas de la Slovaquie est aussi trés intéressant (gouvernement assez anti UE), sans parler de la Serbie dont Merkel vient de refuser l'accés à l'UE. "Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark"

  • Par brennec - 19/01/2012 - 09:42 - Signaler un abus Europe dévaluée.

    Quelles valeurs? Ce n'est pas la démocratie que l'europe défend en tout cas, comme on l'a vu dans le cas du référendum grec. Les "valeurs' européennes ne sont ni la liberté ni la démocratie (toujours eu de pb de ce coté). Les 'valeurs' qui apparaissent avec la crise sont criticables et critiquées (voir interventions de Nigel Farage sur youtube). Ne pas prendre ceci pour un non lieu pour la Hongrie

  • Par Olizefly - 22/01/2012 - 23:24 - Signaler un abus Que reproche-t-on au juste au gouvernement hongrois ?

    De contrôler ses médias publics ? C'est le cas en Pologne, où je réside. Et en France c'est le président de la République qui nomme le directeur de France Télévision. Et puis autant que je sache le gouvernement hongrois précédent (de gauche) contrôlait aussi ses médias publics et ça ne gênait personne. Son impôt sur le revenu à 16% inscrit dans sa constitution ? C'est peut-être curieux et stupide,

  • Par Olizefly - 22/01/2012 - 23:25 - Signaler un abus Que reproche-t-on au juste au gouvernement hongrois (suite)

    mais ce n'est pas une violation des droits de l'homme et le peuple hongrois est souverain. En matière fiscale, je ne pense pas que la France ou le reste de l'Europe ait des leçons à donner à qui que ce soit, y compris à la Hongrie. Le coût des études supérieures prohibitifs ? Mais c'est le cas dans bien d'autres pays démocratiques, au premier range desquels les USA.

  • Par Olizefly - 22/01/2012 - 23:25 - Signaler un abus Que reproche-t-on au juste au gouvernement hongrois (suite)

    En réalité, par leurs attaques contre ce gouvernement hongrois élu dans des élections démocratiques, les élites européennes sont en train de perdre tout ce qui leur reste de crédit. Sans parler des journalistes qui comme d'habitude ne font pas leur travail puisqu'ils ce contentent de répéter bêtement ce que leur servent les agences de presse sans prendre la peine d'aller enquêter sur place.

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Paul Gradvohl

Paul Gradvohl est historien, spécialiste de l’Europe centrale contemporaine. Il est notamment responsable du Master Mention Langues et Cultures Étrangères de l'université de Nancy 2, et membre du CERCLE, le Centre de Recherche sur les Cultures et les Littératures Européennes, France - Europe centrale – Europe orientale.

Il est également un des initiateurs de la pétition S’engager pour la Hongrie, s’engager pour l’Europe et du groupe facebook qui lui est consacré.

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