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"Hauts-de-France", "Acalie", "Nouvelle Austrasie"... derrière les nouveaux noms de région aux allures de gadget médiatique, un prisme idéologique ravageur

Ce lundi 14 mars marquait le début de la consultation des habitants d'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine sur le changement de nom de leur région, tandis que les élus du Nord-Pas-de-Calais-Picardie se réunissaient en séance plénière pour statuer sur le nouveau nom de la région. Des changements qui traduisent la volonté du pouvoir d'écrire une autre histoire de France, davantage tournée vers les logiques productivistes et européennes.

France, qu’as-tu fait de ton baptême ?

Publié le - Mis à jour le 18 Mars 2016
"Hauts-de-France", "Acalie", "Nouvelle Austrasie"... derrière les nouveaux noms de région aux allures de gadget médiatique, un prisme idéologique ravageur

Atlantico : Après la fusion des régions se pose maintenant la question de leur changement d'appellation : "Hauts-de-France", "Terres-du-Nord" et "Nord-de-France" pour le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Même chose en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, dont les habitants doivent choisir entre "Acalie", "Nouvelle Austrasie" et "Rhin-Champagne". Les idées proposées n'évoquent-elles pas davantage des noms de centres commerciaux plutôt que l'histoire de nos territoires ? 

Laurent Avezou : Il est vrai que ces dénominations peuvent choquer par leur caractère composite, fait de bric et de broc.

Mais c’était déjà le cas des 22 régions de 1956, conçues, non en fonction de l’héritage culturel, mais de leurs métropoles, auxquelles il fallait donner un bassin d’emploi : la région Bretagne n’était pas la région bretonne, mais la région de Rennes, de même que la région Pays de la Loire était celle de Nantes, une ville pourtant incontestablement bretonne de culture.

Mais je suis davantage gêné par l’anthropocentrisme que véhicule l’appellation "Hauts-de-France" finalement retenue pour Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Comme si la France était une personne avec ses parties hautes et ses parties basses, l’idée étant bien sûr ici de valoriser ce qui est en haut – exactement comme, dans le cas des départements, le Haut-Rhin, les Hautes-Pyrénées et la Haute-Loire n’ont pas vu de problème à garder ce nom, alors que Basses-Pyrénées, Charente-Inférieure, Loire-Inférieure, Basse-Seine et Basses-Alpes, se sentant minimisées, ont obtenu d’être rebaptisées, de manière jugée plus "noble", Pyrénées-Atlantiques, Charente-Maritime, Loire-Atlantique, Seine-Maritime et Alpes-de-Haute-Provence. Seul le Bas-Rhin est resté, avec sagesse, à mon sens, le Bas-Rhin. Mais, pour en revenir aux Hauts-de-France, l’appellation prête à rire, quand on songe aux altitudes moyennes de cette région : qui a bien pu décréter que le nord était en haut et le sud en bas ? !

Les anciennes appellations de ces régions traduisent une certaine idée de l'histoire de France, si l'on se réfère aux dates de création, par exemple de la Picardie créée au Moyen Age, du Pas-de-Calais après la Révolution française, sans parler de ce que représentent l'Alsace et la Lorraine dans notre identité nationale. Vouloir supprimer ces noms ne traduit-il pas une volonté de gommer cette histoire de France, ou bien d'en raconter une autre, si l'on se réfère à l'appellation Austrasie ? 

Il faut désacraliser les appellations régionales traditionnelles. Un retour sur le passé nous apprend qu’elles n’ont rien d’intangible et que leur adoption doit beaucoup au hasard, en tout cas à des causes accidentelles. Prenons l’exemple de la région Languedoc-Roussillon, que Georges Frêche proposait déjà de rebaptiser Septimanie,  une appellation médiévale due au simple fait que la légion Septima (la VIIe légion) y avait stationné à l’époque romaine. Mais on la dénommait tout aussi bien Gothie, du fait qu’elle était restée entre les mains des Wisigoths, tandis que le reste de la Gaule était soumis aux Francs. Enfin, la dénomination Languedoc n’est apparue qu’au XIIIe siècle, lors du rattachement du comté de Toulouse au domaine royal : c’était une désignation linguistique par défaut, imposée par les Français du nord, qui, eux, parlaient la langue d’oïl. Or, ça n’a pas empêché le développement d’un véritable attachement culturel local à l’étiquette Languedoc, alors qu’elle avait été imposée à la province depuis l’extérieur

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 15/03/2016 - 08:42 - Signaler un abus Haut de France

    Je trouve ridicule cette dénomination, le nord n'est pas le haut. Retournez la carte et ce sera le bas de France. On met le nord par convention en haut de nos cartes.

  • Par Lafayette 68 - 15/03/2016 - 08:45 - Signaler un abus Géographie

    Haut Rhin et Bas Rhin : considérations hydrographiques ( amont -aval , selon la source du Rhin) .Rien à voir avec le haut et le bas "dévalorisants" pour des départements rebaptisés...souvent bêtement , sans fondement (Loire inférieure ou Basse- Seine etc... avaient du sens également hydrographique). Quelle époque ! Perdre les repères ( et la culture) c'est sciemment voulu , on connait les coupables.

  • Par J'accuse - 15/03/2016 - 10:22 - Signaler un abus Supprimons les régions

    Les régions administratives sont surtout des obstacles, des couches supplémentaires nuisibles, juste bonnes à gaspiller de l'argent public et à promouvoir des carrières politiciennes. La France n'a aucun besoin d'être divisée en régions en plus de l'être en départements. Il suffit d'attribuer les compétences régionales aux Conseils départementaux; ils sauront se regrouper en cas de projets globaux, sans se soucier de frontières régionales absurdes. Gardons les noms historiques des régions (même si leur dénomination ne remonte pas à l'Antiquité) qui font notre identité, sans leur superposer des structures administratives, nées du besoin des politiciens de se caser (eux et leurs copains), d'embaucher des fonctionnaires qui ne servent à rien, de construire des bâtiments coûteux pour leur propre gloire, de financer indûment des associations proches d'eux, et de lever toujours plus d'impôts et de taxes.

  • Par winnie - 15/03/2016 - 10:23 - Signaler un abus Evidement ....

    Pour toute cette nouvelle population française deculturee qui va bientôt être majoritaire en France, enlever toute références au passe historique est idéal, vous m' avez compris !

  • Par Malaparte - 15/03/2016 - 10:56 - Signaler un abus A ça ira

    Sous la dictature robespierriste on avait tout changé, le décomptage des années, le nom des mois, le nom des villes jusqu'aux prénoms des nouveaux-nés, on sait ce qu'il en advint. Chassez le naturel il revient au galop !

  • Par vangog - 15/03/2016 - 11:01 - Signaler un abus Fort heureusement, la haute-patrie arrive...

    et elle va botter les fesses de ce bas-socialisme!

  • Par evy - 15/03/2016 - 11:04 - Signaler un abus Aux Acaliens de

    Strasbourg, Colmar , Mulhouse et de tous les magnifiques alentours, réveillez vous et jetez ces félons hors de France. Chassons les saligots et les parigots grâce aux Ostrogoths, Wisigoths et Burgondes

  • Par Deudeuche - 15/03/2016 - 14:05 - Signaler un abus Richert collabo à la lanterne

    le sieur de l'Acalie austrasienne de Rhin champagne. Tout cela est un cauchemar, réveillons nous. En attendant le Rot und Wiss flotte dans nos villages. C'est moins le cas chez les occupants hors sols et hors histoire installés à Paris et leurs clones à Strasbourg centre sur un rayon de 2000 mètres autour de la place de la République. Que cette racaille socialo-jacobine dégage et vite!

  • Par ISABLEUE - 15/03/2016 - 15:29 - Signaler un abus Et la Lorraine ??

    aux oubliettes ?? Qu'est ce que les Lorrains et les Alsaciens ont en commun avec les champenois ?? On boit de la bière, nous, messieurs.

  • Par cloette - 15/03/2016 - 18:09 - Signaler un abus j'imagine

    les habitants de l'Alsace Lorraine sommés de s'appeler tout â coup Austrasiens ou Acaliens , on raye leur identité leur passé ils deviennent soudain des sortes de citoyens du monde non identifiés , et ce n'est qu'un début ! Je ne sais si les Marseillers se laisseront débaptiser aussi facilement

  • Par cloette - 15/03/2016 - 18:10 - Signaler un abus marseillais

    bien sûr !

  • Par ISABLEUE - 16/03/2016 - 11:46 - Signaler un abus Cloette

    L'Austrasie est le berceau des carolingiens, à cheval sur cette fichue frontière d'où nos chers voisins nous ont envahis tant et tant de fois. Mais cela fait aussi partie de notre histoire.. qui n'est pas celle du champenois.. Alors Grand Est, pourquoi pas...

  • Par cloette - 16/03/2016 - 14:10 - Signaler un abus Isabelle

    l'adjectif grand est plein de mystère , le grand Nord, le grand Sud, les grands fond, la grand bleue, pourquoi ne pas laisser" l'Alsace et la Lorraine" la consonance est jolie et l'évocation aussi ("vous n'aurez pas, tralala, l'Alsace et la Lorraine "....)

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Laurent Avezou

Laurent Avezou est historien, professeur en classes préparatoires, auteur de Raconter la France : histoire d’une histoire, Paris, Armand Colin, 2e éd. 2013, et de 100 questions sur les mythes de l’histoire de France, Paris, La Boétie, 2013.

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