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Harcèlement et abus sexuels : pourquoi la violence des réactions aux propos de Brigitte Lahaie est profondément injuste

L'animatrice a créé une polémique en affirmant qu'il était possible de "jouir lors d'un viol."

Too much

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Harcèlement et abus sexuels : pourquoi la violence des réactions aux propos de Brigitte Lahaie est profondément injuste

"Je sais que c'est à la mode aujourd'hui. On dit quelque chose, c'est repris par les réseaux sociaux, on est lynché, et il faut faire ses excuses. Si c'est comme ça que le monde marche, alors, ok, je présente mes excuses."

Suite aux attaques dont elle a pu faire l'objet, après ses déclarations sur la possibilité "de jouir lors d'un viol", Brigitte Lahaie a tenu à s'excuser dans un climat de lynchage la concernant, mais tout en confirmant ses propos. Pourtant, et alors que des revues publient régulièrement des articles faisant état de la possibilité d'une simultanéité entre orgasme et viol (en indiquant d'évidence l'absence de lien), ce "lynchage" vous semble-t-il plus lié au contexte de "surchauffe" actuel sur ce sujet qu'avec les propos en eux mêmes ? 

Tout à fait et c'est aussi l'un des objectifs de notre tribune : de lancer un débat que je qualifierais de civilisationnel.

Est-ce que l'on veut vraiment vivre dans un monde où l'état de droit est remplacé par la mentalité de villageois (et de villageoises) en colère et prompts à se « mobiliser » autour de victimes expiatoires ? Brigitte Lahaie fait et a fait un travail incroyable, et souvent « seule contre tous » pour améliorer la santé et le bien-être sexuels des hommes et des femmes. Ce qu'elle a dit relève d'une expertise réelle sur la question des violences sexuelles, de la « dissociation » entre le corps et l'esprit qui intervient très souvent durant des violences sexuelles et, que ce soit en tant que tels ou dans la discussion avec Caroline de Haas, ces propos étaient à la fois parfaitement factuels et cohérents. Des recherches montrent par exemple que les femmes ont, en tendance, une capacité d'excitation physiologique plus large que les hommes, notamment lorsqu'elles sont confrontées à des contenus violents. Cela ne veut pas dire que les femmes sont « excitées » par la violence – même si certaines peuvent l'être – mais que leur corps a appris, au cours de l'évolution, à diminuer les risques physiques de la coercition sexuelle. Je suis tout à fait empathique avec la souffrance que peut ressentir Brigitte Lahaie aujourd'hui. De un, le flot de haine qu'elle subit, les accusations qu'on lui porte, sont à l'exact opposé de son engagement pour améliorer la vie sexuelle et donc la vie tout court des individus. De deux, comme elle l'a dit, ce qui fait le plus mal, c'est de ne pas être compris et ses propos ont été à la fois sortis de leur contexte et déformés par une vague de malveillance et d'ignorance. A l'heure actuelle, j'ai de plus en plus le sentiment que les faits sont devenus méchants. Que pour dire « 2 et 2 font 4 » il faut d'abord envoyer un mot d'excuse en trois exemplaires aux « braves gens ». Et c'est insupportable.

Vous avez déclaré dans un post Facobook : "Ces termes n’apparaissent ni dans notre tribune ni dans les interventions médiatiques qui ont suivi la publication de la dite tribune. Nous sommes une très large majorité à considérer que ces propos sont insultants envers les femmes victimes de violences sexuelles et de viols". S'agissait-il plus d'éviter une confusion entre les propos de Brigitte Lahaie et la tribune « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » co-signée par vous même et Brigitte Lahaie, entre autres, que d'une réelle réprobation ?

Je soutiens pleinement Brigitte Lahaie et si j'avais été la seule rédactrice du « manifeste des 100 », je n'aurais jamais publié de communiqué m'appelant à me désolidariser de ses propos. Mais voilà... nous avions plus de 50 signataires qui nous menaçaient de retirer leur soutien si nous ne les « désavouions », j'étais en tunnel de travail nécessitant que je me prive de sommeil pour rendre à temps une traduction, ça poussait derrière... et je me suis retrouvée en minorité au sein du « politburo » des rédactrices. Mais là où on voit que Brigitte Lahaie est une femme extrêmement intelligente, c'est qu'elle comprend cette décision relevant d'une « realpolitik » qui ne cessera de me désoler.

Je ne parle et ne peux parler que pour moi-même, car qu'importe que cela ait du mal à passer, nous ne sommes pas un collectif, nous ne sommes pas une armée, nous ne sommes pas une marque et encore moins un parti politique : nous sommes un ensemble d'individus, de genre féminin, ponctuellement rassemblées autour d'un texte. Et que cela plaise ou non, les cinq rédactrices du texte sont toutes des femmes extrêmement libérales, voire individualistes. Les signataires ont accepté d’apporter leur signature à un texte, mais elles ne sont redevables de rien et n'ont pas à cautionner ni ce qui précède, ni ce qui suivra. Le « délit d'association symbolique » n'existe pas et ne relève que d'un biais de contagion universelle – soit la base de la pensée magique, et je ne fais pas dans la pensée magique. Aujourd'hui, chacune et chacun est libre de s'approprier et de se réapproprier le texte. Marlène Schiappa nous a reproché de ne pas avoir de « ligne politique claire ». C'est bête, car moi j'y vois l'une de nos plus grandes forces...

Les propos de Catherine Millet qui "regrette ne jamais avoir été violée", bien plus lourds que ceux tenus par Brigitte Lahaie, semblent attirer moins de polémique. N'y a-t-il pas ici effectivement une dimension personnelle, aussi bien pour Catherine Millet que pour Brigitte Lahaie, marquant une tolérance plus importante à l'égard de la littérature qu'au "porno" ?

Comme ceux de Brigitte Lahaie, les propos de Catherine Millet sont extrêmement cohérents à la fois dans leur contexte d'énonciation et dans celui l’œuvre de Catherine Millet. Là encore, ceux qui s'en prennent à elle oublient bien vite le principe de charité, qui nous incite à considérer notre interlocuteur comme l'être le plus rationnel qui soit – en d'autres termes, à ne pas le prendre pour un con et à partir du principe qu'il sait ce qu'il raconte. Catherine Millet est une personne et un écrivain qui se méfie énormément de l'argument du « vécu » selon lequel on ne connaîtrait bien quelque chose que si on l'a expérimenté dans sa chair, si on est « concerné ». C'est un peu dommage pour les humains spécialistes des babouins ou de la préhistoire... Quant à la plus grande tolérance envers le porno qu'envers la littérature, oui, évidemment, et c'est un des nombreux éléments qui m'auraient motivée à ne jamais (ne serait-ce que penser à) désavouer Brigitte Lahaie si j'avais été seule à bord. Je crois que l'immense respect et la gratitude que je peux ressentir envers les travailleurs du sexe n'est plus à prouver. J'ai été aussi immensément honorée que Sonia Verstappen décide de signer le manifeste. Et je continuerai à me battre avec les moyens qui sont les miens pour qu'ils obtiennent des droits identiques à ceux de tous les travailleurs... c'est un point de départ fondamental pour espérer, un jour, en finir avec leur déshumanisation.    

 
Commentaires

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  • Par JG - 14/01/2018 - 13:10 - Signaler un abus Bravo Madame

    Votre honnêteté intellectuelle vous honore

  • Par Ganesha - 14/01/2018 - 13:59 - Signaler un abus Catherine Millet

    Je me souviens avoir lu ''la vie sexuelle de Catherine M'' au moment de sa parution, et, pour autant que je me souvienne, la condition principale pour qu'une femme atteigne l'orgasme, c'est que le rapport sexuel ait une durée suffisamment longue. En pratique, il est rare qu'un homme seul ait suffisamment de persévérance pour pouvoir remplir ce service. D'après ce que cette dame nous raconte, elle avait atteint son but, en fréquentant un rond-point du bois de Boulogne où, à une certaine époque, régnait l'échangisme. J'ai personnellement vu, dans un club libertin, une femme, sous la garde de son compagnon, se livrer successivement à une dizaine d'hommes. Les clients, des habitués, s'étaient sagement rangés ''à la queue leu-leu''. Il semble que lorsqu'une femme a vraiment vécu cette expérience, elle devient définitivement ''accroc au sexe''.

  • Par Ganesha - 14/01/2018 - 14:13 - Signaler un abus Éperdument amoureux

    Cette technique est également très fréquemment racontée par des prostituées, qui l'ont subie de la part d'un groupe de souteneurs, qui voulaient les convaincre de travailler sur le trottoir. C'est aussi l'explication des ''tournantes de banlieue''. Si vous fouillez dans vos souvenirs, vous trouverez probablement quelques ''folles nuits'', où vous avez fait l'amour six fois à une demoiselle, dont vous étiez 'éperdument amoureux''. Et votre angoisse, au moment où vous arriviez au plaisir, d'entendre votre partenaire vous murmurer : ''s'il te plaît, ne t'arrête pas, continue !'' Un petit extrait, ''réellement'' gratuit, au sujet des ''frotteurs'' ==== http://www.parlonsplaisirfeminin.com/catherinem-extrait-1/

  • Par Solognitude - 14/01/2018 - 15:57 - Signaler un abus Excellent commentaire Ganesha,

    Je trouve que vous avez cette fois des choses intéressantes à dire; vous remontez dans mon estime!

  • Par kelenborn - 14/01/2018 - 18:04 - Signaler un abus tiens

    Mark Wahlberg donne 1,5 million pour les victimes du harcèlement sexuel Qu'est ce qu'attend Vangode pour dire qu'il fait l'objet de harcelement par les gauchistes! Avec ça il offre la tournée générale!

  • Par kelenborn - 14/01/2018 - 18:10 - Signaler un abus Oui

    Mais Ganesha sait plein de choses il s'il avait appris tout ça à Ah2bouh , ce dernier n'en serait pas resté à l'onanisme, pratique qui lui va très bien puisque dans onanisme il y a âne! Mais il est en tout cas très clair, puisqu'on est dans la gaudriole , qu'il vaut mieux être "déluré" par Brigitte Lahaie que par Caroline My Ass parceque la c'est traumatisme assuré!

  • Par kelenborn - 14/01/2018 - 18:19 - Signaler un abus Pour aller dans le sens de Ganesha

    je suis à peu près persuadé que le nombre de femmes qui connaissent le véritable orgasme constitue une minorité. L'orgasme masculin est basique et...mortel: post coïtum....il peut varier en intensité mais reste dans les mêmes cordes! Le véritable orgasme féminin est beaucoup plus fort,a une capacité à se répéter, ce qui n'est pas le cas chez l'homme et demande, pour y parvenir un très grand travail chez la femme. Je dirai (mais ce sont mes stats) qu'un tiers ne connait pas, un tiers simule ou croit ressentir et un petit tiers connait vraiment

  • Par Anguerrand - 14/01/2018 - 19:49 - Signaler un abus Ganesha connaît tout, sur tout

    Pour parler à la place d’une femme, il a du vivre une vie de Femme. Il peut même parler des fantasmes des femmes. Moi je dis chapeau mR Ganesha, par contre, il serait interessant que vous étudiez de plus près votre orgasme masculin, si vous affirmez ce que vous dites ça doit vouloir dire que vous faites l’amour comme un lapin. En tout cas Pr Ganesha merci pour votre thèse sur la sexualité. Dans le temps on disait quand on a rien à dire on ferme sa g......

  • Par kelenborn - 14/01/2018 - 19:59 - Signaler un abus Ben enfin Anguerrand

    Toi on sait que tu te secoues Biquette quand tu es certain que la Vierge Marie ne te voit pas! Pourquoi tu veux donner des leçons à Ganesha alors que toi et Ah2bouh avez appris tout cela avec le père Carambar. Voila!ça t'apprendra a embêter Ganesha!

  • Par Anguerrand - 14/01/2018 - 20:14 - Signaler un abus Mes culpa, méat maxima culpa

    Et oui avec blanchette je me régale, mais il semble qu’elle apprécie, en tout cas elle n’a pas porté plainte. Je dois avouer que je tourne toujours le dos au calvaire quand je fais mes cochonneries. Je regrette si j’ai fait de la peine à notre prix Nobel, prix Nobel toutes catégories.

  • Par vangog - 14/01/2018 - 22:19 - Signaler un abus « Ne balance pas ton saucisson!« 

    Oui, cette dictature de la pensée unique est bizarre lorsqu’elle oblige à « s’excuser tout en maintenant ses propos (de Brigitte Lahaie) ». Regretter de « dire la vérité » est, en résumé, ce que les Khmers rouges réclamaient de leurs torturés anti-sociaux... Ils avaient suivi les cours de bienpensance de La Sorbonne et l’enseignement du Front de gauche de l'époque.. La France gauchiste (et macroniste) n’est plus très loin de cette dictature-là. Alors, je vous en prie! Résistez avec les patriotes FN et refusez de vous excuser auprès des journaleux et de cette fausse élite bien-pensante, surtout si vous avez raison...et même si vous risquez l’exil médiatique. Croyez-en un patriote sur parole: on ne peut s’en sentir que libéré! et bravo à Peggy Sastre pour relayer le combat des travailleuses du sex, et leur reconnaissance sociale!

  • Par Deudeuche - 14/01/2018 - 22:44 - Signaler un abus Plein de chose à dire

    Trop intéressant...........éteignez la lumière.

  • Par A M A - 15/01/2018 - 15:21 - Signaler un abus Allons Brigitte, pitié, ne t

    Allons Brigitte, pitié, ne t'excuses surtout pas auprès de cette bande faux culs. D'abord, qu'est ce c'est que ce brutal déchaînement? Qui est le chef d'orchestre?

  • Par Ganesha - 15/01/2018 - 18:59 - Signaler un abus Légitimité

    Cela fait quinze ans que Brigitte Lahaie anime quotidiennement à la radio une émission où elle recueille les confidences des auditeurs au sujet de leur vie sexuelle : je pense donc qu'elle possède une forte légitimité pour nous décrire ce que ressentent les femmes françaises. D'ailleurs, le fait est documenté depuis des années par de nombreuses enquêtes d'opinion : le viol est un des fantasmes les plus fréquemment utilisés lorsqu'une femme recherche le plaisir solitaire. Le viol est un crime très différent de l'assassinat : dans celui-ci, la mort ayant été constatée par le médecin légiste, il est très rare que le coupable obtienne des ''circonstances atténuantes''. Dans le viol, les ''circonstances'' sont beaucoup plus variables...

  • Par MC2bis - 15/01/2018 - 21:48 - Signaler un abus Pas d’excuses SVP Mme Lahaie quand on sais on ne s’excuse pas

    Je commence à en avoir sérieusement mare de ces lynchages médiatiques ( si on peut qualifier de médias Twitter Facebook etc) des qu’un propos sort d’un non conformisme ambiant qui me pèse de plus en plus

  • Par MC2bis - 15/01/2018 - 21:50 - Signaler un abus Suite

    Ambiant pourrait être remplacer par puant Non conformisme par doxa

  • Par OLYTTEUS - 15/01/2018 - 22:27 - Signaler un abus Vive Mmes Deneuve, Sastre

    Vive Mmes Deneuve, Sastre ,Deneuve et les 97autres!! Vive la galanterie française, la drague et les Hommes. Les puritaines hystériques à la poubelle.

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Peggy Sastre

Peggy Sastre est écrivaine et traductrice. Elle est l'auteure de "Ex Utero : pour en finir avec le féminisme" et de "La domination masculine n'existe pas".

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