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Homéopathie : peut-on vraiment s’en remettre à la justice pour trancher des débats scientifiques ?

La faculté de médecine de Lille vient de suspendre son diplôme d’homéopathie. C’est le dernier épisode d’une controverse mettant en lumière la manière d’agir de beaucoup de croyants. Ils cherchent à obtenir par les tribunaux ce que la science leur refuse, afin de cautionner leur idéologie auprès du grand public. Ce qui n’est pas sans poser un sérieux problème quant à la recherche de la vérité et in fine, quant au fonctionnement normal de notre démocratie en interdisant tout débat sur le fond...

Poudre de perlimpinpin

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Homéopathie : peut-on vraiment s’en remettre à la justice pour trancher des débats scientifiques ?

 Crédit PHILIPPE HUGUEN / AFP

Tout commence le 18 mars dernier avec la publication dans le Figaro d’une tribune incendiaire[1] de 124 médecins qui réclament publiquement auprès de leur conseil de l’Ordre la sortie de diverses pratiques plus ou moins ésotériques (dont l’homéopathie) du champ de la Médecine.

Bien évidemment, cette revendication n’est pas du tout du goût des médecins homéopathes de France et leur syndicat national porte plainte auprès de l’Ordre des médecins. Et c’est ainsi que les médecins signataires de la tribune se retrouvent désormais sous le coup d’une possible sanction disciplinaire[2].

Comment en est-on arrivé là ? Cette poursuite disciplinaire est-elle nécessaire ? N’y a-t-il pas moyen de conclure le débat autrement ? Les médecins n’ont-ils pas le droit de débattre du bienfondé scientifique de telles thérapeutiques ?

Pour s’en faire une idée, comparons la démarche des signataires à celle de leur opposant, le syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF).

Les 124 médecins signataires lancent le débat en s’appuyant sur le respect d’une règle simple : l’efficacité d’un médicament ou d’une thérapeutique doit être démontrée objectivement pour prétendre faire partie de la Médecine. L’homéopathie doit en être exclue parce que, selon eux, elle ne respecte pas cette règle et qu’elle n’a jamais fait la preuve de son efficacité[3].

De son côté, le SNMHF répond en fondant sa plainte sur le caractère non-confraternel des auteurs de la tribune : dire publiquement qu’un collègue médecin homéopathe a une pratique thérapeutique digne d’un charlatan n’est pas convenable et chacun des 124 auteurs de la tribune doit être poursuivi et sanctionné pour l’avoir écrit.

Cette dernière démarche est représentative de cette nouvelle façon de débattre, ou plus exactement de clore le débat en gagnant sur la forme et non sur le fond. Elle doit être bien comprise : le SNMHF ne cherche pas à répondre aux arguments développés par ses collègues signataires de la tribune ; il cherche à les faire taire et à intimider tout autre confrère tenté de se poser la question de l’efficacité objective de l’homéopathie en faisant planer la menace de poursuites disciplinaires systématiques.

Le SNMHF aurait pu faire le choix du débat, et répondre aux 124 signataires en produisant des études scientifiques et des publications montrant l’efficacité thérapeutique de l’homéopathie.

Cette polémique pourrait être amusante si ce comportement n’était pas révélateur d’une dérive inquiétante dans notre pays héritier des Lumières : pour avoir raison, certains croyants n’hésitent plus à faire taire ceux qui pensent différemment d’eux. Ils ferment tout débat en « éliminant » tous ceux qui osent contester leurs préconceptions, que ce soit physiquement, comme avec la tragédie de Charlie Hebdo, ou plus vicieusement en instrumentant la voie judiciaire, principalement (mais pas uniquement) par une habile utilisation de la diffamation.

 
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  • Par J'accuse - 22/09/2018 - 16:48 - Signaler un abus Détournements

    Il est toujours possible d'utiliser un article déontologique ou de loi pour se défendre ou attaquer sans avoir de motif fondé, en jouant sur des interprétations. Il appartient aux juges sensés et honnêtes de débouter ces fraudeurs, mais on les voit eux-mêmes se servir des mêmes trucages: la psychiatrisation de Le Pen en est un exemple frappant. Les règles et les lois sont instrumentalisées pour servir des intérêts, financiers ou idéologiques, au détriment de la vérité et de la justice, et ce dans tous les domaines.

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Vincent Laget

Vincent Laget est ingénieur ENSAIS, spécialiste informatique, expert en ordonnancement de travaux batch. Il enseigne la zététique depuis près de 20 ans et fait partie du mouvement Science Technologies Actions : https://sciencetechaction.tumblr.com

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