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L’homoparentalité est-elle un droit ?

Ouille, on en voit déjà qui froncent le sourcil ! Et pourtant, à en croire la revue "Le débat", qui n’est pas "de droite", l’homoparentalité ne peut s’exercer que sous certaines conditions. Lesquelles et pourquoi ? C’est en dessous… et ça va secouer les "pro" comme les "anti", on vous le dit !

Revue des revues

Publié le - Mis à jour le 20 Juin 2014
L’homoparentalité est-elle un droit ?

L’homoparentalité ne peut s’exercer que sous certaines conditions selon la revue débat.  Crédit Reuters

 

Ce qui est bien avec “ Le débat ”, c’est qu’il n’a pas peur de poser les questions qui fâchent. Le politiquement correct, il connaît pas, il s’en défie, même, et on ne saurait que trop l’en louer. N’est-ce pas, après tout, la fonction et la vocation des médias — a fortiori des revues de type “ intello ” — que d’interroger les problèmes qui traversent et travaillent notre société en dehors de toute grille de lecture préétablie ? Quel intérêt, dites-moi, à poser des questions quand on sait à l’avance quelles réponses on va leur apporter ?

N’y aurait-il pas là, quelque chose de tronqué à la base, voire de vicié ? En choisissant de consacrer un dossier spécial aux “ enfants du mariage homosexuel ”, la revue ne la joue pas petits bras, elle y va ! Avisss à la population : elle ne ménage pas plus les anti- que les pro- ! Son but n’est pas de contenter un clan ou un autre : juste de prendre du champ, de mettre les choses en perspective afin de faire avancer la réflexion, quitte à froisser au passage les susceptibilités des uns ou des autres. Autant vous prévenir : ça déménage pas mal — mais après tout, on est là pour ça, hmmm ?, pour se faire bousculer un peu et pour secouer des certitudes dont on est, peut-être et qui sait ?, prisonnier malgré nous ?

 

La conjugalité et la filiation sont deux choses différentes, mais liées

 

Parmi les cinq longs articles qui composent le dossier “ Les enfants du mariage homosexuel ”, il en est un qui nous a particulièrement frappé : celui de Jean-Claude Quentel (professeur de sciences du langage à l’université de Rennes 2) et Jean-Yves Dartiguenave (maître de conférences en sociologie à l’université de Rennes 2), intitulé “ Tous parents ! Le mariage entre nature et culture ”. D’entrée, les deux auteurs rappellent la distinction entre la conjugalité et la filiation, qui “ définissent deux types de liens sociaux différents ”, mais qui, cependant, “ entrent en relation mutuelle. Chacune d’elles trouve son critère dans l’autre. Lévi-Strauss l’avait depuis longtemps fait ressortir lorsqu’il avait souligné le fait que l’enfant constitue le critère de la conjugalité, quelle que soit la société considérée. Il vient témoigner du fait que l’alliance a abouti ; elle a donné ses fruits. Le “ mariage pour tous ” apparaît dès lors comme la condition, dans le contexte social qui est le nôtre, à partir de laquelle un couple homosexuel peut avoir un enfant. D’autant plus que notre société continue de mettre des limites à l’adoption et à la procréation artificielle pour les homosexuels ”. En résumé, si être marié et avoir des enfants sont deux choses différentes, elles n’en demeurent pas moins liées : l’enfant est le signe, la concrétisation, de l’aboutissement du mariage. Dès lors, on ne peut détacher la question du mariage homosexuel de la question du droit, pour les homosexuels, d’avoir un enfant.

 

Le parent n’a pas de sexe

Premier petit point susceptible de créer des frictions du côté des anti- : “ La relation entre le parent et l’enfant doit avant tout être clairement distinguée du lien qui existe entre le géniteur et le petit, écrivent Quentel et Dartiguenave. Ce dernier renvoie à des processus naturels, en l’occurrence la capacité de procréer, mais également d’élever le petit, donc de s’en occuper selon des lois qui relèvent de l’espèce. La relation entre le parent et l’enfant est toutefois d’un autre ordre : elle relève de processus spécifiquement humains, que l’on désigne du coup (…) du terme de “ culturel ”. En l’occurrence, ces processus sont ici sociaux. Il n’est de parent et d’enfant que chez l’homme ; l’homme, seul, éduque celui qu’il a mis au monde et en fait son enfant. (…) Ainsi conceptualisé, au-delà donc du sens commun, le parent renvoie à un principe ou à ce que d’autres appelleraient une “ fonction ”. Il assume pour l’enfant une responsabilité au sens anthropologique, et pas simplement légal, du terme. Le parent fait partager à l’enfant ses appartenances ou ses formes de classement social, en même temps qu’il l’inscrit dans une filiation et le fait participer d’un lignage. De ce point de vue, le parent est non seulement clairement distingué du géniteur, mais, en tant qu’il relève d’un principe de fonctionnement spécifiquement humain, il n’a pas de sexe ”. Pas de sexe, le parent, dites-vous ? Houlou ! On en voit qui tiquent, là… Attendez la suite.

 

Quand les anti-mariage pour tous confondent principes anthropologiques et principes moraux

 

“ Le sexe, celui qui définit naturellement chez l’homme, comme chez quantité d’autres espèces vivantes, le mâle de la femelle, n’intervient d’aucune façon dans ce qui caractérise le fait d’exercer une responsabilité vis-à-vis de l’enfant, entendue dans ce qu’elle suppose comme principe, pas plus que le fait de l’inscrire dans l’histoire dont on participe, expliquent les auteurs. Ce point règle un des problèmes les plus importants parmi ceux soulevés à propos de l’homoparentalité : il est tout à fait possible, de ce point de vue, de faire valoir une tout autre configuration parentale que celle que nos sociétés ont connue à l’époque moderne et qu’elles connaissent, au demeurant, toujours majoritairement. Les critiques qui prétendent édifier la famille sur des fondements intangibles que garantiraient l’union d’un père et d’une mère confondent principes anthropologiques et “ principes ” moraux, c’est-à-dire de position éthique ; elles s’appuient sur une argumentation qui ne fait que naturaliser des phénomènes sociaux et donc arbitraires ”. Ca va, les anti-, vous tenez le choc ? Z’inquiétez pas, y’en aura aussi, plus loin, pour les pro-…

 

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 17/06/2014 - 08:06 - Signaler un abus Non, non, et Non

    De quel droit va t on interdire à un enfant d' avoir un père ou une mère. Il suffit de constater à quel point un enfant qui ne connaît peut être malheureux et souvent fait des recherche toute sa vie, va t il faire le tour du monde pour retrouver son parent? C'est un droit fondamental de l'enfant. Quand a voir comment ces enfants sont obtenus, en louant un ventre ou en l'achetant à des miséreuses indiennes,ou en achetant du sperme destiné à des couples stériles , on peut se demander comment ces gens de gauche peuvent s'éloigner à ce point des droits de l'homme ou de l'enfant. Cette décision est purement égoïste, le couple veut se faire plaisir, mais quel sera l'avis de l'enfant? De toute façon ces pratiques sont interdites par la loi et la simple morale élémentaire. Un retour au moyen age des droits de l'enfant....Non.

  • Par Gilly - 17/06/2014 - 09:15 - Signaler un abus Idiot

    "l’homme, seul, éduque celui qu’il a mis au monde et en fait son enfant" Dans le règne animal, la plupart des parents éduquent leurs petits pour en faire des adultes autonomes. Je me suis arrêtée là dans ma lecture. Comme @ Anguerrand, je pense qu'un enfant souffrira toute sa vie de ne pas connaître ses deux parents. C'est déjà vrai avec les hétéros, comment peut-on penser que ce ne sera pas le cas avec les homos ? Il n'y a que des gens qui n'ont pas connu cette souffrance qui peuvent émettre ces avis déconnectés des réalités.

  • Par cloette - 17/06/2014 - 10:10 - Signaler un abus mais....

    C'est une imposture, tout simplement ! et comme toute imposture voué à l'éphémère !

  • Par MEPHISTO - 17/06/2014 - 10:30 - Signaler un abus Les lois " naturelles "

    Pour son équilibre , son développement personnel , il faut un père et une mère à un enfant , comme références , tout au long des étapes de sa vie. depuis la naissance de l 'humanité , c'est gravé dans le marbre au même titre que la liberté propre à chaque individu. par contre , on ne peut demander de renier son père ou sa mère et appeller le compagnon de vie de celui-çi " maman " ou la compagne de celle-çi " papa " mais ce gouvernement a imposé le mariage civil homosexuel ou lesbien à notre société , qui j 'en suis persuadé , y est majoritairement opposée.l ' homoparentalité précéde la PMA et la GPA

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Barbara Lambert

Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.

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